Vogue Paris, Décembre 1976 © The Guy Bourdin Estate 2016 / Courtesy Louise Alexander Gallery

7 raisons de continuer à célébrer la photo de guy bourdin

Une exposition au Studio des Acacias à Paris tente de percer le mystère du plus grand photographe de mode français. On a essayé nous aussi. La preuve par 7.

par Malou Briand Rautenberg
|
04 Avril 2016, 3:50pm

Vogue Paris, Décembre 1976 © The Guy Bourdin Estate 2016 / Courtesy Louise Alexander Gallery

1. Il prenait des photos comme on faisait la guerre
De son service militaire à Dakar en 1949, Guy Bourdin aura retenu au moins une chose : l'image peut être bien plus puissante que la guerre. C'est à l'armée qu'encore tout jeune, il assiste à ses premiers cours de photographie. Celui qui passait ses heures dans les troquets parisiens à croquer les consommateurs armé de son crayon, n'a cessé d'interroger le réel et notre vision du monde à travers ses photographies. Il photographiait comme il peignait avec une imagination plus dévastatrice que n'importe quel combat. 

2. Il est le fils spirituel de Man Ray
En 1924, André Breton écrivait dans son Manifeste du Surréalisme : "Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité (...)". Cette contradiction, Guy Bourdin l'a toujours sublimée, à dessein. Obsédé, comme Man Ray qu'il rencontre en 1951, par la force de l'incongru, ses cadrages radicaux et révolutionnaires (mannequins têtes en bas, jambes en l'air, déculottées ou tournant le dos) séduiront la mode et la publicité pendant près de 40 ans. 

Charles Jourdan, 1979 © The Guy Bourdin Estate 2016 / Courtesy Louise Alexander Gallery

4. Il a révolutionné le monde de la mode
En presque 50 ans, le photographe disparu en 1991 sera parvenu à bouleverser les codes de l'image et aura passé presque la moitié de sa vie à illuminer les pages du Vogue Paris. Dès 1955, il publie "Chapeaux Choc" pour le magazine français. On retient surtout de lui son travail fin 1970, début 1980. Si l'esthétique "fric et frime" domine à l'époque et que le kitsch s'accommode avec complaisance de son travail haut en couleur, Guy Bourdin continue, malgré son statut alors mythique, de profondément secouer la société de consommation. Son imagerie hyper-féminine, saturée et provocante - à la limite de la disruption - ont complètement alimenté l'aura sulfureuse de la mode de l'époque, des pages du Vogue à l'image d'Ungaro, Versace ou même Chanel. 

Vogue Paris, Mai 1970 © The Guy Bourdin Estate 2016 / Courtesy Louise Alexander Gallery

3. Jamais avant lui la femme n'avait été aussi déconstruite - mais célébrée
Amoureux des corps et des courbes, Bourdin a toujours célébré la femme sous toutes ses coutures et dans tous ses états (même les plus absurdes). Glamour jusqu'aux ongles, les femmes de Guy - à commencer par sa muse Nicolle Meyer - sont toujours fragmentées, déconstruites, fracturées. Érotiques, hyper-sexualisées, débordant du cadre, jamais la femme n'a été plus imposante qu'avec lui. Déconstruire sans asservir, c'était le pari d'un homme qui a réussi à célébrer la femme dans tout ce qu'elle a de plus mystérieux. 

5. Il a même failli nous faire croire que la pub était un art
Ses campagnes de publicité pour le bottier Charles Jourdan, devenues iconiques, mettaient en scène des jambes de mannequin coupées, flottant dans les airs. Et pour réaliser cette série, Guy Bourdin a sillonné l'Angleterre en Cadillac (normal). Jamais la publicité n'a été aussi folle ni aussi libre qu'en 1979. Avec lui pour rêver et tout casser, Jean-Paul Goude ou Sarah Moon (entres autres).

Vogue Paris, Octobre 1983 © The Guy Bourdin Estate 2016 / Courtesy Louise Alexander Gallery

6. Et continue, en 2016, de rendre le monde complètement dingue
Si bien qu'en 2015, il continue d'influencer la jeune-garde artistique (et les publicitaires). Son sens de la dramaturgie visuelle et son choc des contrastes se retrouvent dans le travail de la jeune américaine Alex Prager. Ren Hang, le photographe chinois le plus punk du moment, s'est quant à lui inspiré de ses nus chargés de fleur pour façonner son esthétique très crue. Pas étonnant que Nars ait choisi lui rendre hommage en 2013 avec une collection de cosmétiques sobrement intitulée "Guy Bourdin". Chaque année (voir chaque mois) une nouvelle campagne sort, directement inspirée (pour ne pas dire copiée) de son travail. N'est-ce pas, Terry ?

7. Mais c'est surtout le photographe avec le plus de classe au monde
Considéré aux côtés d'Helmut Newton comme le photographe de mode le plus talentueux de son temps, Bourdin n'a jamais cédé aux chant des sirènes. En 1985, il refuse même le Grand Prix National de la photographie que lui décerne Jack Lang. Plus incisif qu'Anna Wintour, Guy aurait répondu : "Merci pour les confiseries, mais j'ai du cholestérol." Chic, on vous a dit.

Charles Jourdan, 1979 © The Guy Bourdin Estate 2016 / Courtesy Louise Alexander Gallery

L'exposition "The Portraits" rend hommage au photographe et célèbre son immense talent à travers les portraits qui ont façonné sa carrière : elle se tient au Studio des Acacias, jusqu'au 30 avril.

Tagged:
Culture
Photographie
publicité
exposition
Mode
guy bourdin
ateliers acacia