marseille je t'aime, jacquemus sort enfin la mode de paris

Simon Porte Jacquemus est l’invité d’honneur du Festival OpenMyMed 2017 à Marseille où il présentera à partir du 12 mai plusieurs expositions et organisera un défilé ouvert au public. C’est le retour du fils prodigue sur ses terres natales.

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avr. 3 2017, 8:15am

Ce n'est déjà plus le petit nouveau ou le jeune espoir de la mode française, Simon Porte Jacquemus est plus que ça. Sa marque a l'âge de raison. 7 ans et 17 collections au compteur. Depuis sa première collection « L'Hiver froid » jusqu'à sa dernière « L'Amour d'un gitan », le créateur a fait des pas de géants. Environ 5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016 et un réseau de distribution de rêve : Broken Arm, Selfridges, Nordstrom, Net-a-porter, Dover Street Market… Jacquemus se vend bien. « Bigger than you think » titrait à son propos Business of Fashion en septembre 2016. Success story pour cet enfant de la Provence - il n'a que 20 ans lorsqu'il créé sa première collection, il est inscrit pour la première fois au calendrier officiel de la Fashion Week de Paris en 2012, 3 ans plus tard il reçoit le prix spécial du jury du LVMH Prize. 

En mai, il sera l'invité d'honneur du festival OpenMyMed, produit par la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode (MMMM). Il présentera une double exposition « Marseille je t'aime » : « Maisons » et « Archives » au MAC (Musée d'Art Contemporain de Marseille) (du 12 mai au 14 janvier 2018) et « Images » au MuCEM (Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) (du 13 mai au 31 juillet 2017). Le 13 mai, Jacquemus défilera spécialement pour Marseille avec sa collection Printemps-Été 2017 « Les Santons de Provence » sur la place d'Armes du fort Saint-Jean. « Mon grand-père va venir au défilé » : voilà la première chose que nous dit Simon. « Ma famille et une partie de mon village seront là, je suis très excité. Et s'il y a bien une de mes collections qui devait défiler à Marseille, c'est « Les Santons de Provence » sur les terres de Marcel Pagnol. C'est un rêve ». 

Le créateur a passé son enfance à Mallemort, un petit village au pied du Luberon, entre Marseille et Avignon. « J'ai grandi dans les terres, à 40 minutes de Marseille. Quand j'étais ado, je prenais 3 bus différents pour venir à Marseille. Je suis tombé amoureux de la ville et je m'y suis toujours senti bien, ça ne s'explique pas. J'y retourne souvent, je viens de passer quelques jours dans un cabanon perdu dans les calanques ». Entre Marseille et Jacquemus, c'est une affaire qui dure. « Coller le nom de ma marque Jacquemus à Marseille et au Sud de la France, ça me plaît. Avec ce projet, l'idée c'est de dire que la France est belle, belle partout. Pas qu'à Paris même si le but n'est pas d'entretenir une guerre entre les villes. Paris est une ville qui m'a tout offert ». L'amour qu'il voue à la cité phocéenne est même gravé sur le fronton de son compte Instagram : « J'aime le bleu et le blanc, les rayures, le soleil, les fruits, les ronds, la vie, la poésie, Marseille et les années 80 ».

A 18 ans, Jacquemus quitte sa région natale et gagne Paris. Deux ans plus tard, la machine est lancée. Sa troisième collection « L'Usine » toute en laine bouillie avec des hauts très courts et des jupes sans fioriture séduit Rei Kawakubo. Dans le même temps, le créateur fait la connaissance d'Adrian Joffe et travaillera pendant deux ans comme vendeur chez Comme des garçons. Des pièces Jacquemus sont introduites au Dover Street Market de Londres deux saisons plus tard. Ses collections aux noms poétiques racontent toutes une histoire. « Le Chenil » en 2012 montre Caroline de Maigret en longue robe rouge et bottes en caoutchouc recouvertes de boue entourée d'une flopée de chiens ; Clara 3000 dans « La Piscine » en 2013 défile en claquettes de natation et chaussettes noires sous les genoux ; « La Grande Motte » en 2014 dessine la silhouette d'une vendeuse de glace, chanteuse de karaoké qui porte un tee-shirt « J'aime la vie ».

Simon est fan de Marie Laforêt et d'Isabelle Adjani. En regardant cette dernière danser dans L'Eté meurtrier en pleine canicule avec Alain Souchon, dans sa robe rose asymétrique, perles de sueur cachées sous sa frange noire, on se dit que cette femme-là, c'est sûr, elle a du sang Jacquemus dans les veines. L'actrice a d'ailleurs assisté à son dernier défilé en février dernier « L'Amour d'un gitan ». Un défilé poétique avec une piste comme un long ruban rose sur lequel marchaient lentement des mannequins vêtus de longs manteaux noirs cintrés et de délicats tops blancs ou à pois, sur fond de musique tzigane. « Au départ, je voulais faire une collection parisienne mais le Sud m'a rattrapé. J'ai construit cette collection autour de la figure du gitan avec des références à Picasso ». Il revendique ses racines et l'amour qu'il porte à sa famille. « Ils m'entourent, les liens sont très forts entre nous. J'ai ma grand-mère presque tous les soirs au téléphone. Revenir à la maison ça me rappelle la réalité des choses. Ce que j'aime c'est passer du temps avec mes petits cousins, jouer avec les ânes. C'est le mode vie dont j'ai envie. Je revendique « la terre », des choses simples mais pas ennuyantes, loin du tumulte. » Une manière de préserver son innocence et « de ne pas se mentir à soi-même ». 

Pour le MAC, il a réalisé des oeuvres inédites inspirées par la ville de Marseille, le musée et ses propres collections. Dans le cadre du projet « Maisons » il a réalisé ses premières sculptures en jouant sur la structure du rond et du carré, sa signature. La présentation « Archives » est une expérience photographique imaginée par Simon et réalisée par David Luraschi, qui nous plonge dans la sculpture humaine de Willi Dorner. Les performances « Bodies in urban spaces » de ce dernier ont été la source d'inspiration pour cette réalisation. Pour le MuCEM, dans la chapelle du fort Saint-Jean, Simon a imaginé une installation plus directe mettant en scène ses images personnelles et ses inspirations, dans un patchwork de vidéos, environ une centaine, disposées sur un mur de 10 mètres : « on retrouvera des films issus de mon téléphone avec des fleurs, des chaussures, mon cousin, un moment de vie… Pour que le public rentre dans mon téléphone ». Simon a également décidé de réaliser un livre sur Marseille en s'entourant d'amis, de photographes, de peintres et d'artistes contemporains. « Tout le monde ne pourra pas venir à Marseille, j'avais envie de quelque chose de plus accessible, pouvoir partager Marseille au-delà des frontières ». De nombreuses séries comprenant des photographies, des natures mortes, des portraits, des peintures, des collages, des images exclusives réalisées par une vingtaine d'artistes, notamment les photographes Pierre-Ange Carlotti et David Luraschi, ou encore l'artiste contemporain Ruth Van Beek. « Ce n'est pas un livre de mode, ça va au-delà. J'avais déjà fait un livre en 2013 sur la Grande Motte mais celui-ci est plus abouti, je pense. Aujourd'hui, on a plus de moyens. J'aimerais sortir un livre par an, je trouve que c'est une jolie manière de communiquer ». 

« Maisons » et « Archives » le 12 Mai 2017 au Musée d'Art Contemporain de Marseille (MAC)
« Images »le 13 Mai 2017 au MuCEM

www.jacquemus.com/marseillejetaime

Credits


Texte : Sophie Abriat
Photo : David Luraschi