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Alessandro Michele a pris d'assaut Milan en présentant une collection homme inspirée de ses voyages dans le métro, la rue ou les livres. Pour voyager, le créateur n'a pas besoin d'aller très loin – juste au bout de ses souvenirs.

par Anders Christian Madsen
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21 Juin 2016, 9:40am

"Voyager, c'est la vie" a un jour écrit le roi des contes de fées Hans Christian Anderson. Il se serait probablement très bien entendu avec Alessandro Michele, qui a pris Milan par surprise lundi avec sa collection dédiée aux voyages et aux fantasmes qu'ils nourrissent. "Je déteste voyager. D'ailleurs, je suis un mauvais voyageur." Coup de génie (et d'ironie) que seul le créateur italien - l'un des plus chaleureux et généreux de l'industrie - pouvait faire. Il a ensuite développé : "Je déteste ça parce que je pense que pour voyager selon moi, pas besoin de prendre l'avion. Il suffit de se balader dans le métro - une mer étrange." Il s'est donc inspiré des marins, le genre magnifique qui débarque dans les romans de Jane Austen et fait craquer les jeunes filles (et probablement quelques gentlemen). "Ou Marco Polo", a-t-il balancé, fidèle à ses habitudes - il n'hésite jamais à faire quelques références historiques. 

La collection d'Alessandro Michele reflétait ce que le créateur a toujours fait le mieux : elle dévoilait ce que son cœur et son esprit ont toujours fait voir, un condensé de ses souvenirs, aussi éclectiques soient-ils, somptueux par leur forme, audacieux dans leurs motifs. Bref, un vécu parsemé de 'voyages' qu'il a toujours mis un point d'honneur à retranscrire visuellement depuis son arrivée dans la maison florentine. "Si je change la tapisserie de ma chaise, qu'elle passe du rose au bleu, c'est que je voyages. Quand je lis un livre, je voyage encore, notait-il, ses mains lourdes des mille choses précieuses qui l'animent. C'est mon côté archéologue, je pioche de minuscules écrins venus de partout, rapportés de toutes mes escapades. C'est ma manière de voyager. Ma manière de dire à ceux qui regardent mes collections, 'Voyagez tant que vous le pouvez et autant que vous le pouvez'." Mais plus encore, cette collection était l'occasion pour lui de dire au monde : "Mon langage reste le même, j'en suis conscient. Il marque un temps. Mais c'est comme ça que j'ai toujours vécu. Je garde ce qu'il y a de plus beau dans tout ce que je vis." Une beauté distillée dans une industrie récalcitrante à l'audace et un manifeste injecté dans ses t-shirts estampillés du simple mais révélateur mot 'Future' - comme l'antidote au vieillissement de nos sociétés occidentales. Alessandro a les yeux rivés vers demain.  

Mais Michele n'a pas à se défendre. Comme avec sa collection croisière très anglaise présentée à l'Abbaye de Westminster il y a quelques semaines, cette collection homme prouve une fois de plus sa capacité à briller et hors de son esthétique définie. Elle était plus romantique, plus 19ème que 16ème siècle, et voilà d'où il a aisément trouvé des points communs avec Hans Christian Andersen, rêveur de l'éternel et voyageur qui incarna la fascination du 19ème pour l'âge d'or de jadis, quand les peintres et les poètes ne vivaient pas dans le passé mais mimait sa magie. Michele joue ce rôle, de créateur de rêves et de conteur, nous rappelant sans cesse que la vie peut toujours être plus belle. "Il y a beaucoup de références, mais pour moi c'est une manière d'appartenir à notre temps. J'ai mis des phrases sur le futur sur des t-shirts, mais c'est un langage que je ne comprends pas vraiment. Je ne veux pas dire que je suis contre le futur. Mais je suis contre l'obligation de projeter mon futur," précise-t-il, expliquant sa fascination pour l'histoire. 

La veille du défilé, son amie Miuccia Prada présentait une collection traversée par ce thème, similaire, du voyage. Elle expliquait qu'elle avait à voir avec l'état du monde, difficile, où l'on ne sait jamais quand l'on va devoir changer de pays, peut-être même de continent. Si Prada a toujours été prompte à expliquer ses intentions, contextualisant ses collections, socialement et politiquement, Michele est lui plus avare en réponse. Un peu à la manière de Gosha Rubchinskiy - qui ne pourrait pas être plus différent de Michele, mais préfère ne pas expliquer pourquoi ses collections semblent tout droit sorties de l'Union Soviétique - Michele pose simplement son langage à vos pieds, et recule. On pourrait analyser sa collection de lundi pendant des décennies, lui plaquer une nostalgie ou une rêverie fuyant un monde cruel. Mais au vrai, le Gucci de Michele n'est rien de tout ça. Il sert exactement le même objectif que les contes d'Andersen : divertir les enfants et éclairer les adultes - et peut-être remettre un peu de magie dans le monde au passage. 

Et que venait bien faire Donald Duck dans tout ça ? "Mon premier voyage, quand j'étais très jeune, c'était avec Donald Duck. Parce que, tu vois, il voyageait toujours avec son oncle," se souvient Michele. "C'était ma manière de voyager, à cinq ans. Travel, c'est un rêve." Qui semblait pourtant bien réel..

Credits


Texte : Anders Christian Madsen
Photographie : Mitchell Sams

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