j'ai photographié la canicule de londres

Nick Waplington a passé l'été 2018 à l'Hackney Riviera, pour photographier les londoniens, harassés par la canicule, venus se réfugier dans cette oasis secrète.

par Ryan White
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04 Octobre 2019, 8:53am

En juillet dernier, de nombreux pays d’Europe connaissaient une vague de chaleur intense. La Grande-Bretagne se trouvait peut-être plus préparée que les autres : en 2018, elle vivait déjà l’une des canicules les plus fortes de son histoire. À Londres, le tableau était parlant : une chaleur suffocante dans le métro et les pubs bondés (Coupe du Monde oblige), des Londoniens en quête hébétée de la moindre parcelle d’ombre ou d’un point d’eau où se rafraîchir. C’est cette hystérie générale (et un peu exagérée, admettons-le) qui a poussé le photographe britannique Nick Waplington à s'intéresser aux groupes de personnes peuplant l’un des oasis les plus secrets de la capitale. « Tout a commencé quand mon fils, ses potes et d’autres jeunes gens m’ont parlé de cet endroit, raconte-t-il. J’ai décidé d’aller y piquer une tête pour voir de moi-même ce que ça valait. »

Connu localement sous le nom de « Hackney Riviera », cet endroit, c’est le bord de la rivière Lea, dans l’East London, où la jeunesse – mais pas que – se rend pour s’abriter de la canicule. Nick, dont le studio est situé à quelques minutes de ce petit Eden, décide rapidement de prendre son appareil avec lui lorsqu’il s’y rend, pour immortaliser la diversité des visages qui s’y retrouvent. « J’ai travaillé sur ce projet pendant les très chauds mois de juin et juillet 2018, pendant la coupe du monde, puis jusqu’au début du mois d’août, » précise-t-il. Jusqu’à ce que la canicule passe et que la Grande-Bretagne retrouve sa normalité grise. « Je suis parti en vacances en Espagne, et quand je suis revenu la parenthèse était finie. »

Hackney Riviera, le livre qui en résulte – publié par Jesus Blue, avec Jonny Lu en directeur créatif – tire le portrait d’un moment particulier, dans une ville qui ne l'est pas moins. En cherchant à capturer une atmosphère unique, « un peu sauvage, qui évoque le paysage d’une peinture victorienne, transposée dans le centre de Londres, » Nick a photographié tous les gens, amis, familles, qui animent ce lieu calme et reposant.

En gardant à l'esprit la période politiquement troublée que traversait alors la Grande-Bretagne (et qu’elle continue de traverser), on trouver dans ces images quelque chose de plus profond que l’illustration poétique d’une canicule. « Londres est un ‘refuge’ sous bien des aspects – un bastion de tolérance et d’inclusivité, comparé à de nombreuses autres parties du pays, éveillées par la crise du Brexit et divisées par les discours de Johnson et Farage, développe Nick. Le côté paisible et multiculturel de la vie londonienne avec le Brexit en toile de fond… J’espère que ces images permettront d'en garder le côté positif. »

Connu pour créer des vignettes enchantées de la société britannique – de l’intimité des familles aux coulisses d’Alexander McQueen – Nick parvient souvent à tirer d’une scène ses détails les plus subtils. Pour ce projet en particulier, le photographe a essayé de se faire le plus discret possible. « J’ai plusieurs façons de travailler, mais dans ce genre de situation, je vais toujours tenter de disparaître et de suivre ce qui se passe autour de moi. Aucune de ces photos n’a de ‘direction’, et personne ne pose. Il s'agit simplement ce que j’ai vu, mais je ne suis pas sûr que l’on puisse dire que c’est documentaire non plus. Les choses qui m’intéressent sont toujours très différentes de ce que ferait un photographe documentaire. La sensibilité et la vision de mon travail sont différentes. »

Le livre Hackney Riviera est disponible ici.

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Crédits


Photographie Nick Waplington

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.