Keith Wallace and Craig Kelly. Photography Jon Foster, 1992

le snowboard, le cool oublié des années 1990

Le très bel ouvrage 'Snow Beach: Snowboarding Style 86-96,' documente la culture mais aussi et surtout, l'esthétique du snowboard, des nineties à nos jours.

par Emily Manning
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09 Décembre 2016, 9:30am

Keith Wallace and Craig Kelly. Photography Jon Foster, 1992

Nés dans les nineties, vous avez appris à chausser vos skis à l'époque où le snowboard était entré dans le mainstream. Appelez-nous génération Rocket Power, nous qui sommes nés quelques années avant vous. Nous qui demandions au père Noël de nous ramener une planche de skate à Noël plutôt que des crampons, nous dont les héros étaient des rideurs de l'extrême. Quand j'ai vu Shaun White sur sa planche, le corps recouvert de logos à l'occasion des jeux olympiques de 2006, réaliser son acrobatie à 1080°, mon cœur a refait boom. C'était mon blockbuster à moi. Le regarder effectuer avec autant de précision, d'audace et de dextérité, devant une foule immense, ses figures, aurait presque pu nous faire oublier à quel point le snow était marginal quelques années plus tôt. En 2006 la même année, le Rolling Stone shootait Shaun White pour sa couverture, torse-nu, sa médaille d'or olympique autour du cou.

Shaun Palmer. Photographie Bud Fawcett, 1987

Ce n'est pas tant le snowboard en tant que sport qu'Alex Dymond documente dans le magnifique livre photo, Snow Beach: Snowboarding Style 86-96. Dymond — le directeur créatif new-yorkais qui a travaillé avec Burton et Supreme et descendu sa première pente en 1991 — célèbre l'irrévérence et la subversion de la pratique, qu'il définit comme une contre-culture, une communauté et une tribu au même titre que le skate ou le punk.

Noah Brandon. Photographie Trevor Graves, 1989

Snow Beach rassemble 182 images réalisées par 15 photographes et retrace l'histoire du snowboard de son émergence à nos jours. On y croise quelques légendes : Shaun Palmer et John Cardiel, notamment. Plus qu'une pratique, plus qu'un sport, le livre d'Alex Dymond documente à travers les pages de son ouvrage, le quotidien des kids fans de Cypress Hill et Misfits, ceux qui arboraient le baggy et ont un jour troqué leur paire de skis fluorescents contre une planche de snow. Alors que le livre sort aujourd'hui, nous avons rencontré Dymond pour en savoir plus sur cette époque où la pratique du snow était délibérément punk.

Shaun Palmer. Photographie Jon Foster, 1993

Quand est-ce que tu t'es mis au snowboard ?
J'ai grandi avec le surf, le skate et j'étais obsédé par les sapes, le graff, le design. J'ai commencé à skater en 1988 et je me suis mis au snowboard très vite après. En 1991 exactement, je me faisais ma première pente. 

Terry Kidwell. Photographie Bud Fawcett, 1989

C'était une pratique courante à l'époque ?
C'était un truc unique à faire, surtout sur la côte Est ! À l'époque, la grande majorité des snowboarders étaient des skateurs du coin. On ne s'en souvient pas mais Burton a fait une pub pour Thrasher. Il y avait eu une grande vague de froid qui rendait la pratique du skate impossible et ça a sans doute permis à la culture snow de gagner en popularité dès la fin des années 1990. Pas mal de skieurs s'y sont essayés à ce moment-là et dans l'ensemble, on peut dire que c'est presque devenu une tendance. Sauf qu'au départ, c'était vraiment un truc d'outsider. On se sentait différents de choisir le snow. 

John Cardiel. Photographie Bud Fawcett, 1993

Dans ton introduction, tu dresses des parallèles entre le snowboard, le skate, le hip hop et le punk. Quels liens existent entre ces différentes contre-cultures ?
La musique reste un des facteurs d'émancipation les plus persistants pendant l'adolescence. Toutes les vidéos de skate et de snow de l'époque faites par des pros étaient accompagnée par une bande-son hyper chiadée qui a inspiré les jeunes skateurs et snowboarders. Je te raconte pas le nombre de fois où j'ai mis pause sur la VHS pour retrouver le nom du groupe ou du rappeur qui chantait derrière en fond. Sans Google ni les réseaux sociaux, il fallait vraiment le vouloir pour y parvenir et les recherches pouvaient prendre des jours ou des semaines. Mais la témérité et la patience ont forgé des personnalités engagées dans ce qu'elles faisaient. Il fallait beaucoup d'énergie et de patience pour devenir bon en snow. Les contre-cultures et les communautés sont mues par un désir d'appartenance et d'envie d'aller plus loin. La passion est le rouage qui a permis à ces cultures d'exister. 

Janna Meyen. Photographie Jon Foster, 1993

Il y a des parallèles plus esthétiques intéressants : la collision entre le style des snowboardeurs et celui des skateurs dans les années 1990. J'ai remarqué pas mal de sapes Vision Streetwear, Thrasher et Body Glove dans ton livre, Snow Beach. Comment tu décrirais l'évolution du style des snowboarders de son émergence à nos jours ? 
La vraie évolution s'est faite avec l'essor des nouvelles technologies et l'avènement des équipements de ski des années 1970 et 80. Quand les marques ont fini par se spécialiser dans le domaine du snowboard, le style a nettement changé. À la fin des années 1980, quand les skateurs ont commencé à s'intéresser à la pratique du snow, le style est devenu plus trash, plus punk aussi. Les montagnes se sont petit à petit peuplées d'éléments non fonctionnels, clairement esthétiques : la flanelle, les sweatshirts, le jean. Plus qu'être à l'aise ou bien équipé, il fallait s'exprimer à travers les sapes et rester soi-même en montagne. Et ça, c'est une philosophie issue de la culture skate : le fait de porter ce que tu veux, de révéler ta personnalité sur la planche. C'était un acte de démarcation très fort, l'envie de sortir du lot.

Randy Gaetano. Photographie Jon Foster, 1993

Parlons un peu du livre. La plupart des images qui l'illustrent sont des archives. Où les as-tu trouvées ? 
Quand j'étais ado, j'étais abonné à Transworld Snowboarding, dont j'ai gardé la plupart des numéros. J'en garde quelques souvenirs particulièrement forts. En plus de ces archives personnelles, quelques figures de la scène actuelle m'ont prêté main forte : des ex snowboardeurs pro, des photographes avec qui j'ai pu bosser. Comme les appareils photo numériques n'existaient pas à l'époque, les photographes bossaient à l'argentique et ne scannaient pas toujours leurs négatifs. J'ai eu de la chance d'en extraire pas mal, mais quelques autres, irrécupérables, avaient croupi dans leur grenier. Chaque image a été sélectionné avec soin et réflexion : j'ai tenté de trouver le juste équilibre entre les silhouettes cool, les figures de proue du snow et des images iconiques, qui ont fait l'histoire de la pratique. L'idée était de présenter un livre qui puisse parler à tous, surtout ceux qui ne sont pas familiers du snowboard. J'ai cherché des images qui parlent, évoquent une culture dans son ensemble, une certaine atmosphère.

Circe Wallace. Photographie Trevor Graves, 1993

Quel est le message que tu souhaites transmettre à ceux qui vont lire ton livre ?
Le fait de skater, surfer et glisser m'a aidé à avancer dans la vie. L'aspect esthétique et stylistique de cette culture de la glisse m'a inspiré pendant très longtemps. Le skate et le surf ont toujours été plus ou moins célébrés et encensés dans la culture pop et la mode - beaucoup plus que le snow ! J'ai voulu rendre ses lettres de noblesse au snowboard à travers ce livre. C'était la première fois que je me mettais à l'édition et c'était un grand défi. J'en suis ressorti plus fier et heureux. J'espère donc qu'en feuilletant ses pages, les gens seront à leur tour inspirés par cette culture - et qu'ils se lancent sur les pistes. 

'Snow Beach' est disponible via Powerhouse Books

Jason Ford. Photographie Rod Walker, 1990
Laurie Asperas. Photographie Bud Fawcett, 1990

Craig Kelly et Damian Sanders. Photographie Trevor Graves, 1990

Russell Winfield. Photographie Trevor Graves, 1991

Jeff Davis. Photographie Bud Fawcett, 1989

Jeff Anderson. Photographie Vianney Tisseau, 1991

Credits


Texte : Emily Manning

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