funk et afrofuturiste, le son de gystère voyage en france (et vers l'au-delà)

De passage aux Transmusicales de Rennes, i-D a rencontré le musicien français caché derrière la funk cosmique de Gystère - un projet aussi visuel que sonore.

par Maxime Delcourt
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10 Décembre 2019, 1:05pm

À seulement quelques heures de son concert aux Transmusicales de Rennes – l’un des plus grands festivals français - Adrien Peskine, l’homme caché derrière l’entité Gystère, dit aborder l’événement avec candeur. Pour lui, hors de question de se prendre la tête, seul le plaisir compte. De toute façon, il semble avoir suffisamment confiance en ses morceaux et sa scénographie (soit de gros immeubles colorés en aluminium et des pyramides de deux mètres vingt) pour ne pas stresser au moment de présenter officiellement sa musique. « Une première », dit-il, même si Gystère a déjà eu l’occasion de jouer à Afropunk et à la Maroquinerie, en première partie du groupe de rock taïwanais Sunset Rollercoaster, dont il a réalisé un des clips.

Car le Français n’a rien d’un jeune premier. Voilà même plusieurs années qu’on le croise sur divers projets : aux claviers pour Cerrone notamment, au sein de différents groupes (Frer200) ou encore à la réalisation de multiples films/clips. N’est pas risqué d’avoir autant la bougeotte ? Lorsqu’on lui demande quelle est la limite entre diversité et dispersion, sa réponse fuse : « C’est la réalisation qui permet de tout relier ensemble. On peut avoir plein de couleurs ou d’influences différentes, l’important, c’est d’avoir des points de repère. C’est pour ça que, visuellement, je compose toujours à partir des mêmes cartons ou des mêmes objets : l’univers évolue, mais le fond reste le même. »

Vaste et surréaliste, l’univers façonné par Gystère se comprend aisément - il suffit d’en avoir les codes. De connaître le goût du Français pour l’esthétique VHS, celle avec laquelle il a grandi et qui lui paraît plus séduisante que celle des caméras 100 Hz, « à l’image trop nette et trop rapide ». De comprendre son attrait pour l’afrofuturisme, dans le sens où son œuvre entretient un lien intime avec la science-fiction, les super-héros et ses racines africaines (la soul, le rap, le jazz). De plonger en profondeur dans ses influences, des dessins animés du Club Dorothée ( Les Chevaliers du Zodiaque, Ken Le Survivant) aux jeux vidéos, en passant Funkadelic ( « Un groupe qui résume à lui seul la dimension de l’afrofuturisme »), Sun Ra et l’écurie Brainfeeder.

Mais impossible de catégoriser la musique de Gystère en la résumant à quelques points de repères. Quand on cite Pharrell, le musicien se dit flatté, mais refuse d’en être complètement rapproché : « À une époque, et notamment avec N.E.R.D., Pharrell m’a fait comprendre qu’on avait le droit de faire certaines choses musicalement. On sentait un vrai travail de réalisation et j’avais l’impression qu’on avait plein d’influences communes : le jazz-rock, le hip-hop, Stevie Wonder… Mais ce n’était pas le seul : des artistes comme Timbaland et Kelis ont eux aussi inventé une certaine idée de la pop, moderne et visionnaire. » En l’état, les morceaux de Gystère semblent aller dans le même sens. Futuristes, pas exactement tournés vers la redite de formes musicales passéistes, ils s’appellent « Womxn » ou « Time Machine » et s’entendent comme une machine à voyager dans le temps, comme une volonté de puiser dans les années 1970 et 1980 des sonorités aptes à être reformulées pour les décennies futures, sans jamais laisser de poussière sur les doigts.

Chaque morceau, chaque clip et chaque son semblent traversés par le désir de Gystère de ne pas succomber aux sirènes d'une industrie capable d'encourager à singer les tendances de l'époque pour s'assurer un profit. Lui préfère tout mélanger, s'amuser et affirmer sa liberté. La liberté de ne pas avoir à répondre aux attentes du public, de ne pas avoir à annoncer une date précise pour la sortie de son premier album (prévu pour 2020) et de ne pas être enfermé dans une catégorie bien définie par des médias habitués aux artistes facilement identifiables. Dans le programme des Transmusicales, par exemple, il est dit que Gystère « se révèle en tant que chanteur R&B romantique aux textes féministes ». Le genre de définition qu'il préfère éviter, par peur de passer pour un opportuniste : « Je pense que c'est incorrect de considérer un homme comme féministe, dans le sens où nous sommes le problème. Ce terme, selon moi, doit être réservé aux militantes. Ce combat est noble, et plus que jamais important, mais je n'ai pas envie de prendre leur rôle. Quant à l’aspect romantique de ma musique, je suis d’accord. Mais c’est davantage un romantisme kitsch que fleur bleue ».

Adepte des pas de côté, Gystère prend un malin plaisir à dézinguer d’impeccables mélodies, à désarticuler le rythme, à étouffer la moindre velléité de refrain. « J’apprends à me déprogrammer, à sortir des codes du système », dit-il. Et pour éviter de devenir cet homme-machine composant une musique âme, le Français a décidé de « travailler en gang », d’ouvrir sa funk à d’autres musiciens, eux aussi portés sur les musiques cosmiques, eux aussi issus de la diaspora. « Même si ma musique part d’une réflexion de compositeur, ce n’est pas trop mon délire d’être un artiste solo. C’est pour ça qu’une fois la musique composée, tout se fait en groupe, aux côtés de musiciens panafricains, d’origine camerounaise ou haïtienne. Après tout, voir la réunion de musiciens afro-descendants, c’est aussi ça la France ».

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