Photography Nick Quine

pour qui et pourquoi ils votent ?

i-D est parti aux quatre coins de la France pour questionner les premiers concernés par l'avenir de leur pays : les jeunes. De Lyon à Biarritz et de Lille à Montpellier, 24 jeunes ont posé sous l'objectif de nos photographes et ont accepté de partager...

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mars 3 2017, 1:10pm

Photography Nick Quine

À quoi sert la politique ? A-t-elle un écho, une résonance quelconque dans l'oreille de la jeunesse qui la regarde faire ou défaire, dire et parler en son nom, à sa place ? Chez i-D, on s'est posé la question il y a quelques semaines. On s'est demandé comment les politiques en parlaient, de la jeunesse justement. Il se trouve qu'ils en parlent assez mal ou trop peu en 2017. Quelques mois avant les élections présidentielles françaises, après le Brexit et après Trump, i-D est donc parti aux quatre coins de la France questionner les premiers concernés par le futur de leur pays : les 18-25 ans. Parce que le monde ne sera pas sans eux, parce qu'ils sont les premiers à l'arpenter et le réinventer chaque jour, i-D leur a donné la parole. Qu'ils soient de droite, de gauche, en marge ou au centre, qu'ils prennent le chemin des urnes ou s'y tiennent à distance, tous ont posé sous l'objectif de nos photographes et ont accepté de partager leur indifférence, leurs engagements, leurs peurs mais surtout, leur plus sage optimisme - preuve que quand le monde part en vrille, la jeunesse sait aussi (et surtout) rester droite et lucide. Straight-up.

Florian Waldmann, 18 ans, photographe, Paris et Matéo Garnier, 18 ans, terminale S, entre Saint-Ouen et Pigalle

Qu'est-ce que c'est pour vous la politique ?
Florian :
C'est un sujet compliqué qui ne m'intéresse pas forcément au premier abord.
Matéo : Un truc nécessaire pour que le pays fonctionne mais qui finit toujours par décevoir. 

Vous allez voter ?
Florian : Non.
Matéo : Oui, pour faire barrage au Front National.

C'est comment, d'avoir 18 ans en France en 2017 ?
Florian : C'est cool. Dans ma situation, ça pourrait être mieux mais je compte pas rester à Paris. J'ai envie de voyager et la vie ici ne m'excite pas trop. Matéo : Je pense qu'on fait partie d'une génération moins curieuse que les précédentes, plus axée sur les réseaux sociaux qui créent autant qu'ils détruisent les liens. Beaucoup de personnes se créent une image qui n'est pas toujours la leur.

Qui rêvez-vous de voir Président ?
Florian : Travis Scott.

Si vous pouviez changer une chose dans le monde d'aujourd'hui, ce serait quoi ?
Matéo : En France, le racisme. A Paris ce que j'aime, c'est qu'en prenant le métro on croise un indien, un arabe, un noir, un chinois dans le même wagon. Y'a de la mixité sociale et pourtant, y'a encore trop de gens qui n'arrivent pas à l'accepter et tombent dans le piège de l'intolérance .La mixité et les différences c'est notre force. 

Photographie : Mélanie Bordas Aubiès

Suaud Nikita, 23 ans, étudiant à l'ISDAT, Toulouse

Quelle est ta définition de la politique ?
Je parle plus de la politique au sens de Politeia et de Politikos, qui définit le chemin que prendra la société. Mais il existe une politique dans le sens Politikè qui se réfère à la pratique du pouvoir et les luttes qu'elle engendre. Le gouvernement sans lutte de pouvoir serait à l'image de Sienne entre 1287 à 1355, le « Gouvernement des neufs » 9 personnes sont tirés au sort pour diriger la ville pendant 2 mois, ainsi de suite, il faut attendre 20 mois afin de participer de nouveau à un tirage : ça c'est de la politique.

Comment envisages-tu les élections françaises ?
J'espère pas comme d'habitude. Dans tous les cas il y aura du grabuge.

Quels sont les mots qui reviennent selon toi, le plus souvent dans la bouche des politiques ? Qu'en penses-tu ?
Chômage, transition, insécurité, immigration, la France, les Français; le comique de répétition a toujours berné les gens.

Est-ce que tu comptes voter ?
Oui. Le droit de vote est à conserver mais doit être ajusté à terme, la fonction du vote blanc est à revoir, et je voterais Mélenchon, pour son programme économique et écologique, ses solutions des répartitions des richesses, sa prestance (nécessaire à la politique étrangère), la 6ème république, et sa transparence. 

Qui rêves-tu de voir président ?
Rêve? Alors je rêve que la France devienne colonie à son tour, de Groland, à sa tête Christophe Salengro et son épouse Philippe Katerine.

Quels sont les problèmes majeurs que rencontre ta génération selon toi ?
Du divertissement sans amusement, la flemme, le surplus d'informations, le non approfondissement et les chatons trop mignons.

Photographie : Jehane Mahmoud

Farah Taouza, 22 ans, étudiante à l'ENSBA, Paris

Qu'est-ce que c'est pour toi la politique ?
Un match de foot, sauf que personne ne sait vraiment à quoi est gonflé le ballon.

Quels sont les mots qui reviennent selon toi, le plus souvent dans la bouche des politiques ?
Aujourd'hui, Demain, La France ! Ça rassure peut-être les foules perdues. Mais demain n'existe pas, la France pour moi, ce n'est qu'une idée et aujourd'hui on ne sait pas ce qu'elle est.

Est-ce que tu comptes voter ?
Probablement, par devoir. Mais pour personne. Et répondre à un devoir pour répondre à un devoir c'est finalement un peu naze. Assumer et prendre le temps de dire qu'on ne votera pas c'est peut être aussi une façon de prendre position.

Qui rêves-tu de voir président ?
Rêver, c'est le mot ! Je rêve c'est sûr, mais certainement pas d'un président.

Quel est le meilleur moyen de se révolter, de s'engager en 2017 ?
S'engager pour soi, dans ses propres projets et avec les ceux pour qui on veut faire et partager les choses. Ne laisser personne nous dicter ce qui est réaliste ou pas, ce qu'on peut ou ne pas faire. Et puis, se désengager des droits comme le vote, que je ne sais quelle morale fait passer pour devoir alors qu'il ne sert qu'un petit nombre. Après si tu veux voter Mélenchon parce que tu y crois et que ça te fait plaisir, pourquoi pas !

Photographie : Yves Drillet 

Maximin Leclaire, 24 ans, diplômé de biologie/écologie, Rennes

Qu'est-ce que c'est pour toi la politique ?
L'interaction avec mon environnement et les gens dans une société.

Est-ce que les récents évènements en Angleterre et aux Etats-Unis t'ont donné envie de te politiser ?
Je serais allé voter quoiqu'il arrive. En revanche, ça me choque un peu de voir des choses aussi malsaines se produire.

Comment envisages-tu les élections françaises ?
Je suis plutôt pessimiste. Je trouve que c'est un peu le cirque. Même s'il y a des choses intéressantes. Il y a beaucoup de potins, de mise en scène, on dirait la couverture de Voici magazine

Est-ce que tu comptes voter ?
Oui bien sûr. Mais je ne sais pas encore pour qui je vais voter. Je privilégie le côté environnement et social. C'est vraiment l'égalité que je cherche à trouver dans un programme et sa mise en place dans la société.

Qui rêves-tu de voir président ?
Le peuple. Je n'ai aucun visage à mettre dessus.

Quels sont les problèmes majeurs que rencontre ta génération selon toi ?
On a des moyens de communication très performants mais qui troublent l'échange réel. On ne parle plus qu'à travers des écrans interposés. Plus personnellement, je suis frustré d'avoir fait des études qui me plaisent, de m'être donné à fond, sans pouvoir exercer mon métier ni être utile à la société. Parce qu'il y a pas de boulot.

Quels sont les espoirs politiques que tu envisages pour l'avenir de la France ?
Je sens que les politiques attachent de plus en plus de place à l'environnement et je trouve ça bien qu'ils le prennent en compte. Je pense qu'on devrait même pas avoir besoin d'un parti vert. On devrait tous être écolos au quotidien. 

Photographie : Gabrielle Duplantier

Sarah Gimenez, 19 ans, apprentie photographe, Bayonne

Qu'est-ce que c'est pour toi la politique ?
Quelque chose de compliqué.

Quels sont les mots que tu entends le plus dans les discours des politiques ?
« Je vous promets ». Je pense que ces mots sont prononcés par des personnes qui recherchent uniquement le pouvoir. Cela ne m'intéresse pas vraiment à l'heure actuelle. 

Si tu pouvais élire le futur Président de la république française, qui choisirais-tu ?
Je rêve de voir président Cyril Hanouna car il est proche du peuple. 

Ça signifie quoi pour toi d'avoir 19 ans en 2017 ?
Avoir 19 ans, ça signifie beaucoup de difficultés pour trouver un emploi. Même un diplôme n'assure plus un avenir serein dans le monde du travail. 

Quel est selon toi le meilleur moyen de se révolter, s'engager en 2017 ?
Ce n'est pas dans ma nature de me révolter.

Photographie : Daryl Changou

Jordan, 25 ans, rappeur, Lyon

Est-ce que tu comptes voter ?
Non, j'compte pas voter. Je m'en fous, un humain n'est pas fait pour diriger d'autres humains, le pouvoir n'est pas de diriger un pays, mais de se diriger soi-même. Une fois que tu seras maître de toi, tu comprendras que le monde est grand et que si tu ne veux pas vivre dans un pays ou tout part en couille, il faut bosser dur et voyager. Si le but était de rester dans un pays et tourner en rond, y'aurait pas de planètes, pas univers et pas de galaxies.

Est-ce que tu te sens militant ?
En tout cas, j'suis pas là pour lutter pour des gens qui n'en valent pas la peine, et si jamais, mets ça sur le compte de mon hypocrisie. Car je peux l'être comme beaucoup de monde. Nos défauts font que ce n'est pas notre rôle.

Comment tu imagines le futur de la France ?
Le futur, c'est moi, donc il sera forcément beau, avec des choses en moins, c'est peut être ça qui lui fera ouvrir les yeux sur ses richesses. J'te parle pas du pétrole ou de l'or. Chaque chose a son cycle, c'est que de l'amour, y'a des hauts et des bas, maintenant il y'a des gens persévérants ou non, des gens heureux ou non.

Photographie : Erick Faulkner

Félix Maritaud, 24 ans, acteur, Paris

Est-ce que le Brexit et l'élection de Trump t'ont donné envie de te politiser ?
Non, j'ai toujours été politisé, mais ce genre d'événements que j'essaie de regarder de loin me donnent plutôt envie de mener mes combats dans la poésie et l'art.

Quels sont les mots qui reviennent selon toi, le plus souvent dans la bouche des politiques ?
« Croissance » c'est le fantasme du 21eme siècle, la politique internationale ne s'intéresse qu'à faire grossir des profits déjà biens usés dans le temps, ce besoin de rythme frénétique est manifeste du manque de sagesse de la classe politique et économique. Il existe un rythme, le temps qui passe sur la Terre à son sens, de ce besoin compulsif de croissance on épuise notre planète, ça ressemble à une ingratitude adolescente.

Comment envisages-tu les élections françaises ?
Je trouve la campagne très agressive. Toute cette organisation médiatique bouche un peu le discours politique, le rend polémique et très opaque, très clos on ne s'intéresse qu'a des données spécifiques et statistiques là ou il y a un grand besoin de constructions nouvelles, plus spacieuses, plus ouvertes.

Est-ce que tu te rendras aux urnes en mai prochain ?
Non. Je ne crois pas vraiment à ce symbole d'implication dans la vie politique, je le trouve obsolète, vieux et pas adapté à nos sociétés de flux, de migrations et de transes. Ces derniers temps avec l'extrême tapage médiatique, les élections que je vois servent de buffet aux haines des uns et des autres, la haine je n'y crois pas, je ne veux pas y participer.

Photographie : Mélanie Bordas Aubiès

Mathilde Cartoux, 21 ans, Etudiante aux Beaux-Arts, Toulouse

Est-ce que les récents évènements en Angleterre et aux Etats-Unis t'ont donné envie de te politiser ?
De me politiser pas forcément mais de voter oui, c'est dommage qu'il faille passer par là mais ça a été une sacrée prise de conscience de voir qu'on en soit arrivés à Trump. J'espère que ça va motiver les gens à aller voter pour éviter de reproduire le même schéma avec le Front National.

Est-ce que tu comptes voter ?
Oui ! Pour Mélenchon. J'ai regardé plusieurs de ses interventions dont le contenu m'a convaincue, son programme me parle (particulièrement pour la place qu'il y accorde à l'environnement) et je pense qu'il a toutes ses chances cette année, contrairement aux verts pour qui j'aurais spontanément voté mais qui ne passeront certainement pas.

Qui est, selon toi, le candidat idéal ?
Jean-Luc !!!

C'est comment, d'avoir 20-25 ans en France en 2017 ?
Dans mon entourage et environnement, je trouve qu'il y a un bon dynamisme, que les gens se bougent et ça donne envie d'en faire autant. Donc c'est chouette, je n'ai pas à me plaindre surtout quand je compare ma situation avec celle d'autres personnes.

Quels sont les problèmes majeurs que rencontre ta génération selon toi ?
Les émissions de télé-réalité qui sont de véritables machines à abrutir et qui rendent accros les gens qui les regardent "juste pour se détendre" !

Photographie : Tom de Peyret

Samuel Fasse, 21 ans, Paris, Directeur artistique

Est-ce que la politique t'intéresse ?
Oui, beaucoup. Malgré le désintérêt général et ce que la jeunesse pense de la politique et de ses représentants, je continue de m'y intéresser. Le tout est de parvenir à réinstaurer un dialogue qui semble rompu, alors que les nouveaux médias, plateformes et meetings se multiplient. 

Tu comptes te rendre aux urnes en mai prochain ?
J'irai voter mais si je me retrouve face à un second tour Fillon/Le Pen, non. Je ne veux pas surfer sur la vague du vote utile. La politique du "moins pire" a fait son temps.

Quels sont les problèmes que rencontre ta génération d'après toi ? 
C'est le cas de ma génération, comme ça l'a été pour celles qui ont grandi dans l'après 30 glorieuses : regarder vers le futur est de plus en plus difficile compte tenu de notre situation sociale et économique. J'en viens à me satisfaire d'avoir au moins un toit. Mais je reste confiant. Je pense que c'est à nous de porter une certaine idée du futur et de ne pas se complaire dans la petitesse d'esprit qu'offre le pessimisme. Nous avons aujourd'hui de plus en plus de possibilités de nous faire entendre et pas seulement par le vote. C'est une chance et une responsabilité à prendre. 

Photographie : Yves Drillet

Anthony Charreau, 'TOTO', 24 ans, étudiant entre Angers et Tours

Qu'est-ce que c'est pour toi la politique ?
La politique, c'est un mot qui me fait peur, mais que j'ai envie d'affronter. Dans une définition plus ou moins claire je dirais que c'est penser la gestion du bien commun et comment on se place dans ce commun. Ce qui me gène dans la politique c'est l'idée de pouvoir. Plus personnellement je tente de me fabriquer une politique dans la vie de tous les jours, une 'éthique' qui serait une façon plus directe d'agir.

Quels sont les mots qui reviennent selon toi le plus souvent dans la bouche des politiques ?
Des mots de promesse et des mots 'hashtag' qui m'intéressent peu et qui sont noyés dans le sens. J'ai l'impression que leurs communication est plus forte que leurs politique.

Est ce que tu compte voter ?
Oui je compte aller voter, pour ma maman. Ça fait 25 ans qu'elle est en France et nous a élevés avec mes frères, on lui a refusé deux fois la nationalité française sous deux mandats différents.

Qui rêves-tu de voir président ?
Bernard tapie et Doc Gyneco : c'est toujours un gangster qui contrôle l'affaire !

Quel est le meilleur moyen de se révolter et de s'engager en 2017 ?
Se focus sur ses actions au quotidien. Se concentrer sur le partage et se méfier des discours médiatiques. 

Photographie : Gabrielle Duplantier

Laurene Bensaude, 22 ans, Bayonne

Tu t'intéresses à la politique ?
Je m'y intéresse parce que je considère que c'est important, surtout avec ce qui se passe en moment. Il y a toujours eu de bonnes idées mais il est très difficile de les mettre en place. Entre les idées et les faits il y a beaucoup d'écart et c'est décevant. Je suis assez fataliste, je n'ai pas l'impression que ça changera un jour.

Pour qui vas-tu voter ?
Pour la droite sans doute. Plutôt Fillon. Je fuyais les débats et les conversations politiques avant, j'avais un avis très tranché sur la question. Au fur et à mesure je m'y suis intéressée. Dès mon premier vote, j'ai compris que c'était important pour éviter que certaines choses se passent.

Qu'est-ce qui te touche ou te scandalise en ce moment ?
Le lynchage médiatique que subissent certains politiques. On a besoin d'entendre leurs idées, pas leur vie privée.

Quels sont les problèmes que rencontre ta génération ?
Il y a une perte de motivation pour les 18-20 ans, je trouve les plus jeunes plus nihilistes aussi. Mais je garde espoir parce qu'il faut se battre tout en étant réalise et s'en sortir, trouver son chemin. Même si je trouve que c'est plus difficile que pour nos parents. On est plus inquiets par rapport au futur.

Si tu pouvais changer une chose dans la France d'aujourd'hui ?
La méchanceté, l'individualisme, le replis sur soi. Il faut se souvenir qu'on est tous ensemble dans le même bateau et se serrer les coudes.

Photographie : Brian Bunting

Yensi Lama, 27 ans, skateur et vendeur chez Size, Marseille

Qu'est-ce que tu penses des élections en ce moment ?
C'est un peu n'importe quoi et ça ne me donne pas vraiment envie de plus me pencher sur le sujet.

Quels sont les événements qui t'ont marqué récemment ?
L'affaire de Théo à Paris, le fait qu'il se soit fait battre par les flics.

Est-ce que tu iras voter ?
Non je ne pense pas. Et si je vote, j'irai voter blanc. Dans tous les cas, je ne fais pas confiance aux candidats actuels.

Qu'est-ce que tu penses de ta génération ?
C'est une génération qui va beaucoup plus vite  vu que tout est véhiculé par internet, Instagram, Facebook Twitter. On prend plus assez le temps de se concentrer sur les choses. L'époque fait qu'on pousse les choses à l'extrême et les gens se réfugient là-dedans. C'est le cas du terrorisme comme des politiques.

Si tu pouvais changer une chose en France, ce serait quoi ?
Peut-être le racisme. Même si je le vis pas à Marseille, c'est une ville vraiment cosmopolite. Toutes les cultures et toutes les religions s'assemblent et s'adaptent aux autres. 

Photographie : Daryl Changou

Juliette, 18 ans, Etudiante, Lyon

Est-ce que les récents événements en Angleterre et aux Etats-Unis t'ont donné envie de te politiser ?
Oui même si ça ne me concerne pas directement, certaines idées de Donald Trump me font peur, notamment pour l'environnement.

Quels sont les mots qui reviennent selon toi, le plus souvent dans la bouche des politiques ? Qu'en penses-tu ?
Ils parlent souvent de changements, des assurances maladies, du chômage etc j'ai l'impression qu'ils veulent tout changer comme si tout était entre leurs mains.

Est-ce que tu comptes voter ? 
Évidemment que je compte voter, des femmes se sont battues toute leur vie pour avoir ce droit. Je voterais pour celui qui correspond le plus à mes attentes.

Qui rêves-tu de voir président ?
Brigitte Bardot, pourquoi pas ?

Quels sont les problèmes majeurs que rencontre ta génération selon toi ? Dans ta ville ?
Ma génération est très matérialiste, superficielle, on est vite catégorisés. C'est dommage.

Quel est le meilleur moyen de se révolter, de s'engager en 2017 ?
En 2017, on a plein de moyens de communication qui se sont développés, notamment les réseaux sociaux, on peut donner se faire entendre partout aujourd'hui.

Quels sont les espoirs politiques que tu envisages pour l'avenir de la France ?
Un changement de régime. Les fondements de notre « démocratie » sont bancals, ça s'apparente à une oligarchie.

Photographie : Daryl Changou

Marc-Henri Ngandu, 21 ans, photographe, Lyon

Comment envisages-tu les élections françaises ?
Je pense que ces élections vont être des « élections barrages », que beaucoup vont voter pour un candidat afin d'empêcher un autre de passer. Tout simplement parce que leur campagne ressemble actuellement plus à un clash de rappeur qu'à une vraie présentation de programme.

Qui rêves-tu de voir président ?
Je rêve de voir quelqu'un de vrai, de réaliste qui est capable de nous dire humblement « voilà la galère dans laquelle nous sommes, ça ne changera pas demain mais on va tenter de l'améliorer. » Sans jouer au coq. Même si cela fait un peu pays des bisounours de dire ça mais je rêve d'avoir quelqu'un qui a des vraies valeurs d'amour et de respect.

Quels sont les problèmes majeurs que rencontre ta génération ?
On veut tous être différents comme si avoir des points communs était une insulte mais on se plante totalement dans la manière d'affirmer sa différence. La plupart l'affirment physiquement et d'une manière vraiment matérialiste. C'est pas en portant du Raf Simons que tu seras unique. C'est en étant soit même. Si on sait qui nous sommes, on n'est forcément pas autrui et donc forcément différent. Ça peut paraître idiot mais beaucoup de gens ne l'ont toujours pas compris. À Lyon, les gens ont peur d'être originaux, comme s'ils se disaient : « non mais on est que Lyonnais nous, on n'est pas à Londres ici. » Bah oui et ?

Photographie : Julie Lansom

Inès, 20 ans, étudiante en stylisme/vendeuse, Montpellier

Qu'est-ce que c'est pour toi la politique ?
Le meilleur sujet pour être en désaccord avec quelqu'un quand tu en parles.

Comment envisages-tu les élections françaises ?
Ça fait bien longtemps qu'elles n'ont pas évolué et, bien que j'aille voter, je ne me sens pas particulièrement investie.

Quels sont les mots qui reviennent selon toi, le plus souvent dans la bouche des politiques ?
Je dirais "rassemblement", même si malheureusement ça sonne assez faux venant de leur part, eux qui, au sein même d'un parti, n'arrivent pas à se rassembler.

Est-ce que tu comptes voter ?
Oui je compte aller voter, pour qui ? C'est une bonne question. Le truc c'est qu'on vote pour quelqu'un dans le but de ne pas voter pour un autre…

Qui rêves-tu de voir président ?
Michael Scott.

C'est comment, d'avoir 20-25 ans en France en 2017 ?
Ça fait peur! On ne s'engage plus, on est plein de désillusions concernant la politique à mon âge. On s'accroche surtout à nos projets, nos désirs et aux choses auxquelles on croit vraiment.

Quel est le meilleur moyen de se révolter, de s'engager en 2017 ?
Réaliser ses rêves sans se mettre de barrières, ne pas avoir peur de se lancer. Sortir du lot, innover. De nos jours, on a énormément de moyens de nous émanciper d'une société trop stressante mais malheureusement la réalité économique nous fait parfois redescendre sur terre sans qu'on puisse rien y faire.

Photographie : Wilfried Dsainbayonne

Damien, 25 ans, étudiant aux beaux-arts, Lille

C'est quoi pour toi la politique ?
La politique devrait être la promesse d'un meilleur lendemain s'appuyant sur les besoins et les idées du peuple.

Ce qui s'est passé en Angleterre et aux Etats-Unis t'a-t-il donné envie de t'engager ?
Le Brexit et l'investiture de Trump ne sont que les quelques pièces visibles du puzzle diabolique qu'a tendance à former la politique actuelle.

Quel est ton ressenti sur les élections françaises jusqu'à maintenant ?
Une énième bataille d'égo. Quand ils arriveront à ranger leurs noms dans leurs poches arrières et à se rasseoir tranquillement afin de mettre en avant un regroupement d'idées pouvant tous nous faire avancer, je verrais ça d'un meilleur œil, pour le moment je plisse les yeux.

Quels sont les mots que entends le plus dans les discours des politiques ?
Sécurité - immigration - travail. C'est d'une tristesse. la politique de la peur à son apogée. Immobile pour le moment, j'observe des buissons ce regroupement de hyènes tourner autour de la carcasse du pouvoir. En espérant qu'une se démarquera des autres et peut-être tenterais-je une approche furtive. 

Quel serait le président idéal selon toi ?
Chateaubriand a dit "le plus grand malheur des hommes, c'est d'avoir des lois et un gouvernement. tout gouvernement est un mal, tout gouvernement est un joug." je ne rêve pas d'un président, je rêve de bonnes idées.

Quel est le meilleur moyen de s'engager, se révolter en 2017 ?
C'est avant tout l'échange, le dialogue, aucun acte isolé, mélangeons nos sensations et nos idées, confrontons-les jusqu'à récolter leur essence et ensemble agissons. Nous. le peuple, en phase avec sa réalité, avec celle du monde. Allez tous écouter ou réécouter Nuage Sans Fin de Fabe. Amour sur Fabe, amour sur Mehdi, amour sur Nous.

Photographie : Tom de Peyret

Erwan Sene, 25 ans, artiste, Paris

Qu'est-ce que c'est, pour toi, la politique ?
Pour moi la politique est quelque chose que chacun doit prendre en main, pas seulement par le biais des élections mais aussi dans la manière de trier, digérer des informations et de stimuler son esprit critique.

Quel est selon toi le meilleur moyen de s'engager en 2017 ?
Il devient difficile de s'engager en se positionnant pour un parti ou une personnalité politique précise dans un contexte où le syndrome de post-vérité a créé un écran de fumée et rend caduques certaines informations. 

Est-ce que tu comptes voter en mai prochain ?
Je pense que j'irai voter meme si ma génération a une profonde défiance envers la politique et donc une plus grande difficulté à placer ses pions.

Photographie : Yves Drillet

Pauline 22 ans, en césure et Marion, 24 ans, étudiante en droit, Rennes

Qu'est-ce que c'est pour vous la politique ?
Marion : Une pièce de théâtre avec des comédiens qui tentent de convaincre l'auditoire en passant par l'émotion plus que par la vérité.

Comment envisagez-vous les élections françaises ?
Marion : Je les suis de près; d'ailleurs, j'ai voté aux primaires de la gauche. C'est difficile de rester optimiste mais une amie qui lit les cartes m'a dit que le prochain président serait une vraie alternative pour la France, en bien. Donc j'espère et j'y crois.

Est-ce que vous comptez voter ?
Pauline : Non je n'irai pas voter. Ce qui me touche, c'est la cause des animaux. J'essaie de ne plus manger de viande et j'en ai fait ma priorité. C'est un sujet qui n'est jamais abordé par les politiques, d'ailleurs. On parle bien d'écologie, mais jamais des animaux.
Marion : Oui, pour Benoît Hamon. Je considère que c'est l'homme politique à même de représenter le maximum de personnalités, de parcours et de vies différents, contrairement aux autres candidats qui sont l'incarnation d'une certaine classe sociale.

C'est comment, d'avoir 20-25 ans en France en 2017 ?
Pauline : Ça a ses avantages, même si je n'ai aucune idée de ce que je veux faire de ma vie. J'aimerais bien gagner au Cash dans l'idéal.
Marion : On fait croire à notre génération que ses choix sont multiples mais en réalité, on est tiraillés entre le présent et l'avenir. On nous répète que le futur est incertain, du coup, il est d'autant plus difficile de s'y projeter.

Quels sont les problèmes majeurs que rencontre votre génération selon toi ?
Marion : Je ne l'ai jamais vécu parce que je suis blanche mais la discrimination et la banalisation des insultes à caractère racial. Et le sexisme, que je vis au quotidien. On nous laisse croire que tout est acquis alors que tout reste à faire.
Pauline : La société de consommation, le fait de jeter et racheter sans cesse. Je travaille dans un restau en ce moment et ça me tue de voir tout ce qui passe à la poubelle alors que des gens meurent de faim dehors. On ne donne pas assez aux humains, on ne pense pas assez aux animaux.

Quel est le meilleur moyen de se révolter, de s'engager en 2017 ?
Pauline : Arrêter de consommer à outrance. Je pense qui si chacun faisait un petit effort en plus au quotidien, le monde se porterait mieux.
Marion : Je pense que ça passe par le fait de vivre en adéquation avec sa façon de penser, tout en écoutant les opinions de l'autre, élever le débat, tenter de réfléchir et faire réfléchir les autres. 

Photographie : Gabrielle Duplantier

Noellyn Diakhite, 18 ans, Terminale L, Allons

Tu iras voter en mai prochain ?
Oui. C'est important d'aller voter. Je suis très politisée et on est tous les acteurs de notre réussite. C'est l'affaire de tout le monde et on ne peut pas se plaindre du mauvais gouvernement si on ne va pas voter. A partir du moment où on prend position, on a plus de contrôle sur nos vies.

Pour qui vas-tu voter ?
Pour Mélenchon. C'est un pari osé, loin du néo-libéralisme et de ses spirales infernales.

Tu milites au quotidien ?
J'aime me préoccuper du monde qui m'entoure, du prolétariat, du fait de mes origines franco-martinico-sénégalaises et parce que je suis confrontée à des gens en situation difficile, irrégulière. C'est la moindre des choses de s'intéresser aux autres et donc à la politique. J'ai que 18 ans mais j'ai à cœur de monter qu'à mon âge on n'est pas forcément idiot.

C'est comment, d'avoir 18 ans en France ?
On ne peut pas faire de généralités sur ce que c'est d'avoir 18 ans en France. On est 65 millions et chacun vit différemment au jour le jour. En ce qui me concerne, c'est un mélange de plein de choses : de combat, d'orientation, de doutes et de galères.

Quel est le meilleur moyen de se révolter, de s'engager en 2017 ?
Vivre. Le fait d'être là, sans se priver, sans se mettre de limites et d'avancer est déjà un doigt d'honneur à la société, au système en place. A tous ceux qui pensaient qu'ils n'arriveraient à rien. Avancer soi-même, cultiver son humanité est déjà une très belle manière de se révolter.

Photographie : Nick Quine

Hugo Plessis, 17 ans, lycéen, 1ère S, Paris

Qu'est-ce que c'est la politique pour toi ?
Un groupe de personnes chargées de diriger et contrôler un pays.

Est-ce que tu te sens militant, engagé dans la politique ?
À mon âge, je ne suis pas encore très engagé dans la politique. Je suis au courant de ce qui se passe sans m'y intéresser de près. J'attends d'avoir le droit de vote pour m'y intéresser plus profondément.

Comment envisages-tu les élections françaises prochaines ?
J'ai lu le programme de Hamon et franchement je trouve qu'il y a des trucs pas mal. Accorder le droit de vote aux étrangers pour les municipales, par exemple.

Qu'est-ce qui te choque ou te scandalise en ce moment ?
L'impunité des policiers, leurs bavures. Je pense qu'ils sont bien trop protégés par la justice française.

Si tu pouvais choisir le président pour la France ?
Barack Obama, parce que je respecte son parcours et ce qu'il a fait pour les Etats-Unis pendant ses deux mandats. Ce serait un bon exemple pour la France.

Si tu pouvais jouer un morceau au monde pour qu'il aille mieux, tu choisirais lequel ?
Jul, Le Son De La Grotte. Parce qu'il mettra tout le monde de bonne humeur. 

Photographie : Tom de Peyret

Victor Guénard, 21 ans, étudiant en architecture, Paris

C'est quo pour toi la politique ?
Des citoyens qui s'engagent dans leur société pour tendre à une vision commune. Un forme de liberté et d'engagement.

Est-ce que tu comptes voter en mai prochain ?
Bien sur, oui. Pour qui, je ne sais pas encore. Je ne suis pas particulièrement partisan.

Quel est ton ressenti sur les élections présidentielles françaises et ses candidats, jusqu'à maintenant ?
C'est assez difficile de s'en faire une idée claire. Pour ma part, elles nourrissent beaucoup de déceptions et l'impression d'être condamné à voter pour des candidats médiocres, au sein d'un système corrompu. L'affaire Fillon est symptomatique de cette corruption. Quand les principaux concernés sont les premiers à feindre l'incompréhension, c'est qu'on a atteint un degré de perversion assez phénoménal.

Qu'est-ce que tu penses de ta génération ?
J'ai beaucoup plus d'espoir pour ma génération que pour nos politiques.

Si tu pouvais élire le président français idéal, qui choisirais-tu ?
Je ne crois pas au mythe de l'homme providentiel. Je pense qu'il faudrait commencer par réinstaurer un environnement politique sain, nourri par de vraies envies et de vraies idées.  

Photographie : Nick Quine 

Christopher Sita, 20 ans, assureur, Sarcelles

Qu'est-ce que c'est pour toi la politique ?
Un grand désordre, dans le bon comme le mauvais sens du terme.

Est-ce que tu comptes voter en mai prochain ?
Oui, même si c'est encore le fouillis dans ma tête. J'hésite encore entre Hamon et Mélenchon.

Les récents événements en Angleterre et aux Etats-Unis t'ont-ils donné envie de t'engager ?
Ça m'a fait prendre conscience de beaucoup de choses, même si je savais qu'il y avait des inégalités avant ça. Mais j'ai toujours été engagé.

Quels sont les problèmes que rencontre ta génération au quotidien ?
Je parle pour la communauté afro, dont je fais partie et des bavures policières dont j'ai plusieurs fois été victime. Quand on a la peau foncée, il suffit d'un rien pour être contrôlé et c'est dérangeant parce qu'on en oublie le rôle que sont censés avoir les gardiens de la paix, c'est-à-dire, nous défendre et nous protéger. L'histoire de Théo n'a fait que révéler une vérité dont on parle trop peu souvent.

Si tu pouvais changer une chose dans le monde aujourd'hui, ce serait quoi ?
Les inégalités sociales, économiques. Si le monde part en vrille c'est à cause des inégalités. Si on réglait ce problème le monde se porterait mieux. 

Credits


Photographies : Nick Quine, Mélanie Bordas Aubiès, Jehane Mahmoud, Yves Drillet, Gabrielle Duplantier, Erick Faulkner, Daryl Changou, Brian Bunting, Wilfried Dsainbayonne et Tom De Peyret
Texte et interviews : Malou Briand Rautenberg