Courtesy of Mike Smith

Dans les 70s, Mike Smith a photographié les habitants de Boston comme personne

Artiste de renom, l'américain Mike Smith montre pour la première fois dans un superbe ouvrage les premières photographies qui l'ont guidé vers le succès et la reconnaissance de ses pairs.

par Patrick Thévenin
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05 Novembre 2021, 4:39pm

Courtesy of Mike Smith

Les photographes sont souvent taiseux et ce n'est pas l'artiste Mike Smith qui va prouver le contraire avec la sortie de l'ouvrage simplement intitulé "Boston", virée en images au travers des rues de Boston et de sa population dans les années 70's, dénué de tout texte et juste accompagné d'un mince communiqué de presse qui nous laisse sur notre faim plus qu'autre chose : "Après un incident malheureux dans les rues de Boston en 1976, qui lui a occasionné une blessure à la tête de la part d'un homme en colère d'avoir été pris en photo, l'artiste américain a alors troqué son petit appareil photo passe-partout, un Leica 35 mm, pour un Linhof Press 23 nettement plus volumineux et a alors commencé un travail photographique plus intime, délaissant la photographie de rue, pour figer des portraits des habitants de Boston. Il a ainsi dressé un inventaire détaillé des personnes croisées au hasard des rues de Boston, cultivant toujours une approche inclusive, sans jugement aucun, et directe. Son nouvel appareil, plus volumineux que son petit Leica, a finalement été un atout dans sa démarche, les gens se prêtant plus facilement au jeu. "Le moteur de ce travail, avant tout, explique Mike Smith, était mon adhésion sans réserve aucune à la photographie comme mode de vie. En tant que vétéran de la guerre du Vietnam (où j'ai découvert le médium pour la première fois) à l'âge de vingt ans, pour la première fois, j'ai compris que j'avais un avenir à poursuivre dans ce domaine."

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Courtesy of Mike Smith

Une approche voyageuse et sociale de la photographie

Mike Smith, 70 ans aujourd'hui, est né à Heldelberg en Allemagne en 1951, d'un père engagé dans l'armée américaine se retrouvant envoyé, accompagné de sa femme, combattre en Europe. La seconde guerre mondiale passée, juste âgé d'un an, Mike Smith se retrouve à Boston qu'il ne va plus quitter jusqu'à ses dix-huit ans où il est, à son tour, mobilisé par l'armée où il est envoyé au Vietnam et en Allemagne, une période où il découvre la photo et sa pratique le plus simplement du monde : "l'appareil photo que j'ai acheté possédait un manuel, je m'y suis plongé à fond, et j'ai appris sur le tas." Libéré de ses obligations militaires en 1972 avec les honneurs, il étudie alors au Collège of Art de Boston, en sort en 1977 avec un MFA (Masters of Fine Arts) en photographie, une discipline qu'il va enseigner, jusqu'à aujourd'hui, à l'Université de l'état du Tennessee. Tout en continuant son travail personnel, sillonnant cette partie de l'Amérique, son Amérique, en moto et documentant les paysages désertiques, les routes qui s'enfoncent dans le désert, les habitants qui y résident, les bâtiments désaffectés, l'architecture urbaine. Shootant patiemment tout au long des années des séries photographiques aux titres simples et évocateurs - "Windows on Tennessee", "Measure of Nature", "Easy Rider", "You're not from around here", "About Face", "Nothing Personal", dont plusieurs clichés ont été acquis, entre autres, par le Museum of Modern Art de New York et plusieurs autres institutions renommées. En plus d'être nominé parmi les finalistes du prestigieux prix de meilleur talent par le magazine Life qui a énormément fait pour la reconnaissance de la photographie.

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Courtesy of Mike Smith

Des visages qui racontent des histoires

Contacté par mail, sa manière de communiquer préférée, Mike Smith reste toujours aussi discret et laconique quand on le questionne sur son travail, et notamment le superbe ouvrage "Streets Of Boston" qu'il publie aujourd'hui. Soit 70 pages de déambulations dans les rues de Boston, entre 1975 et 1978, documentées par une centaine de portraits en noir et blanc sublimes, dont principalement des portraits, qui à eux seuls laissent cours à l'imagination véhiculant des histoires vécues ou imaginées. Ici en pleine rue, un jeune garçon qui surveille sa petite sœur installée dans une poussette, là une bande d'ados qui tuent leur solitude, plus loin des gens qui prennent le soleil au bord d'un lac ou trois jeunes mecs qui jouent les rebelles. Que les personnages de ses photos soient blancs ou Noirs, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, bourgeois ou SDF, sapés comme jamais ou casual, excentriques ou stricts, à chaque fois ce qui prend aux tripes est l'extrême bienveillance, doublée d'un immense respect, qui se dégage des portraits de Mike Smith. Un travail social qui passe surtout par le choix de ses visages, des gueules comme on dit à la différence des portraits lissés, filtrés et interchangeables de la génération Instagram, qui portent le poids de leur vie. Interrogé sur ces photos, leur work in progress et le message qui les sous-tend, Mike reste aussi peu dissert. Ainsi sur le choix des modèles, et la drôle de galerie saisie sur le vif qu'ils composent : "Mon choix était vraiment aléatoire, je ne cherchais pas tel ou tel type de personnage, tout dépendait de l'endroit où j'étais, de qui s'y trouvait mais aussi de qui me semblait le plus à même d'accepter d'être photographié. C'était il y a plus de quarante ans ! Est-ce que mes études en droit social ont influencé mes photos ? Je ne me souviens pas d'avoir été mû par autre chose que l'admiration que je portais pour des photographes qui m'ont beaucoup influencé comme Diane Arbus ou August Sander. Il faut aussi rappeler qu'à l'époque j'étais juste un jeune étudiant en photographie et cette série était mon premier vrai travail. L'idée était vraiment d'apprendre la pratique photographique et de me servir de ce travail pour entrer à Yale et curieusement il n'a jamais été montré jusqu'à aujourd'hui. Et puis, il y a quelque temps, je les ai montrées à un de mes amis qui, enthousiaste, m'a dit qu'il fallait absolument les publier. Et c'est vrai, qu'avec la sortie du livre, je reconsidère ce travail d'une manière très différente de l'époque. Je réalise à quel point ça a été fait avec attention et respect. Pour le médium utilisé, mais surtout pour les gens que j'ai photographiés !"

Mike Smith : "Streets Of Boston" - 123 pages - 53 euros (Stanley/Barker Editions)

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