Ces photos "not safe for work" capturent l'ambiance de quarante ans d'hédonisme

Le nouveau livre du photographe Nick Waplington Anaglypta nous emmène dans le tourbillon d’un voyage tapageur à travers la vie nocturne, les manifestations et les fêtes des années 1980 jusqu’à aujourd’hui.

par Ryan White
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20 Octobre 2020, 1:01pm

Anaglypta, le nouveau livre de Nick Waplington mis en page par Jonny Lu Studio, s’ouvre sur des photos en noir et blanc qu’il a prises et développées dans la chambre noire de son école. « Ces images souvent mal développées racontent l’histoire d’un jeune homme qui cherche quelque chose qui lui appartient, quelque chose à saisir et à garder près de soi. Ce sont ces premières photos qui ont définit là où le livre va ensuite » selon Nick.

En choisissant de se concentrer sur des images de manifestations et de musique, avec quelques auto-portraits en plus, le livre s’attarde sur les archives de Nick des années 1980 jusqu’à l’année 2020. « Ces photos ont été prises alors que je ne travaillait pas encore à un projet de livre, ni même d’expositions, c’étaient les soirées et les weekends et j’étais dehors avec des amis à profiter de la vie ». La toile de fond, une révolte sans repos, les liens qui tissent l’Angleterre, tout cela ne semble pas avoir changé en quarante ans.

nick waplington photography

La période que vous avez choisi, 1980-2020, a connu d’importants changements sociaux, politiques et environnementaux, mais sans aucun signe de ralentissement. Pourquoi avez-vous choisi de vous arrêter maintenant pour regarder en arrière ?

La pandémie m’a donné un moment pour regarder au-delà de mes projets très structurés de photographie ou de peinture pour me plonger dans mes archives. Il se trouve que quarante ans nous sépare de l’élection de Ronald Reagan et des débuts du néolibéralisme. Cette forme de capitalisme a maintenant atteint sa conclusion logique avec l’émergence d’hommes politiques populistes et puissants comme Poutine ou Trump. Je sais que je simplifie un peu en disant cela, mais cela m’a donné un fondement pour regarder derrière moi, regarder toutes ces images du quotidien prises pendant cette période qui s’est avérée être volatile. Ça m’a donné une chance de créer une oeuvre sur mon existence à ce moment-là, ou du moins en partie, car je vois bien la possibilité de futurs volumes pour représenter d’autres moments de ma vie. Heureusement, j’ai maintenant une importante archive qui me sert de base.

i-D a vu le jour en 1980, à un moment où les cultures underground et la vie nocturne étaient à leurs apogées. Voyez-vous des signes de mouvements de rébellion créatifs similaires à notre époque actuelle, si conservatrice ?

Et bien, je vois mon fils de quinze ans sur Snapchat à la recherche de fêtes ou d’autres choses à faire le weekend malgré le contexte du coronavirus, j’imagine que c’est une manière comme une autre de résister. Mais on vit dans une époque inquiétante, et je ne vois pas trop comment les choses vont pouvoir s’améliorer maintenant. Comme la plupart des gens ordinaires, j’ai un sentiment de futilité et d’impuissance face à l’extrême richesse qui semble être en train de remettre en cause la place de l’humanité sur la planète. Peut-être que la fin de l’espèce humaine serait une bonne nouvelle pour le futur de l’existence de la vie sur la planète. On a l’air de se diriger clairement dans cette direction. Le soir, je suis dans mon lit et je me demande comment je suis encore en train de faire de l’art, à quoi ça peut bien servir, et puis après on tombe dans le domaine de la métaphysique, quel est le sens de la moindre chose que l’on fait, et je ne veux pas tomber là dedans.

nick waplington photography

Seana Gavin et Vinca Peterson ont récemment publié leurs visions, quelque peu nostalgiques, de la culture des raves illégales des années 1990. Ça parait tout à fait pertinent avec ces fêtes similaires qui ont été organisées avec succès dans des forêts ou des hangars ces derniers mois. Avez-vous considéré documenter tout cela ?

Je n’ai jamais été une personne qui aimait les raves d’extérieur. Je me suis rendu dans quelqu’unes avec mon appareil, mais dès que le soleil se levait je trouvais ça trop déprimant. J’aimais la musique dans un contexte urbain. Mon truc, c’était les clubs petits et sombres qui sentaient la transpiration, des endroits où je pouvais aller danser avant d’être de retour au studio le matin. J’aimais particulièrement The Milk Bar à Londres et Save the Robots à New York, c’était des endroits avec tellement d’énergie, tellement fun. Je prenais le bus de nuit pour rentrer à la maison et j’étais déjà prêt pour le lendemain.

Au début du livre, on sent que vous aviez l’habitude de saisir la caméra pour shooter immédiatement. Est-ce que vous diriez que vous êtes habité d’un désir similaire aujourd’hui ?

Je n’ai pas perdu mon sens de l’émerveillement ni ma vision de ce qui me plait dans l’art. Chaque jour est toujours excitant pour moi et j’ai toujours hâte de la prochaine journée de travail. Je prends toujours un appareil avec moi quand je voyage bien sur. C’est indéniablement un plaisir de ma vie, et je ne le prend pas à la légère. Même si personne ne voit ce que je fais, je m’en fiche, rien ne pourra m’arrêter.

nick waplington photography

À part l’équipement et les budgets, qu’est ce qui a le plus changé dans votre photographie ?

Pour être généraliste, je dirai que l’émergence des réseaux sociaux et de la politique des identités a changé le travail de tout le monde, y compris le mien. J’ai un compte Instagram, et j’ai publié quelques zines, mais en même temps je peins tous les jours, ce qui est un processus beaucoup plus lent, à l’encontre de l’environnement instantané des réseaux sociaux, même si on peut voir mes tableaux sur Instagram. J’ai récemment terminé un projet dans mon studio intitulé The Cave, qui combinait ma photographie et mes peintures. Le modus operandi qui a toujours le mieux marché pour moi, c’est de commencer sans savoir où je vais. De ce moment hasardeux nait une rigueur dès que je développe les choses en termes de concept et de matériels et avec un peu de chance, je me retrouve avec une nouvelle oeuvre qui pousse ma pratique en avant.

Et pour terminer, que pouvez-vous nous dire du nom de votre livre ?

Lucky Jim, qui se trouve vers le début du livre, aimait fixer les motifs géométriques des murs Anaglypta quand il était défoncé à la colle.

Anaglypta 1980-2020" de Nick Waplington est composé de 512 photographies inédites, réalisées sur trois continents et quatre décennies. Achat via Jesus Blue.

Cet article a été initialement publié par i-D UK.   

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Credits


All images courtesy Nick Waplington/Jesus Blue

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