ce que la mode doit au « fuck you » de lady di

Ce mois d’août marque le 20ème anniversaire de la mort de la princesse Diana. Derrière l’avalanche de documentaires commémoratifs et de théories du complot, il est important de se rappeler de l’un de ses héritages les plus marquants : son sens du style.

par Anne T. Donahue
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30 Août 2017, 9:30am

Cet article a été originellement publié dans i-D UK.

Ces vingt dernières années, les médias ont disserté sur l'héritage du style de Diana dans la culture populaire, en ratant souvent le plus important. Alors oui, l'esthétique de la Princesse de Galles n'a cessé d'évoluer au cours du temps. Oui, elle savait porter le jean comme personne, et les vêtements qu'elle a possédés se vendent aujourd'hui à des centaines de milliers de pounds aux enchères, et ça se comprend. Mais rien de tout ça n'est nouveau ou surprenant. Diana a perfectionné son habileté stylistique comme beaucoup d'entre nous finissons par le faire. Et c'est précisément pour cela que la plupart de ses dernières pièces exprimaient un message fort, qu'on a vu depuis emprunté par tout le monde, de Rihanna à Kim Kardashian en passant par Beyoncé. Un message qui se résume assez simplement : fuck you.

Le simple fait que l'on prenne en considération les looks les plus anciens de Diana est déjà assez fou. Au moment où elle se fiance avec le Prince Charles, elle a 19 ans, elle est une adolescente huppée et s'habille en conséquence. Sa garde-robe se résume alors à des blouses, des gilets tricotés et une jupe longue qui fait scandale parce qu'on peut voir ses jambes à travers quand elle est au soleil. En gros, on rencontre Diana Spencer quand elle n'est encore qu'une gamine, une jeune femme qui ne sait pas encore s'imposer parce qu'on ne lui a appris qu'à se marier, et qui s'imagine que l'ouragan d'emmerdes dans lequel elle s'enfonce doucement mais sûrement se tassera une fois qu'elle aura échangé ses vœux dans une robe Emanuel.

Pendant ce temps-là, nous, à 19 ans, on portait des tank tops Roxy et des ceintures à pics pour aller en boîte. Une preuve de plus, s'il en fallait, que rien de ce que l'on a porté avant d'avoir 20 ans ne devrait s'appliquer à notre vie d'adulte.

Mais à l'époque, Diana n'a pas le luxe du temps. Elle a deux enfants très peu de temps après son mariage, et dès le milieu des années 1980, elle utilise la mode pour projeter sa propre histoire. Très vite, elle échappe au rôle de la bobonne pudique pour devenir une femme accomplie qui survole la moquette de la Maison Blanche en velours Victor Edelstein. Elle troque les jupons pour devenir la première femme de la Famille Royale à porter un pantalon lors d'un événement officiel. Elle porte des colliers ras-du-cou, de gants de satin dépareillés et sait s'habiller en fonction pour un concert de Bryan Adams. En clair, elle n'accompagne jamais Charles, elle l'éclipse. Elle lui usurpe le pouvoir avec ses choix vestimentaires. Elle est pour lui une adversaire imparable.

Surtout lorsqu'elle commence à fusionner le monde de la maternité et celui de la conscience stylistique. En plus montrer publiquement toute son affection pour William et Harry (une première chez les Windsor), elle remplace la raideur de l'esthétique royale par des jupes longues et flottantes et des sweats (certains avec des imprimés nœuds papillon, d'autres avec des imprimés chiots, tous parfaits). Avec cette double casquette innovante, elle est la première à s'implanter durablement dans un rôle non pas de maman, mais de maman cool. Avec un simple jean, Diana parvient à incarner l'antithèse du old school un peu trop rigide incarné par Charles. (Trop rigide pour un parc d'attractions, par exemple.)

Le jour où Charles avoue publiquement sa relation avec Camilla Parker-Bowles, Diana se pointe à la Serpentine Gallery dans ce qu'on appelle depuis la « Revenge Dress » : une robe de soie courte signée Christina Stambolian.

Et plus Charles et Diana s'éloignent l'un de l'autre, plus elle prend de la place et s'autorise à crier « je vous emmerde » avec sa mode. Le jour où Charles avoue publiquement sa relation de longue date avec Camilla Parker-Bowles, Diana se pointe à la Serpentine Gallery dans ce qu'on appelle depuis la « Revenge Dress » : une robe de soie, courte, signée Christina Stambolian, considérée à l'époque comme « presque trop osée ». Puis en 1995, le soir de la diffusion de sa tristement célèbre interview avec Martin Bashir, elle apparaît lors d'un événement public dans une robe magnifiquement sexy, dessinée cette fois-ci par Jacques Azagury.

Une robe noire, qui plus est. Difficile de dire « allez vous faire foutre » plus fort que ça. « Elle était de la royauté, et n'avait donc pas le droit de porter du noir pour autre chose que pour faire un deuil, expliquait Azagury. C'était sa manière de montrer qu'elle était libérée. »

Mais elle va ensuite encore plus loin. Après s'être durablement positionnée comme une femme mûre et affirmée, comme une mère aimante et moderne et comme victorieuse d'un mariage qui n'aura cessé de l'étouffer, elle passe à l'étape supérieure. Le jour des 50 ans de Camilla Parler-Bowles, Diana se prélasse avec son boyfriend Dodi Al-Fayed à Saint Tropez, en maillot de bain une pièce, imprimé léopard, s'il vous plaît. Plus généralement, elle entretient un style très nineties, parfois presque sport et athlétique. Un style qu'elle adopte avant son divorce et qui aide à surligner sa jeunesse, son cool, en contraste bien sûr avec son mari et sa maîtresse. Ajoutez à tout ça une relation privilégiée avec Versace, une approche pointue du design et un cercle de célébrités dévouées, et Diana est parvenue à faire de la mode une plateforme depuis laquelle elle s'est dessinée une identité, et nous a communiqué ce qu'elle voulait que l'on voie d'elle.

Quand elle meurt en août 1997, Diana a réussi à parfaire l'art de l'habillement. Chaque pièce portée a eu un but, un rôle à évaluer dans un contexte plus large : la construction d'un mythe qui l'a aidé à éclipser la monarchie. Et avec succès. Pendant 20 ans on a parlé des risques stylistiques pris par Lady Di, de ses triomphes et de sa belle évolution esthétique. Mais en faisant cela, on est passé à côté des chapitres les plus intéressants de son histoire : le pouvoir qu'elle s'est approprié en associant les vêtements à une philosophie spécifique. « Allez vous faire foutre », c'est un message dont la puissance est décuplée s'il est délivré avec la manière.

Le fait que Diana ait décidé de le délivrer avec la mode lui vaut des applaudissements. C'est peut-être grâce à elle que je ne porte plus que des ras-du-cou en signe de revanche.

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Texte Anne T. Donahue
Image via Pixabay

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