où trouver les meilleures archives mode en france (et en ligne) ?

Smokings YSL, vêtements Margiela époque Martin, robes signées Gianni Versace, modèles cultes Comme des Garçons, ensembles Helmut Lang etc. : l’histoire de la mode est à vendre. i-D a sélectionné les meilleures adresses pour trouver des pièces rares...

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23 Mai 2017, 8:55am

Fin avril, l'ex ministre de la culture Audrey Azoulay a reçu le rapport sur le patrimoine de la mode d'Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera. Il a été décidé de créer un label « Patrimoine français de la mode » pour souligner l'exemplarité du travail de conservation de certaines maisons de couture. Un mois plus tôt, grâce au soutien de la Maison Chanel, le Palais Galliera annonçait l'ouverture de sa galerie de collections permanentes en 2019. En octobre, un musée Yves Saint Laurent ouvrira ses portes à Paris et un second musée verra le jour à Marrakech. La mode fait partie du patrimoine culturel français. L'intérêt pour les archives gagne aussi les designers. Pour la dernière collection Balenciaga inspirée de la couture de Cristóbal Balenciaga, la marque la plus avant-gardiste du moment s'est elle-même plongée dans ses archives. Demna Gvasalia a réinterprété neuf de ses robes créées entre 1951 et 1967 dont une splendide robe à plumes, une robe bustier noire à gros nœud accompagnée de cuissardes vert pomme ou encore une volumineuse robe ballon blanche. Et l'éternel retour aux sources séduit la clientèle. La mode vintage fait recette. Recherche de la rareté, nostalgie d'une qualité perdue, distinction par le décalage : les ressorts psychologiques de l'achat vintage sont complexes. Pour reprendre Jean Baudrillard (Le système des objets) le vêtement vintage possède « un statut psychologique spécial » aux yeux de l'acquéreur. Cet engouement révèle de nouvelles façons de consommer la mode mais aussi de la concevoir. Les créateurs de mode en quête d'inspiration cherchent, et trouvent souvent, l'inspiration chez les chineurs spécialistes du vintage. Pour trouver la pièce unique, il faut partir à la chasse. Pour répondre à ce marché et faciliter cette quête de l'ancien, de nouvelles plateformes de vente se développent : e-shops spécialisés, applications digitales ultra pointues, dépôts ventes en ligne seconde génération etc.

1) Palindrome, l'eshop qui démocratise les archives mode

Palindrome est un e-shop spécialisé dans la vente d'archives de mode. Perry Ellis by Marc Jacobs, Calvin Klein années 1990, Yohji Yamamoto, Ann Demeulemeester : chaque pièce proposée est datée et accompagnée d'un court descriptif. Rachel Halickman, la fondatrice, vise à démocratiser la mode vintage : « les archives mode sont rarement accessibles au public. Palindrome s'adresse à quiconque cherche à acquérir quelque chose d'unique et de mémorable. Les vêtements sont faits pour être aimés et portés. Je veux habiller des gens, qui comme moi, se souviennent des pièces qu'ils portaient ou convoitaient quand ils étaient ados et veulent les retrouver. Je veux leur proposer ces pièces qui ont acté leur amour de la mode ! ». Les pièces sont présentées sous forme de collections, appelées « Volumes » et renouvelées deux fois par mois.

2) Byronesque, l'application qui révolutionne le shopping mode vintage

Cette application lancée par Gill Linton permet aux utilisateurs de commander des pièces cultes de créateurs parmi une sélection « curated » : une robe patchwork Balenciaga période Nicolas Ghesquière (2002), une combi Alexander McQueen (1998), une jupe en cuir Claude Montana (1987), un choker Dior (2000) etc. Byronesque collabore avec 75 boutiques de mode vintage à travers le monde pour s'approvisionner en pièces rares. On peut également envoyer la photo d'un article qu'on convoite afin que Byronesque puisse le retrouver. Régulièrement, la plateforme organise des ventes éphémères. Lors de la dernière Fashion Week parisienne, la vente de 300 pièces iconiques signées Martin Margiela avait remporté un franc succès.

3) Grailed, le dépôt-vente en ligne nouvelle génération

Grailed est un site de vente en ligne de produits de seconde main spécialisé dans la mode masculine, fondé par Arun Gupta. De Rick Owens à Supreme en passant par Our legacy, Norse Project, Raf Simons, Helmut Lang, Visvim etc. : l'offre de Grailed est énorme. 3300 pièces uniques Rick Owens sont à vendre, 2600 pour Undercover, 2900 pour Saint Laurent… Les ventes se font de particulier à particulier. Il est possible de discuter directement avec le vendeur et de négocier le prix avec un système d'offre. Depuis son lancement en 2015, Grailed est devenu un vrai site de mode avec la rédaction d'articles et des sélections de pièces par thème (« In Bloom », « Rare Vans », « Japenese Streetwear » etc.). Grailed a annoncé le lancement pour cet été de la version féminine du site.

4) Dot COMME, l'eshop spécialisée dans la mode japonaise

C'est une boutique en ligne spécialisée dans la revente de pièces vintage de designers japonais et européens (Issey Miyake, Comme des garçons, Junya Watanabe, Yohji Yamamoto, Walter Van Beirendonck & Bernhard Willhelm), pour homme et femme. Derrière cet e-shop se cache le grand collectionneur de mode Octavius La Rosa, véritable bible de la mode, capable d'identifier une pièce en y jetant un simple coup d'œil. Des musées et des galeries lui ont déjà acheté des pièces. Dot COMME a également créé un partenariat avec Farfetch pour vendre certaines de ses pièces signées Comme des Garçons.

5) Le showroom référence de Gauthier Borsarello

Cet ancien concertiste de 28 ans a quitté le monde de la musique pour s'adonner à son autre passion, les beaux vêtements. Formé chez Cifonelli (le tailleur parisien spécialiste du sur-mesure) et Edward Green (la très ancienne maison anglaise de souliers) Gauthier Borsarello rejoint ensuite Ralph Lauren. Il assiste alors Doug Bihlmaier, le très médiatique Directeur vintage de la marque. En 2016, il ouvre son showroom, situé aujourd'hui rue Parent de Rosan dans le 16e arrondissement. Les pièces qu'il sélectionne tirent leur beauté de leur design fonctionnel et sont choisies pour s'adapter à une silhouette contemporaine. Elles sont classées par thème : sportswear, workwear, style motard, militaire, etc. Il reçoit des designers en quête d'inspiration qui relèvent ici un patron, là un imprimé ou un boutonnage, pour nourrir leurs créations. Le showroom est également ouvert aux amateurs de belles pièces.

6) Les cavernes d'Ali Baba parisiennes

Chiner c'est chercher. Pour ceux qui sont prêts à arpenter les rues de Paris, la capitale regorge de boutiques vintage. La boutique La mode vintage de Carole Bigielman dans le 11ème arrondissement propose à la vente des pièces Collector griffées Lanvin, Léonard, Missoni, Courrèges, Céline, vendues 10% de leur valeur initiale - le mix pièces griffées et prix abordables est respecté. Autre adresse dans le 11e : Come on Eileen (Rue des Taillandiers), il faut fouiller pour trouver la pépite mais ça vaut le coup. Pour les amateurs des années 70, il faudra se rendre chez Son & Image Rue Quincampoix. Dans le Marais, Rue de Saintonge, The Pretty Box propose une sélection pointue de pièces Lanvin, YSL, Margiela. L'empire du dépôt-vente mode et luxe se situe Rue de la pompe dans le 16e : chez Reciproque sur deux étages (pas moins de 700 m2), c'est une avalanche de tailleurs, robes couture, fourrures exceptionnelles, sacs, chaussures griffés Chanel, Hermès, Dior etc. Attention, les prix sont élevés. Pour ceux qui voudraient trouver un survêt' Champion, Fila, Head, une veste en nylon Moncler ou des jeans Levi's en toile dure, rendez-vous chez Freep'n'Star (petits prix garantis).

7) Les adresses indétrônables

Il y a enfin les institutions parisiennes qui tiennent le haut du pavé. Les indétrônables. Didier Ludot rassemble depuis plus de trente ans des robes, tailleurs et accessoires de grands couturiers : Madame Grès, Pierre Balmain, Christian Lacroix. Avenue du Coq dans le 9e, Anouschka tient boutique. Star des années Palace, l'ancienne top présente une collection infinie de pièces cultes, un vrai musée de la mode. Et pour terminer le trio, citons Quidam de Revel situé Rue de Poitou dans le Marais.

Credits


Texte : Sophie Abriat
Photo :Jean-Paul Gaultier par Harley Weir