les 14 titres qui ont fait notre mois d'octobre

De Robyn à SCH en passant par RENDEZ VOUS, Sheck Wes et Muddy Monk, i-D vous fait sa piqûre de rappel mensuelle : ce qu'il fallait écouter en octobre, et ce qu'il faudra passer pendant votre Halloween Party.

Nicolas Robin Hobbs pour i-D

Triplego – Iris

Chez les fans de Triplego – le duo de rappeurs le plus vaporeux, poétique, planant et mystérieux de Montreuil (et bien au-delà) – la simple évocation de « Machakill » provoque un frisson d’excitation. Machakil, c’est le nom de leur nouvel album, mais ça fait déjà un moment que MoMo Spazz (à la prod) et Sanguee (aux rimes) nous en teasent la sortie. Sobrement, leur projet précédent s’appelait #EnAttendantMAchakil, et avait tout ce qu’il fallait de spleen et de nappes mystiques pour nous faire au choix sagement patienter, ou trépigne d’impatience. En octobre, le duo marque son retour, avec le premier (et somptueux) extrait de cet album très attendu, « Iris », dont les paroles s’ouvrent sur « J’ai la tête sur Mars ». Vu l’effet stratosphérique du son, on s’en doutait un tout petit peu. Hâte.

Robyn Humain Being

Fermez les yeux et imaginez : nous sommes en 2010. L’équipe de France s’est mangé la honte planétaire pendant la Coupe du Monde en Afrique du Sud, la crise économique est encore toute chaude, Instagram n’a pas encore un an, Trump envisage une candidature aux présidentielles… et Robyn sort trois albums en un an : Body Talk Pt. 1, Body Talk Pt. 2 et Body Talk. Immense joie pour les fans de la pop star suédoise, qui ne soupçonnent pas une seconde qu’ils devront attendre huit ans pour le prochain opus solo. Huit ans plus tard, Robyn fait partie de ces figures de la musique dont on connaît le nom, sans forcément suivre assidument la musique. Ces artistes qui se sont fait une place, ont traversé les années 1990 pour en ressortir indemne. Avec le récent retour de Neneh Cherry, autant dire que la Suède a su produire des artistes endurantes. Sur Honey, Robyn démontre qu’elle n’a rien perdu de sa compréhension du monde qui l’entoure et livre un album pop résolument moderne, ou l’émotion et le dancefloor s’embrassent d’un titre à l’autre. On en ressort à se demander si Robyn est vraiment humaine, comme elle semble l’affirmer sur l’incroyable « Human Being ».

Oklou – Xternal Locus

À chaque nouveau son, Oklou ouvre grand les portes de son intimité. Que ce soit dans l'ambiance feutrée de sa chambre, petite webcam calée en haut de l'écran, sur son compte instagram où elle publie des bribes de ses recherches créatives, ou dans ses clips, l'artiste française offre un accès privilégié aux coulisses de son monde dès que l'occasion se présente. Ce mois-ci elle embarquait son monde dans une nouvelle alcôve, plus rap cette fois-ci, avec la sortie du titre « Xternal Locus », composé en featuring avec la rappeuse américaine Chynna (membre de la famille A$AP mob). Une première production rap qu'elle mêle aisément aux nappes post-pop dont elle seule connait le secret.

SCH – Skydweller

Ces jours-ci, il nous arrive de paniquer devant la profusion d’albums rap, de craindre que la quantité n’empiète sur la qualité. Puis apparaissent de grands albums pour nous rassurer : la quantité ne fera que souligner le contraste de ceux qui sortent du lot. En octobre, SCH était de ceux-là. Si le Marseillais était déjà incontournable dans le paysage, avec JVLIVS il passe un nouveau cap dans sa progression artistique à lui, et pousse vers le haut le niveau d’exigence général du rap en 2018. Et pourtant, SCH avait déjà un bagage musical parlant, notamment une première mixtape certifiée or, A7, sortie en 2015, considérée par beaucoup comme un classique et qui avançait déjà fièrement l’univers du rappeur : un cloud rap violent dont les références passent en détente de Joe Dassin à Gomorra. Deux albums plus tard, avec JVLIVS, SCH raconte une histoire – ponctuée d’interludes où la voie française d’Al Pacino parle de trahison, de déluge, de sang, de flingues. Une histoire ou les punchlines rivalisent avec la virtuosité des instrus, et où SCH laisse place à Julien (son vrai prénom) pour livrer un album sidérant de maîtrise, la preuve en est : « Skydweller », à écouter en lisant cette superbe interview de nos confrères de l’Abcdr du son.

Muddy Monk – Drift

Le 9 novembre. Notez bien cette date. Ce n’est pas que la veille de l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Cette année, c’est d’abord le jour d’un accouchement, celui du premier album de Muddy Monk, chanteur suisse qui étale sa nostalgie et son romantisme de manière sporadique depuis de nombreuses années en solo, quand il ne fait pas merveilleusement bien sonner ses prods ou ses aigus sur les projets de ses potes Ichon ou Myth Syzer. Les fans attentionnés de ce féru de moto grandi à Fribourg l’attendaient depuis longtemps, ce Longue Ride. Le teasing, l’EP Première Ride (une récurrence, la ride), avait réussi à nous titiller l’audition sans suffire à nous rassasier. Warning : l’album rassemble certains morceaux que ces mêmes fans auront déjà écoutés à l’excès (« En Léa », « Si l’on ride », « L’Aventura »…) mais qui suffiront sûrement à convaincre les profanes. Et sinon pas de panique, le disque regorge de pépites, toujours dans la même veine : la route, les filles. Le moteur, l’amour, la nostalgie, une voix toujours envoûtante, des nappes profondes et des dérapages contrôlés – parmi lesquels le récent « Drift ». Allez, montez dans la voiture de Muddy.

Lonely C – Ain't Worried

Après le succès du titre «Hold Up » qui a fait le tour des festivals en 2018, Charles Levine aka Lonely C nous offre un nouveau morceau, « Ain't Worried », porté par la voix chaude et soul de Kendra Foster. Une deep house futuriste, avec des accents jazz et R&B irrésistibles. Il est issu d'un EP dont la sortie est prévue pour décembre. De quoi nous faire patienter jusque-là et animer les dancefloors d'Halloween ce soir.

RENDEZ VOUS – Sentimental Animal

Le rock français n'a plus rien à envier à personne. Avec leur tout premier album sorti ce mois-ci, RENDEZ VOUS creuse encore un peu plus profond son sillon, la tête dans les guitares, le micro dans la bouche, sans regarder ce qu'il se passe sur les côtés. Et quiconque tendra l'oreille attentivement saura reconnaître des petits arrangements orientés techno, des BPM alanguis, des revirements métalleux et un romantisme exhumé des nineties. Le clip du titre « Sentimental Animal », rallie à peu près tous les mouvements des onze autres titres de l'album. Il est à (re)découvrir juste là.

Ateyaba – Negressa

Dans le genre teasing infini, le rap français ne fait pas mieux que Joke, récemment rebaptisé Ateyaba (son vrai nom). Annoncé après un silence de plus de deux ans, son nouvel album était censé sortir le 24 novembre… 2017. Près d’un an plus tard, toujours pas de date de sortie officiel pour son Ultra Violet, ultra-attendu. En un an, certains fans ont eu le temps de s’impatienter, saoulés par le silence ou les posts Instagram cryptiques du rappeur montpelliérain. Et pour cause, révélé dans le rap game il n’y a pas loin de dix ans, Ateyaba a toujours fait office d’avant-gardiste, de lanceur de tendances, prescripteur d’un style dont on retrouve d’ailleurs les signes chez une bonne partie de ses cadets. Sauf qu’aujourd’hui, se taire dans le rap, c’est presque mourir. Comme celui qui serait justement arrivé trop tôt, son absence passait presque pour une retraite, un chemin vers l’oubli. Mais pour ce qui est d’Ateyaba, le talent ne s’efface pas avec le temps, il s’affûte. Le 23 septembre dernier, il sortait l’incroyable « Rock With You » hommage à MJ, et rempilait début octobre avec « Negressa », rappelant à tous qu’il était encore là, et bien là. Joke est mort, vive Ateyaba.

Lukas Ionesco – Burning Inside

La « grunge-folk », vous connaissez ? Lukas Ionesco, lui, la pratique depuis quelques années déjà, entre deux défilés et trois tournages. Les néologismes dans la musique font foison, et il est vrai qu’on a vite fait d’accoler deux styles diamétralement opposés histoire de faire un bon mot journalistique et de prendre un raccourci qui nous évitera d’expliquer la musique. Mais c’est qui ressort immédiatement à l’écoute de la musique de Lukas Ionesco : un brin de nostalgie des nineties, des accords rappelant les grandes heures de Nirvana et des textes dont la simplicité cache une profondeur romantique, déchirée. Avec « Burning Inside », morceau sorti ce mois-ci, dont le clip a été tourné dans un New York enneigé, Lukas Ionesco confirme l’essai, et le clip rempile sur une esthétique VHS à laquelle il est dur de renoncer quand on a grandi avec un magnétoscope dans le salon. Dessus, Lukas se demande s’il est une fille ou un garçon, s’il n’est pas qu’un alien, et si finalement ce n’est pas mieux comme ça. On aura l’occasion de le vérifier en fin d’année, et de s’envoler avec lui sur sa planète avec la sortie de son EP Paris Texas. À suivre.

Sheck Wes - Wanted

Il y a des surdoués. Des gens qui 1) font tout mieux que (presque) tout le monde et 2) le font beaucoup plus vite que tout le monde. Sheck Wes – qui soufflait ses vingt petites bougies en septembre – est sans doute l’un d’eux. Soutenu par les pontes Travis Scott et Kanye West, le rappeur de Harlem nous en a donné un indice de plus ce mois-ci avec un premier album somptueux, Mudboy, un disque « coming-of-age » incontournable. Les attentifs avaient déjà pu sentir la flamme de Sheck Wes sur l’album de l’été, ASTROWORLD, de Travis Scott, où il venait poser tout son charisme sur l’excellent « NO BYSTANDERS ». Celui qui dit avoir toujours rêvé d’être une star, qui a grandi nourri au Kid Cudi, qui n’est pas passé loin d’une carrière de basketteur, puis de mannequin, et qui a vécu pendant longtemps, malgré lui, au Sénégal, la terre de ses parents a déjà, manifestement, beaucoup de choses à raconter de la vie. Changé par son exil africain, Sheck Wes, jusque-là touche à tout, décide d’un focus : l’art. En une petite année, il est devenu incontournable, et livre avec l’édifiant Mudboy un rap sombre, précis, typiquement new-yorkais : le rap qui hante, qui réjouit en même temps qu’il peut parfois faire flipper. Et qui dessine au jeune homme un avenir doré dans l’industrie.

Neneh Cherry – Fallen Leafs

« Je pense qu'il faut avoir du coeur. Être un bon soldat avec beaucoup de coeur. » Juste avant que l'automne s'étale a Paris, i-D a rencontré l'immense Neneh Cherry pour parler de politique, du style Buffalo et de son nouvel album, Broken Politics. Un recueil de poèmes ultra-modernes qui font état d'un monde violent, bilieux mais dont la grâce résiste encore et toujours. Proche de l'énergie de son premier tube « Buffalo Stance » mais aussi de la chaleur révoltée de « Woman », Broken Politics signe un retour réussi et surtout nécessaire. Car depuis toujours, Neneh Cherry absorbe et filtre la violence du monde pour créer du Beau. La preuve juste en dessous.

Claude Violante - Armani

L'an dernier, Claude Violante sortait un EP intitulé Road Race, le troisième d'une série voyageant entre électro, mélancolie et r'n'b - bande-son idéale pour regarder le soleil tomber, tracer en voiture à toute vitesse ou danser jusqu'au bout de la nuit. Il y a quelques jours, elle lâchait sans prévenir un morceau intitulé ARMANI - un hymne à l'amour et aux filles de la nuit, capable de serrer très fort le coeur et de faire bouger les épaules (en même temps). Blessée à la main, une cavalière en côte de maille trouve refuge sous les néons d'une laverie : d'où vient-elle ? Qui est-elle ? Le morceau ne le dit pas mais il y a des chances pour que sa mélodie entêtante imprime durablement ses notes dans votre cortex cérébral.

Anderson Paak – TINTS (feat. Kendrick Lamar)

Il est de plus en plus compliqué d’établir une playlist du mois sans y caler un son où figure Kendrick Lamar. En septembre, il venait sublimer l’un des meilleurs morceaux du nouvel album de Lil Wayne, Tha Carter V. Ce mois-ci, c’est sur un morceau du bondissant Anderson .Paak (présent l’an dernier sur la bande-son de Black Panther, supervisée par nul autre que Lamar) que le rappeur de Compton est allé se chauffer le flow. Le résultat, c’est « TINTS », son léger au groove imparable où les deux artistes mettent leur talent au service d’un propos sur la célébrité et tout ce qu’elle peut ôter de vie privée – « tints » fait référence aux vitres teintées des voitures, pour échapper aux paparazzi. Le morceau est extrait du prochain album d’Anderson .Paak, Oxnard (le nom de sa ville de naissance, californienne), dont la sortie est prévue le 16 novembre prochain. Il sera le troisième d’une « beach series », après Venice (2014) et Malibu (2016). Et dieu sait qu’en novembre, le monde a besoin sable chaud et de soleil. Qui de mieux que .Paak pour nous le délivrer à domicile ?

Sirop - Flesh

Ne vous méprenez pas : tous les sirops ne luttent pas contre la toux. Celui que nous sert dans ce clip réalisé par Thomas Vernay, s'apparente plutôt à un cocktail multivitaminé. Du genre de ceux qu'on enchaîne lorsque le diable commence à habiter nos gestes, une demie-heure avant l'apéro, quand on sent qu'il va falloir tenir longtemps et fort. La bande-son de la douce montée, juste avant l'explosion, qui se voit confirmée par labelle vidéo qui l'accompagne. Une folie douce qui, à défaut d'être antitussive, saura à tous les coups vous rendre pro-actif pour les heures à venir. Alors détachez vos ceintures et profitez de la montée.

Bonus d'Halloween : Mathilde Fernandez - Oubliette (Perez Remix)

Quand on a vu le résultat de leur première collaboration, « Walhalla », moceau puissant, primal, ou la techno se mêlait aux envolées lyriques de Mathilde, aux allures épiques de Mylène Farmer, on se dit qu'il serait dommage d'en rester là. Le duo se reforme donc, Perez signe un remix énervé juste ce qu'il faut d'un son de sa collègue, et vous offre au passage une partie de la bande-son de votre Halloween Party de ce soir. Pour le reste : gardez les oreilles attentives, l'EP de Mathilde Fernandez sort le 9 novembre.

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