Blindness spring/summer 17

prenez garde, la mode coréenne va conquérir le monde

La fashion week de Séoul a révélé sa plus grande force : sa jeunesse, audacieuse et fière.

par Anders Christian Madsen
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31 Octobre 2016, 11:55am

Blindness spring/summer 17

L'automne dernier, la Corée du Sud s'imposait dans le paysage comme la capitale asiatique de la mode. Loin de la frénésie des fashion weeks qu'on connait trop bien, le pays invitait journalistes et acheteurs du monde entier à la présentation de leurs collections dans le vaisseau spatial de Zaha Hadid, j'ai nommé le Dongdaemun Design Plaza. 12 shows et six jours plus tard, il fallait bien qu'on se rende à l'évidence : la scène coréenne a tout à apporter à l'industrie de la mode. A contre-courant des quatre fashion week majeures (Paris, Londres, New York et Milan), Séoul a montré que sa jeunesse était sa plus grande force. La capitale coréenne regorge de jeunes talents, créateurs et marques qui n'auraient rien à envier aux plus prestigieuses maisons coréennes - à l'instar des indétrônables Wooyoungmi et Juun.J - si le soutien financier était à la hauteur de leur audace. 

Blindness spring/summer 17

Blindness spring/summer 17

Qui sont-ils ? À en juger par les retentissements sans cesse renouvelés des applaudissements, les premiers à remporter la palme de l'audace répondent au nom de Blindness. Fondée par un jeune couple de Seoul, Kyu Yong Shin et Ji Sun Park il y a deux ans maintenant, la jeune maison peut se targuer d'avoir trouvé, en trois saisons seulement, une identité assumée : un mélange d'androgynie, de rock'n'roll et de détails somptueux  - des manchettes aux fermetures éclair - talons vertigineux et coupes fluides acérées. Pour leur collection printemps/été 2017, les deux créateurs ont creusé le sillon de leur identité pour livrer des pièces qui osent la déconstruction des coupes, font voyager le sportswear dans le Moyen-Âge et mis la masculinité au bling du jour avec des pluies de perles et de diamants. Cette collection est comme une réminiscence aux échos de nos dernières fashion weeks : on y retrouvait la brutalité déconstructiviste de Vetements, l'opulence délicate de Wales Bonner et les clins d'oeil aux traditions de leurs ainés. Bref, il ne manque au duo de créateurs que le soutien financier leur permettant de défiler en Europe. 

The-sirius spring/summer 17

The-sirius spring/summer 17

La Fashion Week séoulite était l'occasion (toujours vivifiante, on ne le dira jamais assez) de regarder la jeunesse faire ce qui la passionne. La Corée du Sud a toujours aimé la mode - et il faut dire qu'elle le lui rend bien. Quand une édition limitée des collections Vetements a été annoncée et commercialisée par Matchesfashion, les kids coréens ont campé par centaine la nuit d'avant l'ouverture pour être sûrs d'obtenir leur jean à 1200£... La fashion week de Séoul reflétait cet état d'esprit - passionné et dévoué. Et si la Corée du Sud n'a pas encore le soutien financier qui peut lui permettre de faire rayonner ses jeunes talents à l'étranger, la très fière marque The-sirius a tout d'une grande institution. Fondée par Younchan Chung, diplômé du prestigieux Samsung Art and Design Institute, The-sirius noue l'esprit utilitaire et technologique du vêtement à des silhouettes futuristes excessivement fortes. À l'instar des créateurs de Blindness, la confiance et l'arrogance dont dispose la jeunesse, aussi bien que la maîtrise des coupes, régnaient en maître chez the-Sirius. 

The-sirius spring/summer 17

The-sirius et Blindness ont à eux seuls, fait oublier ce qu'on considérait être de l'audace new-yorkaise, milanaise, londonienne et parisienne. D'ailleurs, on ne voyage pas jusqu'au bout du monde pour voir ce qu'on a déjà vu. On y voyage pour découvrir ce que la mode, de l'autre côté, a de singulier et d'innovant. Dans le quartier industriel de Dongdaemun à Séoul, qui ne reflète pas l'aura de la ville mais plutôt l'irrévérence que peut lui tirer sa jeunesse, Munsoo Kwon défilait, prouvant une fois de plus que la précision du design et l'élégance des coupes ne sont pas l'apanage des plus grands. La Corée du Sud se place d'ailleurs très haut dans le palmarès des pays les plus amoureux des silhouettes maitrisées, parfaitement ciselées. En témoignent les silhouettes classes et masculines qui arpentent la moindre de rue de Séoul, fashion week ou non. Quant à l'excentricité dont elle peut se targuer, Séoul regorge d'éphèbes à la voix de velours dont les cheveux teints, les sweatshirts roses et le maquillage osé renversent la binarité du genre et révèlent un certain gout du risque en matière vestimentaire. Quoiqu'il en soit, les podiums de cette Fashion Week ont fait état de cette double qualité présente à Séoul : l'excentricité maitrisée. 

Munsoo Kwon spring/summer 17

Munsoo Kwon spring/summer 17

La mode est-elle à l'homme cette année ? Arguons plutôt que Séoul sait rivaliser d'ingéniosité pour affirmer une masculinité singulière, double et mouvante. Les marques qui s'imposent à Séoul sont essentiellement pensées pour l'homme et les mannequins masculins ont l'aura des K-pop stars : Sup Park, Woo Seok Byeon, Bom Lee, Jin Park, et Jeon June Young pour ne citer qu'eux. Et si l'on attendait de Séoul qu'elle se plie à la parité, qu'elle fasse comme ses voisines occidentales et conjugue la mode au féminin, la capitale coréenne prouve au contraire que la mode Homme n'a pas dit son dernier mot. Si les prestigieuses maisons occidentales commencent à mêler l'homme et la femme, Séoul lui consacre une plateforme exclusive. Si Blindness, The-sirius et Munsoo Kwon remettent le masculin au gout du jour, dans sa complexité et son évolution sociétale, si Séoul doit à sa jeunesse, sa hargne et sa fougue, beaucoup reste à faire pour qu'enfin, les talents coréens de demain soient reconnus partout à travers le monde. 

Munsoo Kwon spring/summer 17

Read: vetements takes korea.

Credits


Texte : Anders Christian Madsen

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