@ Raffaele Cariou

les vraies « victoires de la musique », c'est eux

Nelick, Epsilove, Crystallmess, Jardin, Pira Pora… i-D a rencontré ses jeunes héros de la musique. Ceux qui ont brillé en 2018 et feront encore mieux en 2019.

par Antoine Mbemba
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08 Février 2019, 10:23am

@ Raffaele Cariou

Le 5 février dernier, dans l’émission C à Vous de France 5, Anne-Elizabeth Lemoine et ses chroniqueurs recevaient les « révélations des Victoires de la Musique ». Avec Angèle, Clara Luciani, Tim Dup, Therapie Taxi, Roni Alter et Foé, l’incroyable diversité (haha) de la cérémonie éclatait une fois de plus à nos yeux. Les « Victoires » à la ramasse ? On ne le dira jamais assez. Mais reprocher à ces jeunes artistes d’y participer serait terriblement injuste. Alors, conscients qu’il vaut mieux changer de porte plutôt que d’enfoncer celles déjà grande ouvertes, nous avons décidé d’aller chercher nous-mêmes nos jeunes héros de la musique. Ce sont eux qui ont rehaussé le niveau en 2018, en EP, albums, clips, lives ou Dj sets. Ce sont eux, surtout, qui vont faire encore mieux en 2019.

Ensemble, et avec bien d’autres, ces 11 musiciens et groupes forment une bulle créative incroyablement captivante. Son histoire s’écrit avec l’énergie afro et contagieuse de Nyoko Bokbae, la musique dégenrée de Jazzboy, l’électro déphasée d’Epsilove, le rap futuriste de Wit. et Laylow, le tour du monde de Pira Pora ou l’engagement techno de Deena Abdelwahed. Leurs morceaux ne se ressemblent pas, mais tous partagent un amour immodéré de la musique, une belle sincérité, un talent fou et une capacité à s’ouvrir l’esprit et se creuser les neurones pour faire bouger les corps. Et pour nous, ils sont tous déjà des « victoires de la musique ». i-D a passé une journée avec eux pour discuter d’avenir, de fraternité, de pirates, de matrice et de gilets jaunes.

Laylow

Laylow i-D Raffaele Cariou
Laylow porte un collier Vibe Harsloef x Facetasm

Comment tu as vécu ton année 2018 ?
C'est la première année où j'arrive à faire deux projets. C'est pas évident à mettre en place. C'est bien d'avoir réussi à faire ça en aussi peu de temps. Et ça veut dire que j'ai fait plus d'oseille qu'en 2017.

Qu’est-ce qu’on peut attendre de toi en 2019 ?
La suite c'est un truc archi costaud, un autre format. Ça y est, on a montré notre style, j'ai fermé la boucle avec .RAW Z - j'ai envie d'attaquer autre chose, et c'est pour cette année. Je sais que je peux le faire, surtout. J'ai l'expérience pour faire les sons qu'il faut.

Comment tu vois évoluer le rap français ?
Ça va marcher encore plus. C'est une boule qui s'agrandit. Après je t'avoue je suis plus focus sur moi que sur le game au global (rires) ! Mais oui, ça va être fou. Le public est de plus en plus ouvert, je le vois par rapport à moi. Parfois j'ai l'impression de ne pas avoir vraiment changé, par contre les gens commencent à m'apprivoiser. J'ai l'impression que ça vient plus d'eux que de moi, même si j'applique de mieux en mieux ma recette.

2018 dans le rap c’était l’année des clips à effets. Ça t’anime cette concurrence visuelle ?
Avec mon équipe TBMA ça va être dur, parce qu'on va devoir se battre avec des mecs qui ont 50 000 pour faire le clip, alors que nous on va le faire avec 10 000, voire moins. Ça va être plus dur mais on va trouver plus de plans, plus d'arrangements et on va faire un truc encore plus fou. Je suis sûr qu'il y a plein d'artistes, plein d'équipes qui se sont remis en question avec ces derniers clips. Les gens veulent arriver plus fort, ça va créer une belle compétition.

Tu partages ce shooting avec Wit., ton ami. Parles-moi un peu de lui.
C'est mon frère. On n’a pas commencé ensemble mais il est vite rentré dans l'équipe et je l'ai vu évoluer. C'est un surdoué de la musique. Quand je l'ai rencontré, nous on n’avait rien, pas de plan pas de buzz, mais lui il avait encore moins que nous (rires) ! Il a fait un freestyle devant moi, et j'ai dit à Osman, mon associé : « il faut que ce gars fasse partie de notre histoire ». Il est trop fort, il rappe mieux que moi. Les gens ne le comprennent encore, mais comme je t'ai dit : le public évolue et va finir par comprendre son délire. Il est archi technique, archi fluide, il rappe comme un liquide et il a une certaine spiritualité dans sa musique. Tout ça lui appartient. C’est le rebeu 2.0. C'est mon frère, il va tout niquer.

Qu'est-ce qu'on te souhaite en 2019 ?
Faire le gros projet dont la France a besoin ! Il y a plein de gens qui tentent de toutes les manières, mais ce n'est pas assez. Je regrette parfois de ne pas avoir assez de moyens. C’est le moment d'apporter un truc fou à la France.

Epsilove

Epsilove i-D
Epsilove porte un pull Louis Vuitton, un gilet MM6 Maison Margiela, un Short Bless et des bottes Louis Vuitton.

Comment tu en es venue à la musique ?
C’est un coup de foudre depuis l'enfance. À 3-4 ans j'ai commencé le piano, j'avais l'impression que c'était un langage magique. Puis à l’adolescence j’ai eu ma période grunge, metal… Mais dans ma famille c'était mal vu de vouloir faire de la musique dans la vie. C'était un passe-temps. Donc j'ai fait semblant de faire de la mode, de l'art, pour me garder une porte ouverte.

Tu as toujours su que tu consacrerais ta vie à la musique ?
Je crois. Depuis que j'ai vu Barbie and the Rockers faire un concert pour la paix dans le monde dans l'espace quand j'étais petite. Et vu qu'on me disait que ce n’était pas un métier et que je suis hyper têtue, ça m'a poussé à garder le cap.

À quel moment est née Epsilove ?
J’ai eu un groupe qui s’appelait Syracuse, avec 7 potes. Ça a duré cinq ans, jusqu'à il y a un an et demi, deux ans. En parallèle je montais déjà Epsilove. Syracuse s’est terminé du jour au lendemain et j'ai dû m'accrocher à ce nom-là. Après, les noms ce n'est pas le plus intéressant. Souvent ça te cantonne à une identité et c'est dur de s'en détacher. Il ne faut pas trop s'y attarder, je crois que je vais beaucoup en changer.

Pourquoi est-ce que tu fais de la musique ?
Ça me permet de m'exprimer mieux qu'avec des mots et de figer le temps. De réfléchir sur ce que je vis, ce que je ressens et de prendre du recul sur les émotions et les atmosphères. C'est un truc qui me permet d'être plus curieuse sur le monde, ce qui m'entoure, les sensations. C’est une façon d'essayer de traduire des choses invisibles, intangibles.

Comment s’est passée ton année 2018 ?
C'était vénère, ça m'a fait mal (rires). Après la séparation de Syracuse j'ai fait une espèce de boulimie, j'avais besoin de voir plein de choses, faire plus de trucs, j'avais enfin le temps de faire de la musique avec plein de monde. C'était éprouvant. J'ai un rythme de sommeil assez étrange : je ne dors que quand je suis extrêmement fatiguée, à n'importe quelle heure. 2018 c'était un gros « chaosmos », Le chaos et le cosmos à la fois.

Tu penses que la musique peut changer le monde ?
C'est une des armes. Ça questionne sur des sentiments universels, ça anime l'empathie chez certains, ça peut te toucher au plus profond du cœur quand t'es tout seul chez toi. Ça te permet d'être moins seul, moins incompris. Encore plus avec internet. Le gars à l'autre bout du monde écoute ce que tu as fait dans ta chambre et il peut se dire « putain c'est exactement comme ça que je me sentais quand machine m'a largué au téléphone ».

Qu’est-ce qu’on souhaite à Epsilove en 2019 ?
Des étincelles. Des petits trucs un peu fulgurants qui animent ma curiosité et me donnent envie de continuer. Un feu qui brûle toujours.

Nyoko Bokbae

Nyoko Bokbae
De gauche à droite. Mag porte un hoodie Paco Rabanne, une chemise Charvet, une veste Dior Homme, un pantalon Dior Homme, des Chaussures Weston et ses propres bijoux. Bamao Yendé porte une chemise Berluti, une veste Margaret Howell, un manteau Dsquared2, un short Margaret Howell, des chaussures Adieu Paris et des chaussettes Falke. Dourane porte un débardeur Paco Rabanne, un pantalon Lemaire, des chaussures Adieu Paris. Collier appartenant au styliste.

C'est quoi, Nyoko Bokbae ?
Dourane : C'est une aventure, un vaisseau pirate.
Mag : C’est la version 2.0 de notre vision du groupe de musique.
D : Avec Mag on est cousins from Sénégal. Ce qui est intéressant et nouveau dans notre groupe c'est qu'on chante et rappe en français, anglais et wolof. Bamao est lui aussi dans un autre délire de production : un carrefour entre l'afro beat, la soul, le r&b, le uk garage. « Nyoko Bokbae » ça veut dire « on est ensemble » en wolof. « Tous dans le même bateau », on en revient au bateau pirate, parce qu'on aime beaucoup les valeurs de la piraterie.

Qui sont ?
M : Toujours regarder vers le bateau, quand tu vas un peu trop loin.
Bamao : On aime bien larguer les amarres.
D : On aime bien jeter l'ancre, aussi.
B : On aime bien lever le coude.
D : On aime mouiller près d'une île aussi.
M : Babord toute, c'est nous.
D : On souque les artimuses de temps en temps. Parfois on hisse la grand-voile et on fait un stop à la taverne de l'île à laquelle on accoste.

Pourquoi vous faites de la musique ?
M : C'est un moyen d'expression incroyable, en termes d'épanouissement...
D : ... de lien avec ton body, avec le rythme...
B : ...et avec ta soul intra-muros. La musique te permet de traiter un tas de sujets de ta vie, d'avoir un point de vue sur toi-même. Tu essayes de poser des mots sur des situations de tous les jours, de les prendre avec poésie. C'est un catalyseur d'émotions. Et le fait d'être en groupe ça permet de sortir de son carcan, d'aller vers les autres.

Quels sont vos objectifs pour 2019 ?
B : On va tirer les enseignements de notre groupe d'avant. On ne savait pas de quel côté aller avec le bateau, il y avait trop d'îles. Du coup on a éliminé certaines îles.
M : ...(rires) Elles n’ont pas été éliminées !
B : Non mais je parle d'îles comme des chemins, je parle pas des gens. Les gens on continue de bosser avec eux.
D : Mais ce qu'on souhaiterait en 2019, c'est que la vie nous sourit, que nous travaillions encore plus – pas d'arrache-pied non plus, parce que les pieds pour danser c'est plutôt pratique. Mais on se souhaite beaucoup de sérieux et beaucoup de déconne. De l'équilibre.

Qu'est-ce que vous souhaitez au monde ?
D : Ce qu'on souhaite aux gens, c'est qu'ils se réveillent. 2019 c'est l'année de l’écologie ! En tout cas de la conscience collective. La musique peut changer le monde parce que tout le monde écoute de la musique, mais c'est ce que tu dis, ce que tu représentes, notamment sur internet, qui fait la différence. Et il faut qu'on représente autre chose, que l’on soit moins dans la consommation excessive et constante, qu'on intègre la notion de contrainte au plaisir. C'est important, la Terre ne va pas bien et nous on vit dans des villes mortes. On sait même pas faire un câlin à une feuille, frère.

Concrètement, c’est quoi le projet de Nyoko Bokbae en 2019 ?
B : On arrive, on va sortir des sons sur des mixtapes, des EP, des clips. On doit avoir 10, 12 sons à 70-80%, sur lesquels on va peaufiner. Après on va réfléchir à la manière de les bicrave de la manière la plus judicieuse possible.
M : En 2019 on va essayer de déranger un peu la stratosphère.
D : On va essayer de faire déborder la scène, il serait temps.

Vous trouvez que ça ne déborde pas assez ?
M : Non, ils ne savent pas encore ce qu'est le débordement. Le bon débordement.
B : Nous, on est adeptes. On déborde en semaine, on déborde le week-end.
D : Il n'y a pas de jours fériés pour le débordement.

Deena Abdelwahed

Deena Abdelwahed
Deena Abdelwahed porte un t-shirt Petit Bateau, une chemise Bless, une veste Louis Vuitton, pantalon Lemaire, ceinture Margaret Howell, des chaussures Weston et ses propres bijoux.

Qu’est-ce qui t’as mené à la musique ?
Je suis Dj, productrice de musique électronique, et interprète, sur scène, de mes propres productions. Ce qui m'a mené à la musique, je dirais que c'est la danse, quand j'étais ado, la breakdance. Et le fait que la musique me parle beaucoup, que ce soit la BO d'un film ou une musique d'ambiance.

Parle-moi de ton premier album, sorti en novembre dernier.
J’ai fait en sorte qu’il ne soit pas très technique, qu’il puisse être réinterprété sur scène pour que je puisse passer mes messages. Ce n'est pas une expérimentation sound design, mais quelque chose de plus organique et émotionnel. Ce n'est pas fait pour le Dj set. L'idée c'est de pouvoir réarranger les morceaux en live pour que les gens saisissent encore plus ce que je veux dire ou ce que je sens.

Qu’est-ce que tu as voulu aborder, justement ?
Les questionnements sans réponse, parce que les gens ne se sont même pas questionnés. « Les gens » c'est la société, les parents, les familles, ce qui nous entoure. Cette manière de dire « sois bête et tais-toi ». Ce n'est pas une révolte de l'ordre de l'action/réaction. C’est beaucoup plus complexe que ça. Je demande aux gens d'être curieux, j'essaye de leur donner du courage pour qu'ils cherchent les réponses même si elles ne sont pas simples. Je les pousse à être plus complexes qu'un être humain animal qui ne cherche qu'à vivre de ses désirs.

Comment tu décrirais la scène tunisienne ?
Alors, quand je parle de « scène tunisienne », je ne parle pas de scène artistique. Il y a des gens dans l'informatique, des médecins, des ingénieurs, des gens du textile, et on a pour point commun d’être marginalisés par le reste de la société parce qu'on a une vision qui va au-delà du mariage et des enfants. La scène musicale n'est pas si différente en Tunisie. Il y a ce phénomène, très parisien, qui fait que les clubs sont de plus en plus définis par un genre de musique précis. Ça, on ne l'avait pas avant parce qu'il n'y avait qu'un ou deux clubs, donc il fallait bien se mélanger.

Qu’est-ce qu'on t souhaite pour la suite ?
J'aimerais bien résoudre tous les questionnements qui m'habitent depuis que je fais de la musique, et avoir plus de confiance en moi. Quand je produis je suis incertaine : je ne sais pas si ça va marcher, et le lendemain je m'en fous. En 2018 je me demandais ce que je voulais raconter et si je devais le raconter, où est-ce que ça allait m'amener. En 2019 j'aimerais bien creuser ces questionnements. C'est un laboratoire, j'aimerais continuer à y expérimenter. Et à ne pas trouver de réponse.

Toi qu'est-ce que tu souhaites au monde en 2019 ?
Je souhaite que l'art se mondialise. Que l'art ne soit plus local, et qu'à l'inverse tout ce qui touche à la consommation le devienne. Ce serait bien de pouvoir inverser ça. Que les artistes aillent d'une ville à une autre, plutôt que les boîtes de fromage Président.

Nelick

Nelick
Nelick porte un t-shirt Petit Bateau, un pull Margaret Howell et ses propres bijoux.

Tu as été assez productif en 2018, avec trois projets. Comment tu as vécu l'année passée ?
Au jour le jour. Je ne m'attendais pas à tout ça. En 2017 je m'étais dit que j'allais me donner pour la musique. Jusqu’au mois de mai j’étais encore en cours. Une fois que c'était fini j'ai pu vraiment kiffer, faire de la musique quand je voulais. Ne plus être obligé de faire ça le soir en rentrant. Tout s'est passé cette année pour moi.

J'imagine que le projet dont tu es le plus fier c'est le dernier, DIEU SAUVE KIWI BUNNY ?
Ouais, la KiwiBunnyTape c'était juste des sons que je faisais comme ça. Je ne me prenais pas trop la tête : j'entendais une prod que je kiffais et j'écrivais un truc dessus, ce n'était pas vraiment réfléchi. Sur le dernier je me suis bien pris la tête, j'ai voulu que chaque ligne, chaque son soit important. Je ne voulais pas qu'il y ait de trucs à jeter, ni que ce soit un album test.

Tu parles souvent de la peur de ne pas réussir à te dépasser artistiquement.
C'est compliqué. Là je commence à bosser sur le prochain projet et il y a des sons dont je sais qu'ils vont plaire, mais ça n'ira pas plus loin. Je fais des sons, je les jette. Plus j'avance et plus je me dis qu'il faut que j'aille plus loin mais que je touche plus de gens aussi. Si ça ne marche pas encore follement, c'est pas parce que je suis petit ou quoi, c'est parce que je ne fais pas encore des sons assez puissants. C'est ce que je vais essayer avec le prochain, de dépasser ce stade.

Quel regard tu portes sur le rap français en ce moment ? Ce nouvel âge d'or, c’est une bénédiction pour un jeune artiste ?
C’est l'époque qui est comme ça. Ce n'est pas une bénédiction ou une malédiction. C'est comme ça, il faut faire avec. Quand j'ai commencé, avant de sortir « Ocean 2077 », j'ai regardé tous les artistes qui marchaient en France. Je me suis demandé pourquoi je les écoutais. Parce qu'ils ont quelque chose de différent. J'écoute ce qui sort du lot. Il faut simplement sortir du lot. Donc j'ai essayé de faire quelque chose de personnel, de vrai. Aujourd’hui, on est tous plus authentiques qu'avant. On ne fait pas du rap pour faire plaisir aux gens, on fait du rap pour nous. C'est pour ça que ça marche.

Tu as un souvenir particulièrement fort en 2018 ?
Quand j'ai fait un pop-up store, une collab que j'avais faite avec une marque anglaise. J'étais sûr qu'il allait y avoir 20 personnes sur toute la journée. Au final c'était blindé, il y avait une queue comme devant Supreme ! J'ai halluciné. J'ai fait un petit concert à la fin, mais c'était mieux qu'un vrai concert. Je pouvais parler avec les gens, je rigolais avec eux. Je me suis vraiment rendu compte de la chance que j'avais d'avoir un public comme ça, qui me soutienne autant.

C'est quoi ton objectif pour 2019 ?
Aujourd'hui on est soutenus par des maisons de disques, des gens calés dans la musique. Ça me libère l'esprit, je peux m'occuper uniquement de la musique. L'objectif ce n'est pas de faire de la musique de merde qui parle à tout le monde, mais de faire de la musique qui touche plein de gens.

Crystallmess

Crystalmess i-D
Crystalmess porte une robe Miu Miu. Boucles d'oreille appartenant au styliste.

Quel rôle a la musique dans ta vie ?
Cette année j'ai créé une installation, une performance multidisciplinaire qui s'appelle Collective Amnesia. Ça alliait mes deux côtés : le fait que je produis et je suis Dj, et le fait que j'aime aussi théoriser sur la musique, en parler. J'ai réalisé la place quasi totale que ça prenait dans ma vie.

Ta pratique a évolué l’an passé ?
J’ai commencé à produire il y a à peu près un an. Avant ça je produisais déjà mais je ne m'enregistrais pas. Je faisais en sorte de ne pas prendre ça au sérieux, je me mettais beaucoup de pression. Quand tu traînes avec beaucoup de Djs et de producteurs, tu te mets une pression supplémentaire pour faire les choses d'une certaine façon. Mais chacun fait de la musique à sa manière. Longtemps j'ai cru que si je n'avais pas tel synthé ou tel set up je ne ferais pas de la bonne musique. Alors que la musique que j'aime, le Kuduro, le Grime ou le rap, sont des musiques faites en système D. Le matériel ne doit jamais influer sur ta capacité à faire de la musique.

Quelle différence tu fais entre la production et le Djing ?
Le Djing, je l'envisage comme une manière d'embarquer les gens avec moi dans un voyage dansant. Mais je n'envisage pas la musique qu'à travers le prisme du club. J'aime faire des tracks sur lesquelles les gens peuvent danser, j'aime pouvoir les jouer, mais j'aime surtout pouvoir m'exprimer. J'ai commencé à faire de la musique parce que je ne me sentais pas très bien et que les mots ne suffisaient pas à exprimer ce que je ressentais. Et quand ça ne rend pas compte de l'ampleur et de la complexité de mes sentiments, je passe à un autre médium.

Qu’est-ce que tu aimerais améliorer en 2019 ?
J'aimerais ne pas hésiter à demander de l'aide aux gens. On a parfois tendance à être orgueilleux et à ne pas travailler suffisamment en groupe. Et pas juste avec ses potes. C'est un truc que moi aussi j'avais du mal à faire, je considérais la musique comme un truc très solitaire. Je ne voulais pas partager mon processus de création. Cette année j'ai envie de sortir de cette dynamique de réussite personnelle.

Qu'est-ce qu'on te souhaite cette année ?
Ne me souhaitez pas bonne année, souhaitez-moi longue vie ! Là, le plus important c'est de faire de l'espace pour moi, prendre soin de moi. Et cette année, j’ai envie de me challenger, ne pas baisser les bras même si je vois déjà des obstacles. Et puis sortir un Ep sur un label, parce que j'ai sorti Mere Noises toute seule. C'est en projet.

Et toi, qu'est-ce que tu souhaites au monde ?
Je souhaite que le monde se regarde en face. Que les gens prennent leurs responsabilités et se sentent davantage maîtres de leur destin. On parle beaucoup de déterminisme mais j'espère vraiment me sentir plus maître de mon destin. Je n’ai pas envie qu'on se sente ballottés cette année. J'ai envie qu'on décide tous de ce qu'on veut faire.

Jazzboy

Jazzboy
Jazzboy porte une chemise MM6 Maison Margiela, une veste Dior Homme, un pantalon Dior Homme, des chaussures Bernhard Willhelm et sa propre chaine.

Qu’est-ce que tu retiens de ton année 2018 ?
La sortie de mon EP, c’était vraiment l'aboutissement. Tout ce que j'ai fait avant convergeait vers ça. Ça fait bizarre, comme un point de rupture. Là je réfléchis à ce que je veux faire en 2019, c'est un feeling à la fois frais et flippant… et j'aime bien !

Est-ce que tu vis bien avec cet EP ou tu préfères passer vite à autre chose ?
J'aime bien rester avec. Je sais que les gens passent parfois assez vite à autre chose, Mais je sais que je l'ai sorti pour les bonnes raisons, que je suis arrivé à un truc très vrai. Mais je sais que je vais vite m'ennuyer si je ne commence pas à me projeter ailleurs. Et de toute manière, il va vivre un million d'années ! Peut-être pour une seule personne mais il vivra !

Ta musique n’est pas vraiment définissable en un genre. Pour la suite, c’est grisant ou flippant d’avoir autant de possibilités ?
Un peu les deux. C’est génial mais il faut aussi accepter de ne rien planifier à l'avance. Les choses viennent avec la vie. Je ne suis même pas sûr du format dans lequel j’ai envie de me projeter, musical, vidéo, avec de la scène ou non. C'est flippant mais cool parce que je sais que je vais forcément me surprendre moi-même sur la suite. En tout cas j'espère, sinon je ne le ferais pas je crois.

D’ailleurs, les genres musicaux en 2019, ça a encore un sens ?
Ça ne veut plus rien dire et je trouve ça bien. J'espère qu'il y aura de plus en plus de prises de liberté, moins de choses lisses. J'espère surtout que tout ce qui touche à l'industrie va s'effondrer et qu'on arrivera à un bouillonnement de gens qui font les choses par eux-mêmes. Un circuit court de la musique. J'espère que 2019 sera l'abolition des rois des maisons de disques et qu'il y aura de plus en plus de choses marrantes faites avec les moyens du bord.

Tu y crois ?
Oui, je trouve que ça monte énormément. Je me revois il y a 5 ans. Si on m'avait dit toutes les choses qui se passent en ce moment à Paris, dans nos villes, j'aurais répondu « non c'est fin des années 70 début 80, pas possible. » Et je pense que ça peut aller encore plus loin, dans un délire un peu plus provocateur. Je suis assez optimiste.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter en 2019 ?
Garder un maximum de liberté. Donc faites que je ne signe nulle part !

Claude Barbara

Claude Barbara
Claude Barbara porte une chemise Acne Studios, un pantalon Lemaire, son propre bob et ses lunettes.

Comment est né le projet Claude Barbara ?
Il y a quatre ans, quand je vivais à Glasgow, j’ai embarqué un petit synthé avec moi et je me suis mis à faire du son là-bas. J'ai envoyé des maquettes à un label belge, Indian Redhead Records. Ils m'ont sorti une première cassette, puis j'ai fait des collaborations avec Musique Chienne, Coucou Chloé etc. Dernièrement j'ai monté un label qui s'appelle Fruits, et j'ai sorti un requiem, parce que je change de nom et de projet. Je passe en groupe et ça s'appelle Yves & Kiki. Yves Bacal, c'est mon nouveau nom.

Pourquoi tu as ressenti le besoin de quitter Claude pour Yves ?
Claude c'était un personnage qui était affilié à une scène qui n'est pas tout à fait celle vers laquelle je tends. Et j’adore le prénom Yves. Un jour je suis passé devant une boutique Yves Rocher, et je me suis dit que c'était le plus beau nom de tous les temps. C'est trop beau de s'appeler « Rocher ». Bon, je n'allais pas le reprendre, mais Yves Bacal aussi ça sonne bien. Et j’avais l'envie de faire de la musique en groupe. Je fais beaucoup de musique sur logiciel, et c'est beaucoup de temps passé seul devant son ordi.

Le passage en groupe s’est fait naturellement ?
Oui. Ça permet d'avoir une critique immédiate sur ce qu'on fait. Seul, c'est difficile de décider qu'un morceau est terminé. En groupe, quand deux avis se confrontent ça fait avancer les choses.

Pourquoi tu fais de la musique ?
Je fais de la musique comme un mec qui prend du plaisir à faire du jogging. Le mec qui décide de faire une activité juste parce qu'elle lui procure une jouissance. Le mec qui fait du jogging toutes les semaines, qui n'est jamais en quête d'un trophée, mais prend du plaisir à une activité répétée, régulière. Je ne sais pas comment pourrait s'appeler l'endorphine de la musique mais c'est un peu ça.

Est-ce qu'elle peut changer le monde ?
Dans la mesure où la musique apporte du bien-être à celui qui la fait et ceux qui la reçoivent, je pense que c'est un truc fondamental pour qu'une société se tienne bien. Profiter d'une musique c'est comme profiter d'un beau paysage en vacances. Je ne sais pas si elle peut changer le monde, mais elle participe à son bien-être.

Qu’est-ce qu’on te souhaite en 2019 ?
J'aimerais bien réussir à chanter, à placer une voix de chanteur dans mes morceaux, qui soit autre chose que du murmure ou d'un instrument fait avec la voix. J'aimerais que le chant apporte une identité forte à ma musique. En 2019, Yves sort de son œuf. Ça rime en plus.

Pira Pora

Pira Pora i-D
Inès (à gauche) porte une veste et une jupe Chanel, des chaussures Converse et des chaussettes Falke. Bengala (à droite) porte un costume Maison Margiela, une chemise Gucci, un t-shirt Petit Bateau, des chaussures Converse et des chaussettes Falke.

Parlez-moi du début de Pira Pora.
Bengala : Pira Pora ça s'est fait à un moment où on rentrait chacune d'un long voyage. Moi j'étais au Japon, elle à Cuba. On s'est rencontrées dans la rue, on avait des amis en commun et on avait ce besoin de s'évader, de s'exprimer, de voyager mais on n’en avait pas les moyens. On avait l'occasion de faire un concert dans un mois, alors je lui ai proposé de monter un truc.

C'est rapide un mois.
B : J'avais quelques instrus de prêtes, elle a dit oui et on a mélangé plein de choses. Quand tu écoutes notre musique, on chante en espagnol, en portugais, en anglais. C'est un mélange de tous ces voyages, c'est un peu notre fenêtre sur le monde.

Est-ce que depuis vous avez réussi à emmener Pira Pora où vous le vouliez ?
B : Oui, on a enchaîné plein de concerts après ce concert.
Keiki : On a écrit énormément de chansons d'un coup. On s'est retrouvé à les chanter, à être de plus en plus à l'aise sur scène. On est hyper soutenues par beaucoup de femmes, de copines qui nous ont demandé de jouer, qui sont devant la scène. C'est limite pour elles qu'on chante. C’est hyper jouissif de chanter et de voir l'impact direct sur les corps.

Vous pensez que les genres musicaux stricts ont encore un sens ?
B : Pas du tout. Quand on nous demande quel genre de musique on fait, je dis qu'on fait de la musique hybride.
K : De la musique métisse. C'est comme ça qu'on a été élevées. On a écouté de la musique brésilienne dans notre enfance, des choses qui n'avaient aucun rapport avec qui on est, et c'est ce qui nous a façonnées. Et puis, on n’écoute pas de la musique française parce qu'on est français. Moi je me reconnais dans tout ce qui est sincère - la musique traditionnelle, la musique liée à la danse, tout ce qui touche à l'influence africaine, très puissante dans les rythmiques. C'est un truc que je veux garder dans la musique qu'on fait.

Pourquoi vous faites de la musique ?
B : C'est devenu un peu vital, c'est quelque chose qui nous a sorties de phases dures. Et puis c'est un moyen de s'exprimer. Moi je sais qu'au Japon j'ai beaucoup souffert de la frustration de ne pas pouvoir exprimer ses sentiments. J'avais l'impression que les gens étaient des émoticônes. Quand je suis revenue ici, j'avais les boules, j'avais besoin de crier quelque chose. Je pense que c'est ce que je suis en train de faire.

Est-ce que vous pensez que la musique peut changer le monde ?
B : C'est sûr. Elle change les gens, elle change le monde. à son échelle, mais bien sûr. Si ça peut influencer l'humeur de quelqu'un, ça peut changer la vision des choses. Ça change comment les gens bougent, aussi.
K : Ça change aussi la manière de bouger. Regarde l'influence du twerk. Les soirées ne ressemblent plus du tout aux soirées d'il y a dix ans, les gens bougent beaucoup plus. Il y a une grosse mode du rap, aussi, qui permet de faire parler ceux qui ne peuvent pas forcément s'exprimer ailleurs. C'est beau, que les messages circulent, que les corps bougent.

Qu'est-ce que vous souhaitez au monde en 2019 ?
B : J'espère que les gens ne vont pas se transformer en émoticônes.
K : Qu'il y aura plus de contact humain, plus de franchise, plus de choix extrêmes et moins de peurs. Moins de gens qui doutent de leurs capacités. Il ne faut pas, il faut arriver à se dire qu'on est forts et faire les choses.
B : Et pour nous des nouvelles chansons, beaucoup d'argent et de l'amour.

Wit.

Wit. i-D
Wit. porte un gilet Phipps, une veste Phipps, un pantalon Marni, des chaussures Adieu Paris, son propre t-shirt et ses bijoux personnels.

Parle-moi de ton parcours, ce qui t'a mené à la musique.
J'ai commencé le son au lycée, vers 16 ans. Au début je faisais ça pour rigoler et le destin a fait qu'on s'est tous rencontrés avec Laylow, Osman, toute l'équipe. Je commençais à peine, je faisais les prods moi-même faute d’en trouver. J'ai sorti plusieurs projets, qui me plaisent au niveau de la création, mais la qualité reste crade. Avec le temps j'ai pris de l'expérience, je suis monté à Paris depuis un an et j'ai récemment sorti NEO. C'est le début du Wit. « propre ». Je me prends la tête sur les mélodies, je fais un pas vers l'auditeur.

Pourquoi « NEO » ?
Pour « nouveau », le début d'une nouvelle ère, et aussi par rapport à Matrix, ce contenu qu'il y a dans mes textes que tu peux retrouver dans les films : cette matrice, ce monde superficiel dans lequel on est. Je voulais l'appeler NEO pour dire que je suis dans ce monde mais que j'ai conscience qu'il y en a un autre, plus pur, parallèlement à tout ça.

Faire de la musique ça t'aide à sortir de ce monde-là ?
La musique, en soi ça m'aide. Ça aide tout le monde, c'est la meilleure thérapie qui soit. C'est ce qu'il y a autour de la musique qui te fait revenir dans la matrice en deux secondes. Les labels, l'argent... Tu n’es pas juste en train de faire de la musique, il faut que tu gères tout un business derrière. C'est ça la matrice. L'argent, tout ce qui va avec.

À quel moment tu t'es dit que tu allais consacrer ta vie à la musique ?
J’ai toujours compté dessus. J'ai arrêté les cours en Seconde, j'étais déjà un peu rêveur, j’avais cette petite idée en tête mais je ne la prenais pas au sérieux. Quand on s'est croisé avec l'équipe, je n'avais pas encore conscience du travail que ça représentait. Je pensais qu'il « suffisait » de faire de la musique. Mes premiers projets n'étaient pas assez pros pour me convaincre que je voulais faire ça, mais l'intention était là.

Qu'est-ce qui te fait rêver, aujourd’hui ?
Ma musique peut parfois paraître compliquée à comprendre. Mon rêve ce serait de créer un lien avec les gens à travers ma musique. Un lien tellement fort que j'aurais toute la vie pour faire des sons, vivre de ça et passer les messages que je veux passer. J'aimerais que les gens comprennent le fond de mes textes. C'est mon seul rêve : partager quelque chose, laisser ma trace sur cette terre. Ne pas mourir en vain.

Comment tu me décrirais Laylow, en tant que rappeur, que personne ?
Je ne pourrais pas le décrire en tant que rappeur. Je l'ai vu quand il vivait ses coups durs. Ce qui m'a marqué c'est qu'il est toujours resté un battant. Il sait ce qu'il veut et jusqu'aujourd'hui, il n'a jamais lâché en intensité. C'est mon frère, c'est un exemple. C'est comme un soldat, il a mangé des coups mais il continue d'en donner. Moi je n'aurais jamais pu me battre pendant autant d'années. Là je continue, mais s'il ne se passe pas grand-chose je fuck tout, j'arrête. Je veux me battre pour mes rêves mais je ne suis pas aussi patient que lui. Il a fait ce qu’il fallait, là ça commence à payer et je suis fier de lui. C'est un lien fraternel, ce n'est pas mon pote.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter en 2019 ?
Souhaitez-moi de faire des millions. Souhaitez-moi d'être compris. Une fois que j'aurais les millions, si je fais pas le con, je me casse et c'est fini, je crée ma matrice à moi.

Jardin

Jardin
Jardin porte une chemise JW Anderson et un pantalon Koché. Boucle d'oreille personnelle.

Quel bilan tu fais de ton année 2018 ?
Deux choses fortes : l'expérience Qui embrouille qui, le collectif monté par AZF et Charles Crost du Turc Mécanique. Et puis la sortie du disque Épée, l'accomplissement d'une longue période de travail. Je ne m'attendais pas à prendre autant de plaisir. Et puis… le début du mouvement des gilets jaunes.

Qu'est-ce que ça t’évoque ?
Comme tous les mouvements qui réunissent des gens qui vont parler dans l'espace public de ce qu'ils aimeraient. Franchement, parfois ça me fait pleurer.

Artistiquement, ça t’a inspiré ?
Ouais, j'ai écrit des choses. En mars j'ai recommencé à écrire pas mal de rap, donc j'étais déjà dans ce registre-là. Mais quand ça apparaît dans l'espace public, tu te sens moins seul. Ça me conforte dans l'idée qu'il y a des choses à faire, des rêves à écrire et à construire.

On parle de radicalité de ta musique. Est-ce que c’est la radicalité du mouvement qui te touche ?
Non, c’est plus ce que j'ai pu traverser à Nuit Debout : voir descendre dans la rue des gens de différents horizons qui avaient oublié qu’ils pouvaient se parler. Qui plus est en péri-urbanité, sur des ronds-points, des zones habituellement invisibles. Cette manière de se voir et s'entendre pour parler du monde auquel on aspire, ce n’est pas tant une histoire de radicalité que d'appropriation du réel et de lien social. Avec AZF on a beaucoup parlé du fait que le club était l'un des derniers espaces politiques publics. Quand il y a d'autres alternatives, ça me touche particulièrement.

La musique peut changer ce monde, selon toi ?
La moindre action change le monde, d'autant plus quand on est dans l'espace public. L'art, la musique, c'est l'espace public, donc de fait ça change le monde. Mais dans quelle direction, au service de quelle dynamique, dans quel but ? La question reste ouverte et propre à chacun. À mon sens, dès qu'on se produit publiquement on fait quelque chose de politique et on agit sur le monde.

Ton retour au rap c'est parce que tu considères que le genre n’est plus assez politique ?
Oui, il y a une volonté de repolitiser quelque chose. C'est un style de musique où on a de la place pour construire un discours et une sensibilité, y mettre des mots, partager ses ressentis de manière profonde. Quand on dépasse certaines choses, il y a plein d'artistes qui s'expriment assez bien et qui disent vraiment ce qu'ils ressentent, je ne conchie pas l'ensemble des rappeurs. Mais c'est la pop actuelle, c'est devenu ultra-consensuel et souvent assez dégradant pour toute une partie de la population. Je cherche à faire un rap qui me ressemble.

Qu'est-ce que tu aimerais voir changer en 2019 ?
Mes vœux sont assez simples : continuer à avoir de la joie, à avoir des rêves et à les construire. Et bien sûr l'amour, parce que c'est le lien social. Aimer les autres dans leurs différences. Et il faut continuer à s'approprier le réel et arrêter de croire qu'on n’a pas d'incidence. Je souhaite à tout le monde de trouver une manière d'agir et la capacité de se projeter dans un monde qui nous ressemblera peut-être un jour.


Crédits

Photographe : Raffaele Cariou

Styliste : Bérenger Pelc

Maquillage : Yann Boussand Larcher @callmyagent

Coiffure : Nico Philippon @callmyagent

Assistante photographe : Julia Grandperret

Assistant Styliste : Joseph Ecorchard

Production : Elie Villette

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