Publicité

rencontre avec l'homme qui a photographié david bowie pendant 40 ans

Le photographe iconique Masayoshi Sukita revient sur sa collaboration avec le maître Ziggy Stardust.

par i-D Staff
|
20 Novembre 2015, 10:00am

A Day In Kyoto 3-Hankyu Train,1980

En 1972, David Bowie devenait Ziggy Stardust, l'alien sacré superstar au charme énigmatique. C'est aussi l'année où il fait la connaissance d'un homme au Japon, amoureux du rock'n'roll et des films de Marlon Brando, l'homme qui allait devenir son photographe attitré pour les 40 prochaines années.

Masayoshi Sukita vient tout juste de photographier David Bowie, aujourd'hui à New York et s'imprègne de l'esthétique cinématographique de l'âge d'or américain. Après avoir travaillé dans la publicité, Sukita devient photographe indépendant en 1970 et ne tarde pas à immortaliser l'art, le cinéma et la scène rock'n'roll de Londres et New York. 

Alors qu'il était à Londres, Sukita s'est familiarisé avec le personnage de Bowie et a su, immédiatement, qu'il devait le photographier. Il a suivi ses transformations scéniques, ses concerts et ses phases musicales et artistiques jusqu'en 2009. Nous nous sommes assis à ses côtés à Soho pour parler de photo, de Bowie et de leur très longue collaboration. 


The Bewley Brothers, 1973

Quand as-tu commencé la photographie ?
J'avais six ou sept ans, c'était juste après la guerre de 1945. En ces temps, le soft power américain s'infiltrait partout au Japon. Et la culture américaine et occidentale me fascinait beaucoup. Quand j'etais à l'école, au lycée, ma mère m'a offert mon premier appareil. C'était les prémisses de mon intérêt pour la photographie. 

Et pourquoi le rock'n'roll ?
Je me souviens qu'au lycée, un grand nombre de films et de musiques arrivaient au Japon des Etats-Unis, je parle d'Elvis Presley ou de Marlon Brando. J'adorais les deux. 


I Saw You Again au Rainbow Theatre, 1973

Tu peux nous raconter ta première rencontre avec Bowie ?
J'étais en voyage à Londres pour prendre des photos de T-Rex et je ne savais même pas encore qui était David Bowie. J'ai remarqué une grande affiche de lui dans la rue et l'image m'a beaucoup plu. Je l'ai rencontré en 1972 et je ne savais pas qu'il était déjà iconique. Je suis allé à son concert, c'était un double avec Lou Reed et je n'avais rien vu d'aussi fou. J'étais très impatient de le voir sur scène et c'est ce qui m'a convaincu. Je me suis tout de suite dit : "je veux prendre cet homme en photo". 
Le jour du premier shoot, il y avait ce très grand photographe, David Bailey, il photographiait Bowie pour la journée, moi la soirée. C'était hyper compétitif, j'avais une énorme pression. J'ai cherché partout la bouteille de vin préférée de Bowie, il avait bossé toute la journée et quand il m'a vu arrivé avec le vin, il m'a dit "Ok, ouvrons la bouteille, buvons un coup tranquillement." 


The First Time I Saw You, 1972

A Day in Kyoto 3 - Platform, 1980

40 ans de collaboration à deux ... c'est beaucoup, non ?
Quand David Bowie vient au Japon, il m'appelle et dit toujours, "je suis là, faisons une session photo." Bowie a toujours adoré la culture asiatique et il adore Kyoto, la ville traditionnelle du Japon. Depuis que je suis jeune, je voyage beaucoup et nous avons tous les deux beaucoup de respect mutuel pour l'Est et l'Ouest. C'est ce qui ressert les liens. Si nous avions été tous les deux à New York, notre collaboration n'aurait jamais tenu 40 ans. 


Loves to be Loved, 1973

Comment as-tu eu l'idée de la couverture de l'album Heroes ?
Bowie était au Japon avec Iggy Pop et enregistrait avec lui. Un matin Bowie m'a appelé et m'a entrainé dans le studio. Il n'y avait qu'une lumière très froide, peu ou pas de décor du tout. Il était un peu maquillé, coiffé et il a tout dérangé : avant Bowie, je n'aurais jamais pensé à shooter sans décor ou sans mise-en-scène, comme ça au naturel. 

Tu as une photo de Bowie que tu préfères ?
Heroes.


Heroes, 1977

Pourquoi celle-là ?
En 1972 ou 73, quand Bowie était encore la star glam-rock de Londres, il portait du maquillage, des costumes incroyables, très futuristes. Mais sur cette photo, il était simplement vêtu d'un blouson de cuir, rien de très travaillé. C'est ce que j'adore chez lui. Il ne reste jamais fixé sur un style, un vêtement. Il sait aussi être naturel. 


Heroes to Come, 1977

Qu'est-ce que ça vous fait d'être assis dans cette pièce, à regarder toutes ces photos de Bowie que vous avez faites ?
Je viens de sortir le livre de photos Genesis, où l'on retrouve une centaine des photographies que j'ai prise de lui. Ce sont des souvenirs magiques, mais je ne compte pas m'arrêter là. Je continuerai de shooter David Bowie.


Ki, 1989

Credits


Texte : J.L. Sirisuk
Photographies : (c)Masayoshi Sukita, courtesy the Morrison Hotel Gallery
Traductrice : MaiMai Sakamoto

Tagged:
david bowie
Photographie
Musique
interviews musique
interviews photographie