Courtesy of Alex Brunet

Lonely Band : « L’idée, c’est de créer des chansons intemporelles »

i-D est allé à la rencontre du crooner parisien, tranquillement installé dans son studio et prêt nous expliquer comment ses pop-songs, langoureuses et subtilement orchestrées, parviennent à rendre plus douces les nuits blanches.

par Maxime Delcourt
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14 Août 2020, 8:30am

Courtesy of Alex Brunet

Le studio de Lonely Band, situé du côté de Château Rouge, est installé dans les locaux de Stéphane Ashpool, le créateur de la marque Pigalle. Avec ses fringues posées ça et là, ses espaces dédiés au shooting et ses machines à coudre, l’endroit tient du loft d’artiste. Pratiquement tout ce qui s’y trouve semble favorable à l’acte créatif, y compris le studio de Lonely Band, construit à partir de différents matériaux récupérés à droite et à gauche. Comme ce parquet, vestige d’un défilé Nike en 2017. Ou ces différents meubles en bois, fabriqués à la main.

Depuis quelques mois, c’est dans ces locaux mis à disposition gratuitement, avec pour seule contrepartie de composer les musiques des prochains défilés de Stéphane Ashpool, que Lonely Band travaille son futur album. Ou du moins, le peaufine : « En général, dit-il, je compose chez moi avant de venir tout mettre au propre ici. J’apporte la touche finale à des morceaux déjà bien entamés et je travaille sur de nouvelles idées, ce qui me permet de trouver un équilibre entre deux ambiances différentes. »

Lonely Band a beau être ici chez lui, on le sent timide, réservé, peu à l’aise avec le format interview. Clairement, le Parisien fait partie de ces gens qui mettent un certain temps avant de se sentir suffisamment à l’aise pour se confier. Et on aime tout particulièrement cette retenue, cette fragilité évidente déjà perçue à l’écoute de ses différentes chansons. « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été sensible, précise-t-il, un sourire au coin des lèvres. D’ailleurs, un de mes projets devait initialement s’appeler « Un sensible »… Malgré tout, j’essaye de ne pas être trop sentimental. L’idée est de trouver l’équilibre entre une musique assez brute et des mélodies plus fragiles, mais c’est vrai aussi que je me suis toujours servi de la création comme d’un moyen de gérer toutes ces émotions. Y compris quand j’écrivais mes premiers textes, vers 11-12 ans. »

Quand on rencontre Lonely Band, 29 ans, on comprend un peu mieux sa vocation, sa croyance dans la capacité de la musique à affecter la vie des gens et le fait que ce genre de pop - des chansons qui parlent de relations amoureuses, de fantasmes encore inassouvis, de rapports charnels, de solitude, etc. - fournit aux gens comme lui le blindage nécessaire pour tenir le coup. « L’écriture, c’est le moyen d’expression ultime, affirme-t-il. Si tu sais écrire, tu n’as besoin de rien d’autre, c’est l’outil parfait pour véhiculer pleinement et parfaitement tes émotions, et donc retransmettre le plus précisément possible ce que tu ressens, ou qui tu es. »

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Courtesy of Alex Brunet

S’il avoue avoir mis un certain temps à trouver sa singularité musicale, le Parisien possède en tout cas une personnalité bien affirmée. Celle d’un jeune homme qui a longuement étudié le cinéma à l’université, s’est ouvert à la musique via le Vol. 2... Hard Knock Life de Jay-Z, « mon premier album acheté et la première fois où j’ai ressenti l’envie de ressembler à quelqu’un », s’est passionné pour les albums de Led Zeppelin ou Blonde On Blonde de Bob Dylan à la post-adolescence et s’est peu à peu constitué un solide cercle d’amis.

Jazzy Bazz, Jimmy Whoo, Bonnie Banane, Duñe x Crayon, The Hop ou encore Muddy Monk, dont il a assuré des premières parties : voilà l’environnement dans lequel évolue Lonely Band depuis quelques années. Un environnement essentiellement parisien, mais au sein duquel il semble s’épanouir. Parce que même s’il a besoin de concentration pour créer, il aime par-dessus « l’effervescence collective ». Et parce qu’il ne masque rien de sa passion pour la capitale française : « J’ai tout connu à Paris , les logements dans les quartiers bourgeois comme ceux plus modestes, donc mon attache à cette ville est presque métaphysique. J’aime son côté rapide, la poésie qui se dégage de ses rues, les expériences nocturnes que l’on peut y faire, mais également son héritage culturel. Ça nous fait comprendre que la création est un acte sacré, il faut être précautionneux. »

Une méticulosité qui, chez Lonely Band, n’annule en rien le sensible, le vivant, le tenu. Car, à l’écoute de ses différents morceaux, l’heure n’est pas à la démonstration de force façon élève appliqué, mais bien à la transposition d’un certain état contemplatif. « Gloire », son dernier single, en atteste avec éclat, ne serait-ce que grâce à ces paroles d’une extrême poésie (« Tu me reviendras/Ton parfum erre dans ma mémoire/Oui tu me reviendras/De l'attraction j'connais les lois »), à cette mélodie sophistiquée qui doit autant à Christophe qu’à Frank Ocean, et à ce refrain qui donne envie de redevenir adolescent et de se refaire briser le cœur. « « Gloire », c’est un titre que j’ai enregistré il y a deux ou trois ans à Ibiza, dans le cadre de la compilation Sound Of Paris . C’est Ulysse Cottin, le claviériste de Papooz, qui a posé les bases du morceau avant que je n’écrive quelques paroles dessus et qu’on aille peaufiner l’instrumentation à Question de son, un studio où on a pu ajouter des violons et tout un tas d’instruments. »

De gloire, il n’en est pourtant jamais question lorsque l’on discute avec Lonely Band, un de ces artistes pour qui l’idée de réussite est en fin de compte moins impérieuse que l’appel à servir un idéal plus noble. « Ce que j’aime dans la gloire, ce n’est pas la célébrité, mais les moyens que cela te donne pour te permettre de réaliser toutes tes envies et de porter tes différents projets. Je n’ai pas le désir égoïste de briller. Ce que j’aimerais, c’est créer un tout, quelque chose qui me permette de toucher aussi bien la mode que le cinéma, d’être entouré de gens hyper talentueux avec qui mettre en place des projets inédits. » Lorsqu’il prononce ces mots, Lonely Band est parfaitement conscient de la situation dans laquelle il évolue : celle d’un artiste indépendant, en développement, qui doit d’abord imposer son nom sur le devant de la scène avant de penser plus large, plus grand.

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Courtesy of Alex Brunet

Son premier album, True Lovers, paru en 2017, était une petite réussite, mais il est resté confiné au sein d’un cercle d’initiés. Désormais, Lonely Band chante en français, sait où il veut aller, se dit fier de ses nouveaux morceaux ( « Je sais que je pourrais encore les écouter quand j’aurais 60 ans ») et prêt à travailler sur un nouvel album. En préparation, mais sans deadline claire et précise : « Il ne faut pas sortir un album pour dire d’en sortir un. Il faut qu’il ait une couleur, un fil rouge, que ça sonne comme un enchainement de séquences dans un film et non comme une succession de clips ». Avant de se quitter, le Parisien en profite pour nous faire écouter son prochain single, à paraître à la rentrée. On comprend alors que la nervosité n’est définitivement pas son truc. Les synthés sont chauds et doux, le rythme est presque caribéen, ça parle de sexe, de nuits crapuleuses, et la voix est plus encline à la tendresse qu’à la colère. « L’idée, c’est vraiment de créer des chansons intemporelles », lâche-t-il. Ce qui est certain, c’est que de telles mélodies donnent envie de vivre vite cette expérience sensorielle sur long-format.

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