en 2020, les dieux du stade assument l'homoérotisme

Shooté par Pierre-Ange Carlotti, le nouveau calendrier des Dieux du Stade délaisse les portraits photoshoppés pour privilégier une autre approche, brute et sensuelle.

par Marion Raynaud Lacroix
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08 Octobre 2019, 2:24pm

Qu'ils posent, mains derrière la tête, une serviette blanche négligemment posée sur l’entrejambe ou un ballon ovale pour parure, les Dieux du Stade se sont frayés un passage dans tous les recoins de l’imaginaire collectif. Comme si, depuis le début des années 2000 (date de lancement du calendrier mythique), leurs images quittaient la moiteur des chambres d’ados pour ressurgir sous la forme de piliers rassurants, virils et pourtant capables de proximité physique - dans l'étreinte d'une mêlée, la brutalité d'un placage ou la buée des douches collectives.

Plus connu par ses incursions dans la mode et les nuits parisiennes que pour son regard sur le rugby, le photographe français Pierre-Ange Carlotti n'avait qu'une dizaine d'années lorsqu'il s'est retrouvé face à son premier calendrier. Un objet mythique dont il n'imaginait sans doute pas assurer un jour la réalisation. C'est pourtant chose faite : disponible depuis quelques jours, l'édition 2020 met en scène les joueurs du XV de France dans la photographie argentique, brute et sensuelle chère au photographe.

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Loin des images retouchées qui polissent traditionnellement leurs corps, les joueurs y renouent avec une humanité touchante - logée dans l'imperfection d'un grain de peau, le pansement d'une blessure ou le désordre d'un vestiaire. Une approche bienveillante dans laquelle les joueurs gardent le boxer mouillé mais reviennent à l'herbe verte du stade, loin des studios léchés qui servaient de décor aux éditions précédentes.

La singularité de l’objet tient dans les paradoxes qu’il renferme : massifs et vigoureux, les corps y incarnent aussi bien les fantasmes d’une virilité millénaire que l'exaltation d'un homo érotisme encore plus ancien. Autant de contradictions mises en tension par une approche sincère, où la performance croise (parfois) l'autodérision. « Je crois que ce n’est pas parce qu’on est quelque chose qu’on n'est pas aussi l’opposé », conclut le photographe. On a peut-être trouvé la tagline du calendrier.

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