Courtesy of Fanny Bourdette Donon

Fanny Bourdette Donon ou l’art des belles relations

À la tête des relations publiques et projets spéciaux internationaux de Dior Beauty et de ses ambassadeurs, des diners mondains aux vacances avec Bella Hadid, Fanny Bourdette Donon est devenue une figure incontournable des initiés des « PR » de la mode.

par Claire Thomson-Jonville
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28 Mai 2020, 1:31pm

Courtesy of Fanny Bourdette Donon

Avec ses 181 000 abonnés sur instagram, son « dream job » auprès de la maison Dior depuis sept ans et son faux air de la chanteuse Aliyah, le succès de Fanny Bourdette Donon a de quoi donner le tournis. Mais derrière la « success story » de cette française élevée en Afrique, qui a passé la majeure partie de sa vie à l’étranger, se cache une travailleuse acharnée et une volonté à toute épreuve.

La « French Girl » a d’abord tenté de se faire une place à Los Angeles et New York dans le monde de la mode. Après avoir collaboré sur la marque Guilty Brotherhood, la jeune femme est contrainte d’y renoncer et doit recommencer à zéro. Mais sa rencontre, lors d’un diner, avec l’homme qui deviendra finalement son patron lui ouvre les portes de la maison Dior. Depuis, Fanny Bourdette Donon gère sa carrière d’une main de maitre lorsqu’elle ne part pas en vacances avec Bella Hadid.

Rencontre avec Fanny Bourdette Donon, à la tête des relations publiques internationales des projets spéciaux de Dior Beauty et Claire Thomson-Jonville, directrice de la rédaction i-D France.

Hello Fanny, nous sommes au début du déconfinement en France, peux-tu nous raconter où tu es aujourd’hui ?

Dès que le confinement a été annoncé, je suis allée directement dans le Sud de la France, mes parents ont une maison à Hyères. J’étais un peu affolée par la situation, je ne me suis pas trop posé de questions et cela fait maintenant plus de deux mois que j’y suis. Je trouve que ce confinement remet tout en question, je ne pense pas que l’on pourra retrouver notre vie d’avant. Cela m’a permis de faire un point sur ma vie que je n’avais jamais vraiment eu l’occasion de faire auparavant.

Peux-tu nous expliquer ton parcours et comment tu es devenue special projects manager pour Dior Beauty ?

J’ai grandi en Afrique où mon père était diplomate, j’ai donc passé toute ma scolarité là-bas dans des lycées français. Puis après avoir passé mon bac, j’ai dû rentrer en France et cela a été un vrai choc thermique. J’ai d’abord vécu à Nice, ville très orientée Front National et raciste à l’époque, donc c’était assez violent. Je ne garde pas de très bons souvenirs de mes années à la Fac, j’avais hâte de m’en aller et de faire autre chose. J’ai décidé de me relocaliser aux États-Unis et j’ai déménagé à Los Angeles. J’ai fait un Bachelor en marketing et merchandising au FIDM (Fashion Institute of Design and Merchandising) et j’ai enchainé les stages dont un qui a vraiment marqué ma vie.

Cette expérience pour une marque de jean a été très importante, j’ai grandi avec cette compagnie. Petit à petit, j’ai touché à tout et je suis devenue très proche de la personne qui a lancé cette marque. C’était une petite structure et cela m’a donné la chance d’avoir une vision à 360° tout en me montrant comment gérer une enseigne, surtout à l’époque. Le choix des toiles, la vente, les salons, c’était un autre monde et cela m’a énormément appris. Quand je vivais à Los Angeles, c’était l’époque de Ed Hardy, Von Dutch… ce n’était pas le Los Angeles d’aujourd’hui. Je suis partie au moment où la première boutique Maison Margiela a ouvert et je me souviens m’être dit : « Mince, là ça devient cool. »

Je rêvais de New York, donc j’y suis allée et avec mon partenaire de l’époque, nous avons monté une petite marque « Guilty Brotherhood », un peu du Vaccarello avant Vaccarello, robes sexy en cuir, style minimal. C’était une jolie aventure qui nous a beaucoup appris mais malheureusement la crise est arrivée, notre investisseur est décédé et on n’a pas réussi à continuer.

C’était une période complexe, on avait un modèle qui ne correspondait pas à l’après-crise. J’ai alors décidé de travailler pour d’autres personnes, notamment pour Maybelline autour des shows en backstage. J’avais toujours une passion pour le maquillage et les cheveux. Pour moi, tu peux avoir une très belle tenue mais si tu n’as pas le « hair and make-up », il manque quelque chose. Cela m’a permis de rentrer dans le milieu de la beauté et d’y travailler quelques saisons. Puis un jour, je me suis retrouvée à un diner avec Jérôme Pulis (Directeur de Communications International Dior-Parfums), on a parlé de tout et de rien et on a bien matché. Quelques jours plus tard, il m’a appelé pour me proposer un poste à Paris dans son équipe. Cela fait maintenant sept ans que je suis chez Dior. C’était la première fois à l’époque que je travaillais dans une grande maison et dans un grand groupe.

Quel a été ton premier projet déterminant durant ta carrière chez Dior ?

Quand je suis arrivée, il y avait énormément de choses à faire, il n’y avait pas Instagram et on ne connaissait pas encore les influenceurs. Je suis arrivée dans une maison qui était un peu frileuse, qui ne savait pas comment aborder le digital. Tout était encore à faire. Il fallait penser à la digitalisation, plus seulement au « print ». Ce qui m’a particulièrement touché, c’est l’aspect inclusif de mon travail et le challenge pour que les gens retrouvent les codes de la maison et son histoire tout en la rendant la plus actuelle possible.

Tu travailles sur des projets exclusifs, souvent avec des actrices, des influenceurs et des supermodels, selon toi à quel point est-ce important d’être présent sur les réseaux sociaux si tu veux faire de la mode ton métier ?

On parle beaucoup de l’évolution des influenceurs et honnêtement, je ne les vois pas disparaître. Les superstars vont rester dans le temps et lancer de nouvelles choses. J’adore voir comment les influenceurs parviennent à travailler leur image tout en séduisant un panel de marques différentes. Ce n’est pas évident car il faut que chaque marque se retrouve dans ce qu’elle te demande et que tu parviennes à retranscrire son ADN. Si tu fais une crème Nivea pour le corps il faut que ce soit différent d’un autre produit similaire. Être un bon influenceur, c’est un vrai talent. Si c’est pour être show off, cela ne sert à rien, autant s’acheter un appareil photo, mais si tu as un talent particulier, les réseaux sociaux peuvent le mettre en lumière. Aujourd’hui les mannequins qui marchent bien sur les réseaux sociaux ne sont pas forcément les plus beaux corps, ce sont des filles qui partagent ce qu’elles vivent avec leur communauté.

Comment se traduit cet esprit dans les projets pour Dior ?

Tout d’abord, je n’aime pas avoir l’impression de devoir cocher des cases. Ce qui est intéressant, c’est de parler de la spécificité de chaque personne. C’est pour cela que l’on choisi des personnalités différentes en fonction du projet et de sa cible aussi. C’est important de prendre en compte les marchés auxquels tu t’adresses. J’aime travailler sur la durée avec un talent. En général quand on commence à travailler avec nos « Dior girls » on fait ça petit à petit et on grandit ensemble. On communique énormément pour être à l’écoute de leurs envies tout en parvenant à nos objectifs.

C’est comme cela que tu es devenue amie avec Bella Hadid ?

Absolument. On avait beaucoup d’amis en commun à Los Angeles mais on ne s’était jamais rencontrées. Avec Jérôme, on se disait qu’il nous manquait quelque chose, on avait des très belles personnalités mais nous étions à la recherche d’une égérie qui incarne mieux l’époque. Puis je suis tombée sur Bella. À l’époque, c’était Gigi la star, mais Bella a toujours était une évidence. Pour moi, c’était une femme Dior de part son physique mais aussi sa façon de se mouvoir, de se déplacer dans l’espace. Puis c’est devenu une évidence pour tout le monde quand ils l’ont rencontré. C’est un véritable partenariat « successful » car Bella a aussi donné bien plus que ce que l’on n’aurait pu imaginer.

Est-ce que tu t’identifies à une génération ou à d’autres personnes de ton âge dans l’industrie ?

Non et je pense que c’est dû au fait que je n’ai pas eu accès aux mêmes choses que tout le monde pendant longtemps car je n’avais pas internet, j’étais vraiment dans ma bulle. Mes repères générationnels ont réellement commencé quand j’étais à la fac. Depuis sept ans, je suis passionnée par ce que je fais et à fond dans mon métier.

Le confinement a-t-il eu un effet sur ta façon de travailler ?

J’essaie de compartimenter davantage ma vie, avant je n’avais pas d’horaires et maintenant j’essaie de me forcer à m’imposer des heures de travail et de loisir, à faire autre chose. Petit à petit, j’essaie d’instaurer de nouvelles habitudes sur la durée. Ce confinement m’a notamment permis de réaliser que j’avais vraiment besoin de prendre plus de temps pour moi.

Dernièrement, on questionne sans cesse l’avenir des Fashion Week suite à l’annulation notamment des prochains défilés couture et homme. Que penses-tu de l’avenir des shows après le coronavirus ?

Je pense que l’on va devoir s’adapter mais je ne pense pas que cela disparaisse. Les défilés font partis de l’univers de la mode, c’est tellement important et magique ! Je ne crois pas en la fin des défilés et des Fashion Week, je crois en revanche à la fin d’un rythme qui devait s’arrêter et qui n’avait plus aucun sens, même d’un point de vue créatif. Aujourd’hui, j’ai envie de regarder l’avenir de la mode avec un oeil d’espoir et de me dire que nous sommes les acteurs de ce changement. Il faut mettre en place aujourd’hui les choses que nous avons envie de laisser pour les générations futures.

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