​charlotte rampling, la seule véritable icône ?

Charlotte Rampling est, à 70 ans, tout aussi influente dans le monde de la mode qu’elle l’était à ses débuts sur la scène du Swinging London. Récemment choisie par Jonathan Anderson pour incarner la femme Loewe, i-D revient sur la fabrique d’une icône.

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janv. 9 2017, 11:10am

L'actrice aux yeux de panthère, vamp énigmatique et magnifique, fascine toujours autant le monde du cinéma, de la mode et de la photo. Muse d'Instagram, nommée aux Oscars en 2016 et nouvelle figure de Loewe, Charlotte Rampling est depuis The Knack, son premier film sorti en 1965, un objet de désir. Helmut Newton, Juergen Teller, Paolo Roversi, Peter Lindbergh l'ont shootée à plusieurs reprises. It-girl des seventies en smoking YSL, diablement belle dans Stardust Memories aux côtés de Woody Allen dans les années 1980, l'actrice a survécu à des choix cinématographiques périlleux. En 2007, Marc Jacobs l'allonge sur un lit avec William Eggleston pour sa campagne de pub. En 2011, Marc Jacobs toujours s'inspire de son rôle sulfureux dans Portier de Nuit (1974) pour Louis Vuitton. À l'affiche du film Assassin's creed, Charlotte Rampling s'apprête à monter sur la scène du Théâtre de l'Œuvre pour prêter sa voix aux poèmes de l'écrivaine américaine Sylvia Plath. Prolifique mais toujours énigmatique.

C'est Jonathan Anderson lui-même qui a choisi Charlotte Rampling pour l'édition du nouvel ouvrage de Loewe « Publication No.12 ». La campagne a été shootée par Jamie Hawkesworth le lendemain du défilé printemps/été 2017 au siège de l'UNESCO à Paris. « C'est elle que je voulais » a indiqué le designer écossais. Alternant plans serrés en noir et blanc sur le visage non botoxé de l'artiste et plans larges sur sa silhouette longiligne, la série de clichés fait le tour des réseaux sociaux. À 70 ans, Charlotte Rampling est toujours une muse. « Etre à la mode ou pas, être belle ou moins belle, ça ne se contrôle pas. Ce qui ne change pas, c'est l'étincelle qu'on a dans les yeux » indique cette dernière dans The Look le documentaire qu'Angelina Maccarone lui a consacré. « Je ne suis pas belle je suis pire », cette phrase de la princesse Pauline de Metternich correspond bien à Charlotte.« Elle est plus belle que la beauté », indique Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera qui a collaboré avec l'actrice dans le cadre de la performance « Sur-exposition », lors du Festival d'Automne 2016.

Née d'un père colonel de l'armée britannique et d'une mère artiste peintre, Charlotte Rampling est depuis 50 ans l'objet d'un désir que peu d'actrices parviennent à susciter passé un certain âge. Elle incarne à elle toute seule le concept d'icône, trop souvent utilisé de manière abusive. « Ce n'est pas seulement une icône de la mode mais aussi une icône de l'art, une icône des femmes, une icône de la résistance. C'est une icône tout court » indique Olivier Saillard.

Icône de mode : « elle transcende l'idée même de style »
En 1964, elle débute dans le mannequinat. Un agent lui demande de se faire refaire les yeux. Elle s'y refuse. Que serait-elle sans ce regard ? « Ce qui ne peut se dire, il faut le rêver. Rêver, c'est chérir son secret », explique-t-elle dans son livre de souvenirs Qui je suis paru en 2015 co-écrit avec Christophe Bataille. Éternelle rêveuse, aux paupières alourdies par le poids du songe, Charlotte Rampling a le sens du style. Pinnée et instagrammée, sa silhouette est éternelle. Cigarette et fourrure, pieds nus et chemise blanche, robe pinceau noire, elle séduit. « Le style Charlotte Rampling est un style plein d'aisance. Elle transcende l'idée même de style » indique Olivier Saillard. En 2005, dans sa célèbre série Louis XV, Juergen Teller s'exhibe quand Charlotte Rampling se fait pudique, mais elle posera nue pour lui dans un Louvre désert quatre ans plus tard.

Icône du 7e art : « je suis fascinante mais dangereuse »
L'itinéraire cinématographique de l'artiste n'est pas rectiligne. Charlotte Rampling a suivi ses pulsions. Au milieu des années 60, Roman Polanski la présente à Richard Lester qui la fait tourner dans The Knack ...and How to Get It (1965) aux côtés de Jane Birkin et Jacqueline Bisset. Lester a réalisé les films des Beatles : A Hard Day's Night puis Help! Ces films inaugurent l'esthétique du clip musical. Pour Charlotte, c'est le début d'une longue série. « Pour créer un personnage, il faut travailler sans relâche jusqu'à ce que ça fonctionne » dit-elle dans The Look. « Elle incarne un territoire alternatif. C'est une affranchie » indique Olivier Saillard. Si elle apparaît avec une voilette sur les pommettes dans Les Damnés de Visconti (1969), un certain nombre de films au quotient sexuel fort (Portier de Nuit, Zardoz, Angel Heart) bâtissent la légende. Dans Portier de Nuit (1974), le film italien qui fit scandale à sa sortie, Charlotte joue Luisa, une déportée juive tombée sans le savoir sous le charme de son ancien bourreau nazi. Seins nus, pantalon large à bretelles et casque d'officier : les images resteront. Dans Stardust Memories, elle lance à Woody Allen, totalement charmé : « Je suis fascinante mais dangereuse ». Femme fatale dans Le Verdict de Sidney Lumet, elle s'éprend d'un chimpanzé dans Max mon amour (1985). Elle n'a pas peur des scandales. Les années 90 signent une éclipse. Elle revient en 2000 avec Sous le sable de François Ozon. En 2016, elle est nommée aux Oscars pour son rôle dans 45 ans d'Andrew Haigh.

Icône des femmes : « la voix de la souffrance chasse les certitudes »
« Être Charlotte Rampling doit être difficile » écrit Christophe Bataille dans Qui je suis. « Ce sont ses refus, ses signes d'incapacités et ses contradictions qui la rendent belle », poursuit Olivier Saillard. Elle a été profondément marquée en 1966 par le suicide de sa sœur Sarah en Argentine. « La voix de la souffrance est une voix innocente. Elle chasse les certitudes. Elle chasse les vanités. Elle chasse les autres » écrit-elle toujours dans Qui je suis. Après le tournage des Damnés, elle part en Iran, en Afghanistan, au Pakistan et quand elle rentre en Angleterre, elle passe deux mois dans un monastère tibétain en Écosse. En 1990, elle traverse une lourde dépression dont elle ne se cache pas.

Icône de la résistance : « elle fuit les miroirs mais attire la lumière »
« Son visage n'est pas refait, c'est comme une lande, une forêt » explique Olivier Saillard. Elle assume ses rides et le vieillissement quand les autres actrices cèdent aux sirènes du botox et de l'acide hyaluronique. Sa carrière est faite d'éclipses. Au lieu de saturer le paysage médiatique, elle préfère le hors-champ. Suivre ses désirs. Sans qu'on ne l'oublie. Disparaître pour se réinventer. « J'aime disparaître. C'est ainsi. Je vois les gens, je ne les vois plus », indique-t-elle dans Qui je suis. « C'est un chat. Elle fuit les reflets. Pendant les répétitions, elle ne voulait pas voir son reflet. Elle fuit les miroirs mais attire la lumière. Elle ne verse pas dans le narcissisme », indique Olivier Saillard. Elle aimerait faire le test de vivre sans miroir aucun. « Celles qui font œuvre de stakhanovisme pour y arriver échouent. Charlotte Rampling ne cherche pas à contrôler son image. C'est ce qui explique aussi sa longévité » conclue Olivier Saillard. 

Credits


Texte : Sophie Abriat
Photos : Charlotte Rampling photographiée par Jamie Hawkesworth pour l'édition du nouvel ouvrage de Loewe « Publication No.12 »