La galerie Emmanuel Perrotin transforme le Grand Palais en chasse aux trésors gigantesque

Pour pallier l’absence de la FIAC cette année, le galeriste Emmanuel Perrotin, se lance dans un projet hors-norme et qui peut rapporter gros. Alors ouvrez les yeux et les bons.

par Patrick Thévenin
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22 Octobre 2020, 10:32am

Cette année la FIAC, la foire internationale d’art contemporain, qui devait se tenir du 19 au 25 octobre, et rendez-vous international des galeristes, des marchands d’arts, des collectionneurs, des férus d’art et du grand public, n’aura pas lieu, épidémie de Covid oblige, et ce pour la première fois, depuis sa création en 1974. Si plusieurs contre-offensives de plus petite envergure se tiendront histoire de faire vivre l’esprit de la foire d’une autre manière (et ce dans différentes galeries, institutions, musées ou via des évents online), c’est évidemment le galeriste le plus facétieux, en la personne d’Emmanuel Perrotin et sa galerie du même nom, qui offre la proposition la plus démesurée, ludique et désirable. En effet, les samedi 24 et dimanche 25 octobre, dans la nef du Grand Palais entièrement vide, le galeriste qui ne rechigne pas à la provocation (il a vendu l’année dernière à l’Art Basel de Miami, une simple banane accrochée au mur par du gaffeur et conçu par Maurizio Cattelan, immense artiste iconoclaste) organise une immense chasse au trésor. Une quête d’un genre nouveau, puisqu’il s’agira de partir à la recherche de 20 œuvres (des originaux, des éditions, des multiples), offerts par les artistes que représente Emmanuel Perrotin et dont la valeur s’échelonne de 1000 à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Quand on le joint au téléphone, cet homme toujours pressé, entre deux rendez-vous et deux taxis, nous explique, avec une passion sans borne dans la voix, la genèse de ce projet totalement fou.

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Elmgreen & Dragset

Un projet né d’un coup de tête

« Il y a sept ans, j'ai proposé à Maurizio Cattelan de venir visiter le Grand Palais vide, en lui disant : « Écoute, si jamais tu es invité à faire Monumenta, c'est très important que tu connaisses le ressenti de l'endroit vide parce que c'est très spectaculaire. » Maurizio cherchait une idée, il n'en a pas trouvé pour qu'on fasse un Minimenta c'est à dire le contraire de Monumenta. C'est un peu la manière dont j'ai construit une grosse partie de ma carrière, c’est-à-dire, entre guillemets, ne pas attendre qu'on soit invité à faire des choses, mais essayer de les faire nous-mêmes. Il y a trois ans, j'ai eu l’idée avec les artistes Elmgreen & Dragset, de dresser mon stand de la Fiac, seul dans cet immense espace, mais un mois avant l'ouverture de la foire habituelle. On a eu 15.000 mille personnes en une journée avec un DJ set de Metronomy, c'était une expérience formidable. Et puis cette année quand j’ai appris que la FIAC était annulée, en passant devant le Grand Palais, je me suis dit que je devais proposer un évènement. J'ai contacté Chris Dercon, il y a une dizaine de jours, il m'a donné immédiatement son accord et on a fait le projet ensemble. C'est très rare de faire bouger une maison aussi importante que le Grand Palais et la Réunion des musées nationaux dans un délai aussi court. Chris a été évidemment extrêmement dynamique, je crois qu'il était séduit par la générosité du projet. »

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Daniel Arsham

Un projet qui effectivement semble avoir résonné dans la tête de Chris Dercon - historien de l’art, aujourd’hui Président de la Réunion des Musées Nationaux et du Grand Palais - comme il l’évoque dans le dossier de presse qui accompagne le projet. « Ces expérimentations font partie de l’histoire de l’art d’avant-garde, amenant certains artistes à aller jusqu’à cacher voire faire disparaître les œuvres. WANTED ! -, en coopération avec la galerie Perrotin, s’inscrit dans cette continuité, mais en pimentant un peu les choses… Oui j’aime visiter les galeries et les foires d’art et ces visites m’évoquent parfois une chasse au trésor. (…) En effet, le véritable amour de l’art est souvent une histoire de hasard : on trouve souvent ce que l’on ne cherchait pas vraiment. Et c’est vrai, dans beaucoup de collections publiques et privées les œuvres d’art sont… cachées au public. »

Bousculer le monde de l’art en ces temps troublés

Dans le lot des 20 œuvres proposées, et qui seront offertes aux heureux chanceux qui les débusqueront (mais avec l’interdiction de les revendre avant cinq ans), c’est un peu le gratin de l’art contemporain qui se bouscule (Chiho Aoshima, Daniel Arsham, Laurent Grasso, JR, Jean-Michel Othoniel, Takashi Murakami, Xavier Veilhan, Bernard Frize…), même si les plus importantes par la taille, donc difficile à dissimuler, seront cachées sous forme de fac-similé. Emmanuel Perrotin reste surpris par l’adhésion et enthousiaste quasi-immédiat des artistes qu’il a sollicité pour ce projet totalement gratuit, généreux ludique et bénévole. « Il y a seulement deux artistes qui ont refusé de participer, explique-t-il, mais c’était essentiellement dû à des raisons de mauvais timing. Et puis on ne pouvait pas inclure tout le monde. Vingt pièces, c'est déjà beaucoup ! Les artistes qui ont joué le jeu ont été extrêmement généreux et ont compris que lorsque qu’on traverse une situation aussi particulière et unique que celle qu'on vit aujourd’hui, c’est le bon moment de proposer quelque chose qui va à l'encontre de nos pratiques habituelles pour se ressourcer. Évidemment il faut que le public comprenne que les œuvres ne seront pas toutes cachées le premier jour à la première heure donc inutile de venir à l’ouverture des portes. On en place une ou deux par créneau horaire et si elle n'est pas trouvée, elle est remise en jeu dans le suivant, sinon, il n'y aurait pas de jeu jusqu'au bout du week-end. Mais on va essayer vraiment de faire que ça fonctionne bien. Il faut aussi songer que la FIAC est un moment qui célèbre l'art contemporain à Paris chaque année, où tous les grands médias grand public se mettent à parler d'art alors qu’ils n’en parlent pas le reste de l'année. Ce projet peut les intéresser et leur faire comprendre qu'on fait le lien avec des initiatives venant d’autres galeries. Le domaine de l'art, est souvent taxé d'élitiste, alors qu'en fait, on est un des rares domaines gratuits. Vous pouvez visiter toutes les galeries sans débourser un euro grâce à une minorité de collectionneurs qui achète des œuvres très chères et qui donne la possibilité au plus grand nombre d'y accéder gratuitement. Une galerie comme la mienne a toujours essayé de toucher un plus large public pour s'intéresser à d'autres pratiques et des projets comme WANTED ! y participent. Mais pour répondre à votre question précédente, qui était « Quel bénéfice j’allais tirer d’un tel évènement et comment le rentabiliser ? » soyons clairs. La vie n'est pas faite de moments qu'on rentabilise, il y a énormément de choses qu'on fait dans une galerie d'art, enfin quand c’est fait avec passion et avec engagement pour des artistes où on n'a aucun moyen de gagner de l'argent. Il y a des expos qui sont de l'ensemencement pour l'avenir, mais dont on tire par contre une fierté énorme, celle de participer à une aventure hors-du-commun. Récemment, quelqu'un que je ne connaissais pas m’a apostrophé me lançant un "Et alors, quand allez-vous refaire un projet comme celui que vous aviez fait au Grand Palais ? Est-ce que ça a participé à mon idée de me dire "Vas-y sois fou", refais quelque chose là-bas ? Allez savoir ! »

WANTED ! L’art est à vous au Grand Palais.

Les 24 et 25 octobre 2020 de 11h à 20h.

Réservation obligatoire ici.

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