Les i-D news music de la semaine

Sortie du premier album de Guy2Bezbar, Owlle érotise les corps accidentés, la relève du rap assurée par Le Fève, Anderson .Paak et Bruno Mars en plein délire rétro. i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
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19 Novembre 2021, 2:45pm

Guy2Bezbar raconte les coulisses de son premier album, Coco Jojo

« Coco Jojo, c’est un disque que j’ai bossé pendant près d’un an, aux côtés de quelques beatmakers avec qui je m’entends bien : Junior Alaprod, Twinsmatic, Richie Beats, etc. À chaque fois, on a cherché à avoir des échanges d’idées, dans le sens où c’est très rare que je me base sur une production déjà prête avant d’écrire. L’idée, c’est d’écouter un peu de sons, de poser les bases d’une mélodie et d’avancer ensemble, ce qui permet d’aller vers des sons que je n’imaginerais même pas pour moi à la base. À l’image de ce qu’il s’est passé avec « Ticket Gagnant », un morceau assez funk, qui représente bien ma jeunesse et toutes ces heures passées à écouter 2Pac.

À d’autres, moments, comme sur « Boy », c’est plutôt vers le son des Ghetto Diplomats que je suis allé. Tout ça pour dire qu’il y a plein de clins d’œil sur ce premier album, y compris aux musiques africaines, avec lesquelles j’ai grandi. Parce que j’avais envie de me faire plaisir, de tenter, et parce que j’ai tellement regardé de vidéos de studio, comme les sessions de Jay-Z ou de Pharrell, que j’aime bien m’inspirer d’un délire. L’objectif n’est pas de copier, simplement de montrer que Coco Jojo, cet espèce de double que j’incarne, est capable d’évoluer dans plusieurs registres. »

Sur le tournage de « La flemme », le clip touchant de Owlle

Le dernier single d’Owlle n’est pas seulement un tube, produit avec maîtrise par Surkin (Institubes, Prudence, etc.). C’est aussi un clip qui érotise les corps accidentés, abîmés dans le regard de l'autre et désormais prêt à se réinventer. Forcément, on a souhaité en savoir davantage :

« J’ai toujours eu le désir de danser, mais la confiance ne suivait pas. Sur “La flemme”, produit par Surkin, ça m’a pourtant paru être une évidence de reconnecter avec mon corps. Tout est parti d’une chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker sur laquelle le titre, encore à l’étape de démo, fonctionnait étrangement bien. Il y avait quelque chose de l’ordre de la répétition, de l’épuisement, mais aussi de la jouissance, qui collait parfaitement à ce que je ressentais. C’est ce type de physicalité que je recherchais. J’ai donc contacté I COULD NEVER BE A DANCER, que j’ai rencontré lors de mon premier album, et on est allé puiser dans quelque chose de plus intime encore.

L’idée de travailler autour de la contrainte, de mon propre corps et de ma propre histoire était un gros challenge qui n’était pas seulement physique mais aussi émotionnel. Au-delà du fait que je ne sois pas danseuse, je voulais que le tout reste vaillant à l'image. » Et I COULD NEVER BE A DANCER d’ajouter : « L'histoire racontée par Owlle nous a donné envie de créer une physicalité singulière, transcendant les faiblesses et restrictions pour accéder à un état à la fois équivoque et désirable. La contrainte imposée par le port des attelles et du corset pendant l'adolescence est exorcisée dans une danse qui érotise le corps brisé, invoquant les créatures d'Hans Bellmer ou de David Cronenberg. » À l'instar de Crash du réalisateur canadien, la parole est en effet devenue inutile : seul reste ce corps brisé mais sensuel, dont les mouvements participent à sa reproduction.

Il faut mettre du respect sur le nom de La Fève

Prendre les commandes des charts hip-hop est une chose, prendre le pouls de cette musique en est une autre. La Fève fait indéniablement partie de la deuxième catégorie, et pourrait résumer ses intentions par un bruit : « Bounce », ce son que l’on entend résonner tout du long de son dernier single, « Mauvais payeur », celui qui capte l’attention et accroche l’oreille. Il n’aura finalement fallu que deux minutes et vingt secondes au rappeur de Fontenay-sous-Bois pour devenir un ami à qui l’on ne veut que du bien. C’est que, aussi bref soit-il, ce single, basé sur la BO d’un jeu vidéo (Hollow Knight) et produit par le Bruxellois Demna (croisé chez Rowjay), contient suffisamment de gimmicks, de rimes noircies par le spleen et d’idées pour l’avenir afin d’emporter l’adhésion. En prime, La Fève a déjà eu l’intelligence d’enregistrer un EP avec Kosei (KOLAF), autre artisan d’un hip-hop qui regarde ailleurs. C’est beau, c’est novateur et ça annonce de beaux lendemains pour le rap. « Bientôt tu vois La Fève en figurine » : c’est une certitude !

3 raisons pour lesquelles il faut écouter Le cirque de consolation, le nouvel album de Léonie Pernet

  • Parce que la Française y mélange comme personne la pop occidentale aux musiques venues d'Afrique, le temps de quelques morceaux subtilement métissés.
  • Parce que Le cirque de consolation, avec toujours un sens de la mélodie séduisante, presque ludique, fait écho à l’intimité de son auteure : sa sobriété nouvelle, son envie de se connecter aux autres, son goût pour le romantisme noir de Baudelaire ou Lautréamont.
  • Parce que ce deuxième album s’entend comme le pendant lumineux de Crave, son premier long-format, avec davantage d'intentions pop et de passages chantés.

Entamer un dialogue avec Dieu aux côtés d’Ibeyi

D'un côté, deux jumelles franco-cubaines absentes depuis quatre ans du circuit musical : Ibeyi. De l'autre, l'une des dernières sensations du rap anglais, Pa Salieu, venu prêter mains fortes à ses nouvelles amies le temps d'un single censé annoncer l'arrivée prochaine d'un troisième album. Pour l'heure, c'est avec « Made Of Gold » qu'elles séduisent et mettent le paquet : un clip réalisé par Daniel Sannwald (Kali Uchis, Beyoncé, Travis Scott), un univers inspiré d'un tableau de Frida Khalo et des harmonies de voix qui rappellent à quel point le monde est plus doux quand les sœurs Diaz sont dans les parages.

À voir : A Man Named Scott, le documentaire sur Kid Cudi

Le documentaire est-il devenu la nouvelle tendance pour des artistes avides d'augmenter les ventes de leur dernier projet en date ? Après OrelSan et Angèle, en France, c'est au tour de Kid Cudi de dévoiler une part de son intimité avec A Man Named Scott, diffusé sur Amazon Prime Video. Ce qu'on y apprend ? Cinq faits essentiels :

1. Kid Cudi a quitté son poste chez Bape pour tourner en Australie et se donner une chance de réussir dans l'industrie musicale.

2. Son label ne croyait pas au potentiel de Man On The Moon, son premier véritable album, dépourvu d'un deuxième single aussi fort que « Day ‘N’ Nite », mais heureusement suffisamment bourré d'idées novatrices pour séduire. Ainsi de ces morceaux où il sample des groupes d'indie-rock, tels que Vampire Weekend ou MGMT.

3. Le rappeur américain a influencé toute une génération d'artistes portés sur les confessions intimes. À l'image de Lil Yachty qui, dans le documentaire, fait cet aveu : « Je voulais le remercier d'avoir été lui pour que je puisse être totalement moi ».

4. Un dessin animé sur son enfance a un temps été dans les tuyaux de la chaîne Adult Swim (Rick & Morty), avec Shia LaBeouf au scénario.

5. Après avoir touché le fond en 2016, au point d'être allé en cure de désintoxication pour combattre son addiction à la cocaïne, sa dépression et ses pensées suicidaires, Kid Cudi dit aujourd'hui vouloir proposer d'autres musiques, moins pessimistes, plus enthousiastes. On sera là pour l’écouter.

Traîner sur une île paradisiaque aux côtés de Lonely Band

Quelques mois après avoir dévoilé « Sauvage », un single à entendre comme la BO d'un amour d'été, avec tout ce que cela comporte de beauté et d’illusions, Lonely Band, annonce l'arrivée d'un nouvel EP (Hustler, le 3 décembre) avec un titre du même nom. Pour l'occasion, le Parisien a décidé de tirer sur la corde sensible et d’inviter la mélancolie en featuring, faisant de ces trois minutes et trente secondes (format pop par excellence) planantes l’hymne indispensable à tous les cœurs fragiles.

Coin de lecture : Get Busy, l’anthologie.

En 1990, le rap français n'en est encore qu'à ses balbutiements. À peine la première compilation (Rapattitude) est-elle sortie que, déjà, un passionné pense à fonder un fanzine. Son titre ? Get Busy. Son sous-titre ? « L'ultime magazine interdit aux bâtards ». Un ton à la fois libre, insolent et cynique qui en dit long sur son rédacteur en chef, Sear, mais aussi sur le contenu des différents numéros, volontiers arrogants et drôles, visionnaires et intransigeants. On y parle, dans un même élan, de hip-hop, de sport, de cinéma, de la voyoucratie et même du porno, dans des interviews au long cours, qui ont fait la réputation de Get Busy : Ice Cube, Gang Starr, Snoop Dogg, Passi & Stomy Bugsy, IAM, Doc Gynéco, DJ Mehdi, mais aussi Frédéric Taddéï, Eric & Ramzy, Benoît Poelvoorde ou encore Alain Chabat - ce dernier, proche de Sear, avec qui il a réalisé un documentaire sur NTM, signe même la préface de cette anthologie, à lire comme l’évidente radioscopie de la société française des trente dernières années. « Le hip-hop se doit d’éduquer autant que d’amuser », disent les gars d’Hijack dans une interview passionnante. C’était aussi ça Get Busy, décliné en chaîne télé depuis 2016 : traiter de sujets marginaux avec intelligence et une rare drôlerie. Avec, en tête, cette certitude : « La société s'est suffisamment penchée sur le hip-hop pour qu'aujourd'hui le hip-hop se penche sur elle ».

Comprendre l'univers de Damso à l'écoute de TheVie Radio

Jusqu'ici TheVie Radio était simplement l'un des morceaux les plus touchants de QALF, le dernier album de Damso. C'était aussi le fantasme de ses fans, qui savaient bien que le rappeur belge avait l'envie de créer son propre média. C'est désormais chose faite avec une station du même nom hébergée sur Apple Music. Pour le lancement de sa « sa radio sale », Damso a même accordé une interview d'1h30, au cours de laquelle il a confirmé ses projets en cours (un feat. avec Angèle, un autre avec Kalash), révélé ses derniers coups de cœur (Luv Resval, notamment), annoncé la sortie physique de QALF Infinity le 17 décembre prochain, et dévoilé une playlist où l'on croise aussi bien Teda Max, Gazo et Jay-Z que Young Thug ou 50 Cent.

Anderson .Paak et Bruno Mars redonnent des couleurs à la soul des 1970's avec Silk Sonic

À l'écoute de An Evening With Silk Sonic, premier album commun de deux artistes qui trainent ensemble depuis maintenant quatre ans, certains pourront regretter que la soul soit devenue une tradition que les musiciens protègent, ce qui est cool mais tout à fait contradictoire avec le souffle de liberté et de nouveauté qu'elle incarnait à ses débuts. On peut aussi, et c’est sans doute plus juste, simplement se réjouir que deux mastodontes de l'entertainment américain aient réussi à fusionner à ce point le temps d'un album qui croise le funk et la soul, la sensualité de Marvin Gaye au groove de James Brown. Autant dire que les clins d'œil rétro sont nombreux - le bassiste Bootsy Collins est même présent sur « After Last Night » -, mais ces neuf titres réussissent l'exploit d'être passéistes sans jamais sentir la poussière ou le renfermé. Ce sont des exercices de style, des tubes ultra efficaces, qui font du bien à la joie toute bête de taper du pied sous la table.

En France, personne ne fait de la drill comme Ziak

Aux yeux de ses détracteurs, Ziak n’est que la dernière mouture d’une longue lignée d’artistes drill qui, ces dernières années, tentent d’implanter le genre en France, conscients de tenir là la dernière évolution d’un genre musical (le hip-hop) en constante mutation. Impossible pour autant de limiter le rappeur du 91 à ce constat : Akimbo, son premier album, doit finalement autant à la drill UK qu’à d’autres formes de rap. Avec, toujours, cette intransigeance qui empêche tant d’artistes d’accéder à la singularité. Car, oui, si ces 17 morceaux étonnent, parfois intriguent, souvent passionnent, c’est aussi parce que Ziak met d’abord l’émotion à distance, contenant tout ce qui peut servir de prétexte à la rage ou à l’égotrip dans des morceaux aussi tranchants que les couteaux affichés dans ses clips.

Il y a tout de même quelques moments plus intimes dans ce premier long-format. Ainsi de « Shonen », où le rappeur, à défaut d'enlever sa cagoule, lève le voile sur ses sentiments, cède à l'intime et offre une bulle d’air à ce disque volontiers étouffant, parfaitement mis en son par une équipe de producteurs (Hellboy, Sam Tiba, Focus Beatz) visiblement prêts à faire de Ziak autre chose qu’un « Parasite » au sein du rap français. Les chiffres le prouvent : avec près de 5 millions de streams en à peine 24h, Akimbo est le cinquième plus gros démarrage de l’année, juste derrière les disques de Damso, Laylow, Booba et SCH. Alors, oui, les statistiques ne font pas tout, mais ça pose tout de même un phénomène.

La techno berlinoise, bientôt inscrite au patrimoine de l'UNESCO ?

Toujours aux avant-postes lorsqu'il s'agit de musiques électroniques, Berlin abrite surtout des passionnés, prêts à défendre leur culture jusque devant les plus hautes instances. Ainsi du collectif Rave The Planet qui, en plus d'organiser la Love Parade de 2022, entend faire entrer la culture techno de la ville au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Convaincus de leur mission, les mecs ont même réalisé un documentaire où des figures locales prennent la parole en faveur de leur projet : Ellen Allien, Dr Motte, Dimitri Hegemann, Alan Oldham, Sophie Augello ou encore Daniel Boon, tous sont persuadés qu'une telle reconnaissance permettrait de protéger la culture techno, de la reconnaître comme une forme d'art populaire et historique, mais aussi de favoriser la création de nouveaux clubs. Un dernier mot pour convaincre ? « La musique électronique et la culture des clubs se sont toujours distinguées par leur caractère exceptionnellement tolérant et pacifique. Autant qu’elles sont créatives, elles sont aussi démocratiques, multiformes et inclusives. »