Léo Walk, l’art du freestyle

Léo Walk a 25 ans et déjà le monde à ses pieds. Issu de la culture hip-hop, le danseur et chorégraphe multiplie les collaborations et s’invite sur toutes les scènes avec sa troupe La Marche Bleue.

par Claire Thomson-Jonville
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06 Août 2020, 9:35am

Depuis qu’il est enfant, Léo Walk mène la danse. S’il commence à se faire connaître dans les battle de breakdance, c’est auprès de l’artiste Christine and the Queens que le danseur se révèle de scène en scène aux yeux du monde. Dirigé par la chorégraphe Marion Motin (Madonna, Stromae, Angèle), le jeune homme développe une véritable technique à laquelle s’ajoute une grâce naturelle et une grande liberté de geste.

Avec sa joyeuse bande de street danseurs, La Marche Bleue, Léo avance hors-cadre en continuant d’abolir les frontières entre les genres et les disciplines. Il séduit des marques tout en lançant sa propre griffe Walk In Paris et il s’invite même sur la scène de la salle Pleyel lors de la dernière cérémonie des Césars. Avec Première Ride, son premier spectacle qui débutera à la rentrée, la troupe de Léo débute un nouveau récit.

Léo Walk
Courtesy of Alex Brunet

Rencontre entre Léo Walk, danseur et chorégraphe de La Marche Bleue et Claire Thomson-Jonville, directrice de la rédaction i-D France.

Claire Thomson-Jonville: Hello Léo, on a fait connaissance pendant la préparation d’une performance à Biarritz pour Ralph Lauren. C’est la première fois que l’on discute ensemble pour i-D France. Alors, te souviens-tu quand tu as commencé à danser pour la première fois? C’est un talent naturel pour toi ou bien c’est avant tout beaucoup de travail?

Léo Walk: À un ou deux ans, je dansais déjà, j’ai toujours dansé en fait, c’était quelque chose d’inné. Tout petit, Je me mettais à danser de manière instinctive, comme les enfants qui se passionnent pour quelque chose puis qui le reproduisent à l’infini. Danser fait partie de moi et c’est vite devenu quelque chose de naturel.

CTJ: Quelle était ta conception de la danse en grandissant? Que t’a apporté ce métier?

Léo: Je ne me posais pas trop de questions, j’étais dans un milieu hyper vrai, avec des gens qui sont vraiment dans des vibes solaires. On passait nos journées à danser sans réfléchir, on était dans l’échange, on s’apprenait tous des styles et des pas de danse différents. On va dire que le milieu contemporain est un peu plus compliqué donc j’ai préféré me diriger vers ça tout en gardant une mentalité hip-hop.

CTJ: Où as-tu grandi?

Léo: J’ai grandi en banlieue, à Champigny dans le 94.

CTJ: C’est là que tu as pris tes premiers cours de danse?

Léo: Oui, c’était même les cours de la ville. On avait une session tous les mardis. J’ai commencé comme ça et très vite, de 9 à 15 ans, je me suis mis à faire beaucoup de battle.

CTJ: Ces battle, ces confrontations, ce sont des moments formateurs, non? Cela a-t-il bousculé ta vision de la danse? De la vie peut-être même?

Léo: Ça m’a surtout aidé à grandir en tant qu’homme parce que rentrer dans un battle, c’est quelque chose d’assez ghetto, il fallait une caution assez street. Il fallait rentrer dans le cercle et se battre contre les gars, montrer sa technique sans jamais baisser la tête. Ça m’a formé à vie. Grâce à ça, je crois qu’aujourd’hui peu de choses me font peur, s’il faut s’envoyer au casse pipe, pas de problème, je sais me défoncer.

Léo Walk
Courtesy of Alex Brunet - Sculptures "Double Goose", "Doudoune #1" et "Gaetan", ciment, résine et acrylique, dimensions variables, 2019 © Courtesy Galerie Guido Romero Pierini - Michael Timsit, vue de l'exposition hors les murs "So Close", Galerie Joseph, 116 rue de Turenne, Paris 3

CTJ: On voit que la mode t’intéresse et qu’elle compte beaucoup dans ton parcours. Tu as d’ailleurs collaboré avec de nombreuses marques: Lacoste, Jacquemus, Acné Studio, Nike. Peut-on dire que ton style a évolué à travers l’univers du breakdance ou bien est-ce venu plus tard?

Léo: J’ai toujours aimé choisir mes habits. Petit, J’étais un dingue de baggy! J’aime la mode, et ça fait longtemps que je la suis de près. Mais sans parler du milieu de la mode, parlons juste des habits, je trouve que c’est hyper important. Le stylisme donne une dimension à tout, que ce soit dans les films, des clips de musique, quand tu regardes une personne et que tu te forges ta première impression. C’est superficiel mais tellement important dans le milieu de l’art. Après le milieu de la mode en tant que tel n’est pas un milieu qui m’attire, au contraire, c’est plutôt un milieu qui me fait peur. J’ai tendance à mettre un peu de distance avec ça dans ma vie.

CTJ: En grandissant, qui était tes mentors, tes idoles?

Léo: Mes idoles, c’est vraiment des gars que personne ne connaît, genre Bboy Machine, Bboy Casper, des mecs du Bronx ou de Californie. Ce sont des personnes qui m’ont inspiré dans mes flows, mes vibes mais je n’ai pas eu de grosses idoles dans le monde de la danse.

CTJ: La musique, la mode, le style, la danse, pour moi c’est un peu un tout. Quel genre de musique écoutais-tu à ce moment là?

Léo: J’écoutais déjà de tout, pas forcément beaucoup de rap d’ailleurs. J’en écoute de temps en temps mais j’essaie surtout de découvrir des choses complètement différentes. Je crois que c’est ce qui nourrit ma danse même si, naturellement, je suis un breaker. Je fais du break-dance. Je crois qu’il y a assez peu de Bboy qui se sentent ambiancés par Sébastien Tellier. La plupart des breakers dansent uniquement sur du rap ou du breakbeat. Certains aujourd’hui se sont mis à le faire parce qu’ils trouvent ça stylé mais moi c’est vrai, je le ressens au plus profond de moi. Sur cette musique, je dois danser.

CTJ: Quel a été ton big break, l’élément déclencheur où tu t’es dit que tu allais en faire ton métier?

Léo: La tournée de Christine & The Queens, c’était un rêve. J’étais non stop en tournée, c’était une expérience inoubliable. J’ai senti un modjo comme il y en a rarement en France. Quand on a fait les premiers Coachella, il y avait vraiment une vibe folle. Pour autant, à cette époque, je ne me disais pas: “Je veux en faire mon métier”. On m’a tellement appris à ne pas concevoir la danse comme un métier ! Puis, je n’étais pas tellement considéré dans ce que je faisais. Que ce soit du côté de ma famille ou de mes amis, j’entendais plutôt : “Oui, oui, tu fais de la danse mais tu fais quoi à côté?”. Même quand j’étais en tournée avec Christine, je continuais en parallèle à être animateur en banlieue. J’avais peur que ça s’arrête du jour au lendemain.

Léo Walk
Courtesy of Alex Brunet

CTJ: As-tu l’impression de faire partie d’une génération ou bien évolues-tu dans ta bulle?

Léo: Je suis obligé de vivre dans une bulle parce que je suis dans une vibe où on met beaucoup en avant le rap et le ghetto. Ces vibes, je les comprends, mais moi qui ai vraiment grandi dans la street, j’ai plutôt envie de m’en sortir et de véhiculer des choses plus positives en allant vers des choses meilleures. J’ai l’impression que ma génération ne vit qu’à travers ce qu’elle écoute. J’en parlais avec Ichon, il a sorti un projet qui s’appelle Pour de vrai dans lequel il raconte que lui aussi se sent mal vis à vis de ça. Je me sens mal dans ma génération, c’est pour ça que j’ai créé Walk In Paris et tout ce qui va autour. Je veux véhiculer des vibes positives. Je trouve qu’on fait beaucoup semblant actuellement. C’est pour ça que j’ai créé Walk.

CTJ: Quels sont tes objectifs avec Walk et la Marche Bleue?

Léo: Avec Walk j’ai envie de commencer à faire des défilés, à pousser le concept le plus loin en terme de direction artistique. Pour La Marche Bleue, c’est la même chose. Je veux voir jusqu’où on peut aller. Mon rêve serait de créer un lieu géant où je pourrais réunir tous les arts. En ce moment, on est en train de faire une mixtape avec Walk. Pendant une semaine, on a loué un hôtel et on a réuni pleins de chanteurs, de rappeurs et de musiciens.  C’était fou ! Isha, Laylow, Nemir, Prince Waly, Sopico, Ichon… La mixtape va être incroyable. Ca nous a donné envie de monter un label.

CTJ: Quand tu collabores avec des artistes ou des marques, quel est ton processus créatif et comment t’adaptes-tu aux personnalités en face de toi?

Léo: Je pense qu’une de mes forces, c’est de sentir les gens. Je sais exactement ce qu’ils veulent, ce qu’ils attendent. Du coup, je ne peux pas aller à contre-courant de l’artiste. C’est valable pour moi aussi, si je travaille avec tel artiste c’est que je sais qu’il y a une cohérence entre lui et moi et que ça va couler de source. Jamais je n’oserais aller contre la personnalité d’un artiste, je vais au contraire tout faire pour le sublimer. Parfois même, certains artistes n’ont pas de vision d’eux-même alors que moi j’en ai une très claire. Je sais comment il doit s’habiller, se comporter ou jouer le truc sans en faire trop. J’essaie juste de le pousser dans ce qu’il est.

CTJ: Comment nourris-tu ta propre créativité?

Léo: Je voyage beaucoup. Je bouge non stop et dans des vibes complètement différentes. Je crois que ce qui me nourrit le plus c’est de me lever le matin et d’être avec des mecs qui sortent de prison et le soir de me retrouver avec des gens de la mode, des mecs parmi les plus hype de Paname. J’essaie de me nourrir de tout et c’est ce mélange qui me donne de l’inspiration.

CTJ: Quel est le meilleur conseil que tu aies jamais reçu?

Léo: Amuse-toi! On oublie parfois que c’est de l’art ce qu’on fait et on est très sérieux. Maintenant avec Instagram, la pression, l’argent derrière, il y a vingt personnes qui bossent pour moi mais il ne faut pas oublier que je vis ma meilleure vie!

CTJ: Quel regard portes-tu sur Instagram et les réseaux sociaux? Les conçois-tu depuis le début comme un outil business ou bien est-ce quelque chose que tu as du apprendre en chemin?

Léo: Ça a existé un peu par hasard dans ma vie, je ne l’ai jamais trop calculé. Mais quand je vois le nombre de followers et l’impact que cela a désormais, j’essaye de prendre du recul. Je ne montre même plus ma vie sur Instagram. Avant je pouvais mettre dix stories par jour, maintenant, je ne me le permets plus parce que derrière mon compte, il y a d'énormes contrats et des personnes importantes avec qui je peux  gérer un deal et qui pourrait regarder ma story. Tout est mélangé sur Instagram et en fait j’ai envie de revenir à un truc très simple, très sobre. J’ai envie de vivre ma vie pour de vrai, pas pour les réseaux. Il y a trop d’artistes qui se perdent dans ça. J’espère qu’on va revenir à quelque chose de très brut et que l’on ne va pas continuer dans cette superficialité, à se parler sans se regarder dans les yeux parce qu’on est sur nos téléphones... Je trouve ça chaud.

CTJ: Comme beaucoup de personnes, je t’ai découvert pendant le confinement, comment as-tu vécu cette période?

Léo: Je l’ai bien vécu parce que c’était la première fois que j’avais le temps de faire les choses, de réfléchir, de me poser, de créer et de me faire du bien. Ça fait quatre ans que je charbonne parce que c’est moi qui suis à la tête de mon business et que je porte vingt personnes. Je suis toujours dans le speed et là ça m’a fait du bien d’avoir le temps de m’inspirer, de m’écouter.

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