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2015, l'année où le rap français a fait une dépression

Enfin, comme tout le monde.

par i-D Staff
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08 Décembre 2015, 5:10pm

Le 9 décembre sort Comment c'est loin, un film réalisé par Orelsan et Gringe qu'on aurait pu renommer "comment c'est dur". Pourquoi ? Parce que le rappeur français derrière la caméra, également interprète, y incarne son alter-égo, Orel, un rimeur procrastinateur qui doit pondre un tube en moins de 24 heures après 10 ans de glande. Une histoire de flemme, de seum et de spleen où, comme sur son canapé de Canal +, on découvre un rappeur tout mou tout ppffff. Canapé, joints, apathie : une histoire fidèle à l'état psychologique du rap en 2015.

Cette année, le grand public a découvert que les rappeurs aussi déprimaient. Comme tout le monde en France en fait. Loin des diatribes égocentriques de certains ("J'ai le plus grand flow de l'univers") ou des harangues guerrières du passé ("Nique la police"), on s'est retrouvés face à la misère ordinaire. PNL, son "sourire à l'envers", sa "misère en ballade" et son quotidien tout pourri ont fini de nous achever. Leur succès massif comme un symptôme. Ça nous a fait un choc un peu on l'avoue. Les mecs sont même plus vnr. Juste blasés. Ils s'en foutent de la politique. Ils s'en foutent de la France. lls s'en foutent même des injustices. Définitivement passés de l'autre côté, celui où on n'y croit vraiment plus, où même la colère est morte. À l'image de cette vraie dépression, une jeunesse qui ne vote pas ou pour un parti qui l'abhorre. Des balles dans le pied. Mais bon, la bonne nouvelle, c'est qu'on ramasse ensemble. Même Booba essaie (difficilement) de s'y mettre. Vive 2015. Pour fêter ça, on a choisi les punchlines les plus dépressives de l'année. RDV sur Saturne.

PNL

"Le coeur délogé, ils ont cassé ma tour " - Je vis, je visser

Nekfeu

"Je ne me sens jamais aussi seul que quand la fête bat son plein" - Risibles Amours

Sch

"Grandi dans le sang, on devient dit-ban sans le vouloir / On va mourir ensemble" - Gomorra

Georgio

"Je craque et je me répète comme un disque rayé" - Ange déchu, ange déçu

Jul

"Moi je fume, c'est médical / Braquage musical / Pour moi l'rap c'est vital / Oui j'fume la beuh / Couleur Carte Vitale" (ndlr : ne pas se fier au rythme "sautillant")

Booba

"Trop près du mal, trop loin du hajj / Vive-vivement l'été pourvu qu'il neige"

Vald

"J'ai faim de vie comme un défunt " - Gizeh

Jorrdee

"Parfois tu perds la foi, souvent tu prends sur toi, toujours seul quand tu pars" - Personne ne sort

Jazzy Bazz

"On se retrouve la nuit dans le blues et l'amertume / On redoute l'avenir, on est perdus, on se fout de la vie" - 3h33