Photographie Laura Ma

bonjour la terre, voici ta-ra, la chanteuse la plus cosmique de france

Vous aimez le r&b, le rap chinois, l'amour et l'astrologie ? Vous allez (forcément) adorer Ta-Ra et son nouveau projet « Rare1 », tout frais sorti du cosmos.

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22 février 2019, 12:54pm

Photographie Laura Ma

Ta-ra croit au destin – les choses, toutes les choses, arrivent pour une raison, nul besoin de se poser trop de questions. Elle mise sur ce qui est naturel et devinez quoi : la nature prend du temps. Aujourd'hui, la nature a fait naitre Rare1, dernier projet en date d'une chanteuse qui traîne son flow et ses rythmes r&b sur la planète internet depuis quelques années déjà. « R&b », c'est vite dit. La musique de Ta-Ra est un univers en soi, construit dès 2014 sur Soundcloud, où les styles se floutent et se côtoient.

Ta-Ra semble puiser sa musique dans le système solaire, à en croire ses productions aériennes et sa passion pour l'astrologie. Il y a quatre ans avec « Lil Bit » (son « tube ») et deux EP, elle posait un pied sur terre à notre plus grand plaisir. En 2017, Myth Syzer ne s'y trompait pas et produisait en partie l'envoûtant SunrayZ. Puis elle repartait dans le temps long pour préparer sa potion. Rare1 est une célébration : chaque chose y est rare et précieuse. Qu'elle rappe, qu'elle chante l'amour, qu'elle invite les MC chinois de Vroskiii, Ta-Ra se balade avec une aisance contagieuse, et on ressort du projet convaincu que, ses morceaux sont peut-être un peu plus précieux que le reste. Vous résisterez difficilement à la mélodie de « 5star » et à l’envie d’ouvrir votre troisième œil en écoutant « Falcon7 ». Simplement, Rare1 est un disque qui fait du bien.

Signe du destin, il aura fallu à Ta-Ra un voyage à Dubaï et une rencontre avec une inconnue dans un Apple Store pour qu’elle apprenne l’évidence : « Tara » veut dire « étoile » en hindi. Rencontre.

Qu’est-ce qui t’as mené à la musique ?
Ça s'est fait très naturellement. La musique c'était vraiment pour m'amuser. À la base je m'étais lancée dans le nail art, je voulais monter ma marque. Je ne m'y connaissais pas vraiment mais c'était cool, je m'étais fait plein de contacts. Je n'ai pas eu le temps d'approfondir, ça n'a pas vraiment fonctionné. Je ne savais plus quoi faire, donc j'ai fait de la musique.

Tu t'es simplement dit « après le nail art, si j'essayais la musique » ?
Oui ! Mais la musique a toujours été très importante. En primaire avec mes copines, on était la bande de filles qui faisait des chorés. Et puis dans les centres aérés pendant les vacances, il y avait les concours de chant, des remakes de « Popstar » ou « La Nouvelle star », et j'avais gagné la Nouvelle Star avec une chanson de Lara Fabian, je crois. Tout ça pour dire que la musique est là depuis longtemps. Ma mère m'a bercé à la soul, funk, jazz, samba, le hip-hop, le r&b etc. J'ai grandi avec ça.

À quel moment tu t'es dit que la musique devenait quelque chose de plus sérieux ?
Quand j'ai compris que ma musique représentait vraiment mon âme. C'est quelque chose de spirituel, attaché à ce que je suis, et ça, je ne le savais pas quand j'ai commencé. Je parlais sans trop comprendre ce que j'étais, qui j'étais et d'où ça venait. J’ai commencé à prendre la musique au sérieux quand j'ai compris que ça m'aidait à me connecter aux autres et que ça venait de quelque chose qui me dépassait.

Dans quelle mesure tu dirais que Soundcloud a construit ton univers musical ?
Ça a une grande importance, c'est là que j'ai développé mon profil. Souncloud c'est la simplicité. C'est très libre, il n'y a pas besoin de donner beaucoup d'infos ou de payer et on peut communiquer avec des gens du monde entier. Ça a peut-être changé aujourd’hui, c'est devenu une sorte de plateforme à la Deezer et Spotify, mais à l’époque c’est la liberté et la simplicité qui m'ont attiré. J'aime bien tout ce qui est simple et j'aime avoir le contrôle. Je suis une control freak. J'aime manier les choses, télécharger les choses moi-même, choisir les layouts. Je suis très directive dans mon travail, en ça Soundcloud était très pratique.

Tu donnes l'impression de faire les choses à ton rythme, de prendre ton temps. Il y a un lien avec le titre de ton disque - un besoin de se faire rare ?
Il y a sûrement un peu de ça. Pour moi la qualité passe toujours avant la quantité, c'est clair. Quelque chose qui est bien fait, c'est quelque chose sur lequel on a passé du temps. Je n'aime pas le système fast-food. J'aime tout ce qui est naturel et la nature, ça prend du temps. Quand on plante une fleur il faut attendre que passe les saisons, il y a beaucoup de choses qui tournent autour et quand c'est le printemps ça éclôt. Je n'aime pas forcer les choses. Je ne sais même plus comment j'ai trouvé ce titre... J'ai écrit un poème dans lequel j'explique que chaque chose est rare, précieuse. C'était peut-être par rapport aux étoiles... j'ai dû penser à une étoile qui est rare. Tara ça veut dire "étoile" en hindi. Je ne le savais pas, j'ai découvert ça il y a peu.

Ça revient souvent d'ailleurs, les étoiles, le système solaire.
Je suis passionné par l'astrologie et l'astronomie aussi, oui. Par l’univers, tout ce qui se passe là-haut. Depuis que je suis petite. Le poème parle du début et de la fin, du cycle de la vie, l'importance de chaque chose dans ce cycle. Chaque chose né, puis meurt, et la vie est une constante naissance et mort. Chaque chose qui se passe entre cette naissance et cette mort est importante, nécessaire pour que le cycle continue. C'est très abstrait. Rare1 c'est : chaque chose est rare, précieuse, chaque chose compte.

Sur Instagram, tu as publié un texte qui explique le morceau « Falcon7 », tu dis qu’il faut savoir passer en « falcon mode », prendre de la hauteur pour comprendre les gens et les pardonner. Toi, en règle générale, la musique t'aide à mieux comprendre les gens, le monde, à ouvrir ton troisième œil ?
Tout le monde est spirituel, même si on ne s'en rend pas toujours compte. La musique m'aide à comprendre le monde, la musique c'est de l'énergie, c'est une partie de ce qu'il y a à l'intérieur de moi. C'est des fréquences que j'envoie aux gens et je pense que ça m'aide à les comprendre parce qu'en m'étudiant moi j'arrive à comprendre les autres. La compréhension du monde et des gens passe forcément par soi.

Tu penses que la musique peut sauver le monde ?
Seule, non. Ça y contribue énormément, ça c'est sûr. C'est un des moyens les plus simples de transmettre des énergies. Si on veut transmettre de l'amour, la musique c'est pratique. Les gens ne se rendent pas compte mais la musique ce n'est pas que ce qu'i y a sur Spotify, iTunes etc. La musique c'est tous les jours et dans tout. J'ai vu une vidéo sur le rythme, au Kenya je crois, et le mec explique que tout est rythme. Chaque chose que l'on fait, c'est un rythme que l'on créé. La façon dont on parle, dont on se déplace, dont on mange - tout.

On t'a très vite enfermée dans la case r&b. On se rend compte en écoutant ta musique que c'est plus complexe que ça. Tu penses que ça a encore du sens en 2019 de classer les artistes dans des genres musicaux stricts ?
Je pense vraiment que ça n'a plus de sens. Moi j'aime tout ce qui est rangement, j'aime ranger les choses par couleurs. Mais je pense qu'en matière de musique ce n'est pas nécessaire, parce que la musique est beaucoup trop libre pour être classifiée. C'est vrai que c'est une méthode que l'on a toujours utilisée, mais je pense qu'on peut faire sans. Quand on est passionné, on ne s'attache pas à un genre de musique particulier. Tout peut nous plaire. Le plus important, c'est qu'on ait le nom de l'artiste, et encore. Aujourd'hui, on commence vraiment à avoir une liberté au niveau de l'art que l'on n’avait pas auparavant.

Depuis quelques années, on assiste justement à un renouveau du « r&b » féminin, avec des artistes comme Bonnie Banane, Lolo Zouaï, Sabrina Bellaouel, Oklou, et toi aussi, quelque part. Quel regard portes-tu sur ce regain de femmes chanteuses ?
Je n'ai pas vraiment d'opinion là-dessus. Je trouve ça cool, mais aussi normal. Ça se fait dans tous les pays, que ce soit l'Angleterre ou les États-Unis. Je ne pense pas que ce soit une question de sexe ou de genre. Mais je trouve que la violence a pris trop de place dans le r&b et le hip-hop français, au point d'y écraser l'amour. Dans les années 70, 80, 90, on parlait beaucoup d'amour. Ma mère m'a éduquée à Barry White, Michael Jackson, Whitney Houston, Mariah Carey. Ça ne parlait que d'amour. Aujourd'hui on parle surtout de sexe. Mais encore une fois, ça s'explique par l'astrologie ! Je sais que pour notre génération, Pluton est en Scorpion, et le Scorpion est l'astre qui gouverne les parties génitales. On dirait que l'amour est devenu ringard, alors que c'est la chose la plus importante. En tout cas, je trouve ça cool, pour les filles. Il faut que ce phénomène s'amplifie, qu'il y en ait plus que ça. Il ne faut pas que les filles aient peur, qu'elles soient sûres d'elles, qu'elles s'expriment.

Sur un des morceaux du projet tu invites un groupe de rap chinois, Vroskiii. Tu peux me parler de cette rencontre ?
Je suis amie avec NxxxxxS, qui avait produit le titre « Lil Bit », et il avait été booké à Shanghaï, où il a fait un set. Un ou deux ans après, ils lui ont proposé de revenir, mais avec moi. On y est allés et ils nous ont organisé une mini-tournée à Shanghaï, Chengdu et Hangzhou, trois villes chinoises. Je n'ai pas vraiment compris ce qui se passait, mais apparemment, on écoute notre musique en Chine. Nous sommes sur les versions chinoises de SoundClound et YouTube. On m'avait montré ma page. J'ai été surprise d'être écoutée là-bas, d'avoir une fanbase. C'était super sympa, on a été bien accueillis. J'ai raté mon avion et perdu mon portable, du coup, je suis restée plus longtemps que prévu, et nous sommes devenus amis. Par ailleurs, j'ai adoré leur musique, je suis très fan de ce qu'ils font.

Qu'est-ce que tu écoutes comme musique, en ce moment ?
Beaucoup de soul japonaise des années 1980. J'écoute aussi beaucoup de chansons de Bollywood.

On a l'impression que cet aspect international est très important dans ta musique.
Oui. Je peux l'expliquer par rapport à l'astrologie. Plusieurs de mes planètes sont en Sagittaire, qui représente l'extériorité, tout ce qui est global, mondial. C'est pour ça que les Sagittaires sont toujours dehors, qu'ils aiment beaucoup sortir, qu'ils ont ce besoin de bouger. Mes planètes Vénus - de l'amour - et Mars - de l'action - sont en Sagittaire. Mon profil astrologique dit que je voyage énormément, que je suis attirée par les cultures étrangères, et c'est vrai. Depuis que je suis petite, j'ai des Atlas chez moi. J'ai toujours été intéressée par la Terre, par tout ce qui est étranger, par le fait de découvrir des cultures. Parce que c'est comme me découvrir moi.

On te souhaite quoi pour 2019 ?
De l'eau. Pour grandir encore plus, comme une plante. Dans « Venus Flower », je parle de floraison. Je pense que chaque personne est une plante, et qu'on pousse comme on peut.

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