« Aujourd’hui, plus que jamais, tout le monde a besoin d’interaction humaine »

5 jeunes créatifs nous racontent comment ils avancent ensemble.

par Jack Sunnucks
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15 Octobre 2020, 4:21pm

Moving Forward Together, la punchline éthique qui guide Tommy Hilfiger cette saison, signifie trouver la force dans la diversité, unir nos communautés et s'élever les uns les autres. Il est maintenant clair que "la nouvelle normalité" n'est justement pas du tout normale, et pour de nombreux créatifs en particulier, cette année a été difficile. Comment préserver les rapports humains qui nous unissent alors que nous n’avons jamais été autant isolés ? À quoi ressemble le quotidien au taf à présent ?

i-D a demandé à cinq créatifs de répondre à certaines de ces questions, en leur demandant de se faire photographier par un ami ou un collaborateur ou, dans certain cas, de faire un autoportrait, afin de mieux comprendre à quoi ressemblent aujourd'hui la création et ses manières de fonctionner.

"Face à des défis sociaux et économiques invraisemblables, l'union fait la force", déclare Tommy Hilfiger, et tous ont exprimé leur joie de pouvoir à nouveau travailler en équipe. Kemar, graphiste et DJ, se sent plus que jamais lié à sa communauté de l'est de Londres, tandis que Nicole, mannequin et styliste à Berlin, essaie de changer l'industrie de la mode de l'intérieur. Magaajyia, actrice et réalisatrice à Paris, affirme que la réalisation de ses propres projets est "ce qui la maintient en vie", tandis que Dan, photographe à Londres, veut simplement photographier des gens qui ne sont pas sa sœur, son sujet préféré, avec qui il a passé tous ses moments durant le confinement.

Grâce à son initiative "Moving Forward Together", Tommy Hilfiger veut construire un avenir plus durable et plus inclusif. Ils ont invité les fans de la marque à collaborer à la personnalisation de leurs pièces préférées de Tommy, en recyclant de vieux vêtements pour le bien de la planète - sans rien gaspiller au passage. Durant la crise sanitaire, Tommy Hilfiger a fait don de vêtements aux premières lignes (personnel de santé) et a lancé une collecte dont tous les bénéfices seront reversés aux programmes dédiés à la lutte contre la COVID-19. Avec un seul but: libérer le pouvoir du collectif.

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Photographie Alexander David Kern

Nicole, mannequin et styliste, Berlin

Comment la COVID-19 a-t-elle affecté votre travail ?
Juste après la Fashion Week, je suis rentré chez moi et trois ou quatre jours plus tard, le confinement était annoncé. J'étais à la maison chez mes parents. Et puis le dernier mois, j'étais à Berlin, sans travail, ni possibilité de voyager. C'était pour moi le point de départ d’un nouveau cycle, un redémarrage.

Qu'avez-vous appris de cette situation ?
Sans travail d'équipe, l'industrie ne fonctionne pas aussi bien.

Comment était votre vie avant le confinement à Berlin ?
C'était la folie. C'est comme une vie souterraine, avec tout le monde connecté à la même communauté. Une fois que vous connaissez une personne, vous apprenez à connaître tout le monde. Il y a tellement d'artistes et de musiciens.

Comment avancer ensemble pour construire un avenir ?
Je me sens tellement soutenue par mon agent Alex. C'est mon meilleur ami. Nous faisons du stylisme ensemble. Tout est tellement plus facile avec quelqu'un à ses côtés pour travailler. Il fait de la photo et m'apprend beaucoup de choses.

Nous nous réinventons sans cesse avec nos propres idées sur la façon dont nous pouvons continuer à travailler dans la mode. Nous avons tout de suite accroché, et nous formons une équipe géniale.

Qu'est-ce qui vous donne de l'espoir ?
Cet été, le travail s'est soudainement rouvert et j'ai immédiatement ressenti à quel point c'était génial d'être à nouveau actif, entouré de personnes créatives. Sans travail d'équipe, l'industrie ne fonctionne pas pareil. Cela m'avait vraiment manqué et j'étais si heureuse que ça reparte enfin.

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Kemar, graphiste et DJ, Londres

Comment COVID-19 a-t-il affecté votre travail ?
Heureusement pour moi, dans mon secteur d'activité, les graphistes sont très demandés, car la seule chose à faire est de s'engager via la création et les médias sociaux. Par contre, du côté DJ, les choses se sont vraiment ralenties.

Comment avez-vous dû vous adapter ?
Heureusement, j'ai décroché ma série avec No Signal, nous faisons désormais mes émissions de radio depuis ma cuisine. Le rendu a été génial, très réussi. Je suppose que j'ai une vision positive, mais je sais que pour d'autres personnes, ça a été plus compliqué.

Qu'avez-vous appris cette année ?
Je vois maintenant que tout le monde a besoin d'interaction humaine.Cette période rassemble, parce que je pense que nous avons tous un peu les mêmes problèmes que ce soit à propos du travail ou de nos vies amoureuse. Je connais beaucoup de couples qui se séparent. En ce qui me concerne, ma petite amie et moi avons eu une relation assez forte.

Ressentez-vous un sentiment d'unité là où vous vivez ?
J'ai l'impression que beaucoup d’endroits ferment en ce moment, donc préserver les sites culturels locaux, surtout à Dalston [East London], est important pour moi.

A quoi pensez-vous que la solidarité va ressembler à l'avenir ?
Je pense que la scène des DJ,de la mode, va devenir underground. Et je pense que nous pourrions voir de belles choses - sans la pression et les restrictions qui s'appliquent habituellement.

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Magaajyia, acteur et réalisateur, Paris

Comment COVID-19 a-t-il affecté votre travail ?
En général, j'habite entre Los Angeles et Paris, mais depuis le confinement, je suis à Paris.  Je réfléchis à des histoires sur mon ordinateur et je fais des visios zoom avec mes potes, en essayant d'être créatif. J'envisage de déménager à Athènes ou à Londres.

Qu'avez-vous appris cette année ?
Qu'à ce stade, la mise en scène est ce qui me maintient en vie. Parce que si je devais seulement attendre les castings, ça pourrait être un enfer.

Comment avancez-vous ensemble ?
J'essaie simplement d'apporter le sens de la solidarité à mon travail, et de ne pas trop me concentrer sur l’aspect business. Donc pour moi, c'est important d'être créatif à Paris. Et cela a été très difficile, c'est pourquoi Athènes, pour moi, est une perspective, parce que les gens sont tellement ouverts à de nouveaux horizons. Et peut-être que le soleil aide, bien sûr [rires].

Sur quoi travaillez-vous maintenant ?
Mon prochain projet est un court-métrage, qui raconte l'histoire d'un magnat de l'immobilier qui se retrouve pris dans ce tourbillon du destin au cours d'une nuit. C'est un film-noir dramatique sur un entrepreneur de 60 ans qui est tombé en disgrâce, il passe de la richesse à l'absence de tout à la fin de la nuit... Je suis intéressé par les histoires de personnes âgées.

Avec qui allez-vous mettre en forme ce projet ?
J'ai un nouveau casting, un directeur de la photographie passionnant et un co-réalisateur. Et j'ai un petit rôle dans tout ça. Je cherche juste à obtenir le reste de mon budget, en espérant qu'il provienne de quelqu'un qui veut faire du mécénat plutôt que du business - parce que les courts métrages ne font pas d'argent !

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Dan, photographe, Londres

Quelle est la situation actuelle à Londres ?
À Londres, il y a une atmosphère assez bizarre en ce moment. Et je suis sûr que tout le monde s'en rend compte. C'est une tension très désagréable. Parce qu'il y a tellement d'incertitude. Certaines personnes sont vraiment craintives. D'autres non. Il y a donc un fossé entre les gens qui ont vraiment peur de l'avenir et ceux qui ne font que passer leur vie. C'est bizarre et malaisant.

Qu'avez-vous retenu de cette situation ?
J'ai apprécié de faire une pause, parce que tout était si mouvementé avant. Mais je trouve que c'est difficile de n’avoir rien à faire, j'ai besoin de mon taf pour me motiver et continuer... pouvoir créer à plus grande échelle. J'ai donc décidé que je devais le faire moi-même, et j'ai fini par photographier ma sœur, qui est maintenant mon sujet principal, je suppose. C'était assez limité, mais j'ai apprécié les limites.

Comment avancez-vous ensemble ?
Le week-end dernier, pour la première fois, j'ai demandé via Instagram à des gens si je pouvais les photographier en studio, et c'était super agréable de photographier de nouvelles personnes.

Jusqu'à très récemment, je prenais juste des photos de mes amis parce que c’est plus facile , je suis plus à l’aise - on se connaît, il n'y a pas de gêne. Je peux d’autant plus creuser leurs personnalités en tant que sujet. Il y a ce genre de lien entre moi et mon sujet parce que nous nous connaissons.

Avec de nouvelles personnes ou de nouveaux modèles, il faut établir ce lien avec eux. C'est un peu délicat au début, mais ensuite une collaboration intéressante peut se développer.

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Photographie Alexander David Kern

Yenni, mannequin, Berlin

Comment COVID-19 a-t-il affecté votre travail ?
Je voyageais beaucoup à Paris, et je travaillais sans arrêt, puis depuis mars, c'est devenu calme. J'étais tellement choquée. Je me demandais si je devais rester à Londres. Je suis donc rentrée en Allemagne et je suis restée chez mes parents pendant trois mois, et maintenant je vis à Berlin.

Qu'avez-vous appris de cette situation ?
Je suis heureuse d'avoir passé du temps avec ma famille, car je pense que cela nous a rapprochés. Et j'ai l'impression que nous avons tissé des liens plus étroits parce que nous avons passé beaucoup de temps ensemble. C'est l’aspect positif de cette crise finalement.

Comment avancez-vous avec vos proches ?
D'habitude, mes amis mannequins sont partout. Depuis que j'ai déménagé à Berlin, je me suis fait des amis qui sont ici - et je voulais m'installer ici depuis si longtemps sans avoir jamais eu le temps de le faire !

C'est comme une grande communauté. C'est fou parce qu'on peut tout trouver ici. Et j'aime la façon dont les gens s'habillent ici. Cela m'a vraiment inspiré, parce que tant de gens ont des looks si différents. J'aime être assis dans un café et regarder les gens passer. Et ici, les gens ne portent pas de talons, jamais. En plus, Berlin est entourée de nature et de rivières.

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