7 documentaires pour comprendre la révolution internet

Si vous voulez savoir ce qui se trame dans le dark web et entre les lignes des conditions générales de Google, il n'y a qu'à cliquer.

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28 octobre 2016, 8:35am

En 20 ans d'Internet, on en a appris des choses utiles : comment s'enchaîner des épisodes de Girls en streaming, comment télécharger The Life of Pablo gratuitement ou comment partager des mèmes de Donald Trump sur Facebook. Mais plus que ça, on a aussi appris une nouvelle manière de socialiser, de faire des courses, des rencontres d'un soir ou même de tomber amoureux ! Tout est - littéralement - à portée de main. Aujourd'hui, n'importe qui, équipé d'un écran et d'une connexion Internet, peut explorer cet incroyable royaume.

Dans son nouveau documentaire Lo and Behold : Reveries of the Connected World, Werner Herzog s'aventure dans cette faune numérique, et pose des questions telles que : « Nos petits-enfants auront-ils encore besoin de côtoyer des humains ? » ou « Est-ce qu'Internet rêve d'Internet ? » Une approche assez inattendue et excentrique de la toile, en somme, qui s'est rapidement fait une place parmi les docus les plus pertinents et marquants. En voici quelques autres à voir absolument.

Downloaded
Vous vous souvenez de Napster ? Ce site de partage de fichiers sur lequel on pouvait télécharger notre chanson préférée de Blink 182 - en seulement 30 minutes ! Napster a été la première étincelle d'une révolution du téléchargement. Et ça a énervé pas mal de monde à l'époque. Dr Dre, par exemple : « Napster nous vole, clairement. Je vais les combattre jusqu'à la mort. » Le film d'Alex Winter raconte l'histoire de ses créateurs ; ces lycéens qui ont mis à genoux l'une des industries les plus grandes et lucratives des États-Unis. On y retrouve les groupes de musique et les entreprises les plus affectées par le succès du site, (avec le batteur de Metallica, Lars Ulrich, parmi les plus énervés, et qui osera le doigt d'honneur au tribunal) qui permettent d'analyser l'impact mondial de Napster. Avec les généreuses contributions des Beastie Boys, de Noel Gallagher, Henry Rollins et bien plus, Downloaded vous emplira de la nostalgie des débuts et de l'histoire d'Internet.

Terms and Conditions May Apply
Personne n'a jamais vraiment lu les termes et conditions générales d'iTunes. Ni ceux de Facebook, ou de Google. Une étude qui a été faite là-dessus - et qui est d'ailleurs reprise dans le docu - affirme qu'il nous faudrait 180 heures par an pour les lire toutes. En gros, ces conditions sont faites pour nous endormir : police minuscule, mots à rallonge et phrases sans fin. Pourquoi ? Pour que ces compagnies y cachent leurs vraies intentions. Vendre nos photos Instagram à des publicitaires, sans compensation, par exemple. Et la clause la plus terrifiante de ces conditions est peut-être : « Nous pouvons changer ces termes à tout moment. » En gros, ils font ce qu'ils veulent, et tant pis pour nous. Flippant, non ? De quoi réfléchir, la prochaine fois qu'on approchera notre curseur du bouton « accepter ». Ah, et ce documentaire nous rappelle que Moby est un grand défenseur des droits numériques.

Deep Web
Avec à la narration Keanu Reeves et sa voix caverneuse à la Neo dans Matrix, Deep Web explore ce monde souterrain qu'est le deep web. Un immense univers caché d'où est né le site de marché noir Silk Road : une version d'Amazon où l'on peut acheter de la drogue ou des flingues en tout anonymat. Tout cela est rendu possible par l'utilisation de bitcoins, une monnaie cryptographique impossible à tracer ; et tout cela est bien entendu totalement illégal. Le film s'intéresse au fondateur de Silk Road, Ross Ulbritch, ou « Dread Pirate Roberts » - un sosie de Robert Pattinson qui fut étiqueté « baron de la drogue » par les médias, et finalement rattrapé par le FBI. Mais ce documentaire tente avant tout de changer la perception et les préjugés du public sur cet homme et sur le deep web, un monde unanimement décrit comme étant malsain et dangereux alors que de nombreux journalistes et dissidents l'ont utilisé à bon escient. Et au-delà de ça, le film nous dresse un portrait fascinant « du plus grand entrepreneur de l'ère dot-com. » À côté de ça, les gars de The Pirate Bay ont l'air de petites mains.

Web Junkie
Si votre addiction à GTA commence à vous angoisser, regardez Web Junkie, et relativisez. Le film s'ouvre sur une information plutôt alarmante : « La Chine est le premier pays à inclure l'addiction à Internet dans les maladies cliniques. Elle est considérée comme le premier danger sanitaire menaçant les adolescents chinois. » Le documentaire suit justement trois ados dans un centre de désintoxication dont l'encadrement tente de les guérir de leur addiction aux jeux vidéo - particulièrement à World of Warcraft. Le centre est un véritable camp d'entraînement tout droit sorti de Full Metal Jacket, où les gosses de 16 ans sont habillés en uniformes camouflage de haut en bas et logent dans ce qui s'apparente (énormément) à des cellules de prison. Ils pleurent et crient, et sont forcés d'avaler des pilules. On n'est pas loin non plus de Vol au dessus d'un nid de coucou. Le film offre des réponses sur l'efficacité (ou les dangers) d'un tel programme.

TPB AFK : The Pirate Bay - Away from Keyboard
En langage Internet-geek, AFK veut dire « Away From Keyboard » (« Loin du clavier »). Un terme régulièrement utilisé par les trois Suédois qui se cachent (se cachaient) derrière le site The Pirate Bay. Un terme que Peter Sunde, Fredrik Neij et Gottfrid Svartholm Warg n'auront pas manqué de rappeler avec une certaine arrogance pendant le procès qui les opposait aux studios hollywoodiens - ces derniers réclamant 13 millions de dollars en compensation des téléchargements illégaux facilités par The Pirate Pay. C'est ce procès et l'abattage médiatique qui l'entoura qui constituent la toile de fond du documentaire. L'esprit rebelle du site est au centre de la narration. On adore voir nos trois Suédois au tribunal, écouter avec une sérénité assez bluffante les énormes charges qui pèsent contre eux. Après tout, ce sont des mecs qui, quand ils reçoivent une mise en demeure d'Hollywood par mail, répondent avec grâce : « Please go sodomise yourself. » On tient ici une histoire fascinante et une fenêtre de compréhension sur ceux qui ont monté et géré l'un des plus grands sites de téléchargement au monde.

The Internet's Own Boy : The Story of Aaron Swartz
Triste histoire que celle d'Aaron Swartz, activiste et prodige d'Internet qui se pend à 26 ans, après un violent procès qui l'a dépeint comme un criminel. Le talent de Swartz ? Il a créé un site dans la même veine que Wikipedia… bien avant Wikipedia ; il a inventé le flux RSS et il est le cofondateur de Reddit. Ce dernier fait d'arme l'aura propulsé au rang de véritable star d'Internet, ce qui ne l'empêche pas à l'époque de publiquement décrier les financiers opportunistes qui viendront racheter sa compagnie. Ce film nous dévoile cet incroyable talent, et nous montre comment il a été littéralement écrasé par le gouvernement américain, qui voulait faire de lui un exemple après qu'il ait téléchargé 2,7 millions de documents fédéraux. Le récit de ce documentaire risque de vous énerver. Notamment parce que la loi est vraiment à la ramasse en ce qui concerne Internet ; et parce que les vieilles générations n'ont aucune idée des possibilités offertes par Internet. Swartz avait tout compris, et a essayé de l'utiliser à bon escient. RIP Aaron Swartz.

Catfish
Catfish est une fable assez étrange qui met en garde sur les demandes d'amis Facebook, en traitant d'un des plus gros problèmes de l'ère d'Internet : le vol d'identité. Soit l'idée selon laquelle la jolie fille que vous rencontrez en ligne est en fait un monsieur de 50 ans qui s'appelle Gérard. Catfish est le compte rendu de ce genre d'histoire, jusqu'à l'ultime confrontation, IRL, pour le moins gênante. Comme la fameuse vignette du New Yorker, « On the Internet, nobody knows you're a dog », le documentaire explore le fossé qui existe entre l'expérience en ligne et la vraie vie ; sur le danger pour les plus crédules de se faire avoir ; et sur les conséquences (parfois bien réelles) d'un innocent clic sur « accepter la demande d'invitation ». Le sous-titre du film dit tout : « Think before you click ».

@OliverLunn

Credits


Texte Oliver Lunn