paris berlin, une seule et même équipe dans la rue

Alors que la France affrontera l'Allemagne ce soir à l'occasion de la demi-finale de l'Euro, le photographe Lukas Korschan est parti à la rencontre des kids berlinois et parisiens qui s'entrainent à ciel ouvert – dans les rues et loin des stades...

par Alexandra Bondi de Antoni
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07 Juillet 2016, 8:39am

L'Europe a la fièvre de l'Euro. Mais les rues tranquilles du quartier de Neukölln à Berlin n'ont pas attendu le championnat pour se transformer en arènes à ciel ouvert. Le dimanche, les curieux s'y pressent et s'adossent aux Späti (les épiceries locales), pour combattre les lendemains de fête houleux. Loin des stades et de l'hystérie générale, le photographe Lukas Korschan a sillonné les terrains de foot alternatifs parisiens et berlinois. Là où les kids s'adonnent à leur sport préféré, s'entrainent à la lumière du jour et se mesurent aux plus grands du quartier. Une jeunesse pour qui le football, plus qu'un exutoire, est toute une vie. Rencontre. 

Qu'est-ce qui t'a donné envie de photographier ces kids ?
Un jour, j'ai rencontré un éducateur qui travaillait énormément dans la rue pour aider les kids qui trainent à s'en sortir. Et par ailleurs, il se trouve que c'était un grand spécialiste de foot. Un genre de gourou. On a beaucoup parlé de la culture foot, de son intégration dans les villes et les rues. J'y joue aussi et ça faisait déjà longtemps que je voulais capturer l'énergie qui émane des terrains et du foot de rue. Je l'ai accompagné à Berlin et il m'a présenté à une bande de kids fan de football. 

Où ont été prises tes photos ?
Toutes les photos de la série ont été faites entre Paris et Berlin. Je me suis rendu dans plusieurs quartiers, plusieurs terrains de foot. Quand on parle de 'foot de rue', on pense tout de suite au Brésil et aux favelas. Pourtant, l'Europe a elle aussi une grande culture du foot. Surtout à Berlin, Paris et Amsterdam.

À quoi ressemble le quotidien de cette jeunesse ?
C'est une jeunesse métissée. Étudiants, lycéens se retrouvent et jouent ensemble. Certains sont juste là pour le plaisir, d'autres ont déjà intégré des clubs professionnels et s'entrainent du matin au soir. Ces kids sont tous différents. De milieux différents. La plupart de mes photos ont été prises pendant le Ramadan et le soir, les terrains de foot étaient bondés. Le jeûne n'a pas empêché certains de se défouler sur le terrain et sous le soleil. Ça en dit long sur leur force et leur ambition. 

Ça représente quoi le football, pour eux ?
Pour beaucoup, il s'agit d'un gagne-pain. La plupart ont évidemment le rêve de devenir un jour footballeur professionnel mais peu y parviennent car le niveau est extrêmement élevé. C'est aussi un excellent moteur de lien social et le sport le plus unificateur qui soit. Même s'il sert aussi à s'imposer dans son quartier en prouvant sa force à tous ceux qui sont sur le terrain, tous milieux et origines confondus. Les terrains de foot sont des arènes modernes. L'objectif, c'est de se confronter à ses amis comme ses ennemis. C'est cette fièvre de la compétition qui en fait le charme.

Gucci et Nike reviennent souvent sur tes photos. Tu dirais que ces deux marques sont devenues des symboles pour la jeunesse ?
Chez certains d'entre eux, les sapes sont des marqueurs sociaux et culturels importants. Nike plait toujours autant à la jeunesse. Mais les sacoches Gucci et les casquettes Vuitton font de plus en plus d'adeptes. Ce n'est pas étonnant que l'univers de la haute couture se tourne vers la rue et se sente inspiré par sa jeunesse et son énergie. 

Tu as appris quelque chose sur toi, en discutant avec les joueurs ?
En tant que photographe, j'ai toujours été charmé par l'idée de me confronter à des gens qui vivent une vie très différente de la mienne. Qui partagent d'autres intérêts, objectifs, points de vue. J'apprends beaucoup des autres en les photographiant.  

Credits


Texte : Alexandra Bondi de Antoni 
Photographie : Lukas Korschan

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