Pourquoi je suis devenu accro à la série « Le Serpent » ?

Je m’étais pourtant juré qu’on m’y reprendrait plus, que ça en était fini des séries, pourtant toutes mes bonnes résolutions se sont fait piéger par « Le Serpent ».

par Patrick Thévenin
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18 Mai 2021, 12:43pm

Mini-série de 8 épisodes d’une durée d’une cinquantaine de minutes chacun « Le Serpent » raconte l’histoire vraie du serial-killer Charles Sobhraj. Un beau gosse au charme envoutant - d’où son surnom - qui, à Bangkok au milieu des années 70’s, a assassiné 18 personnes pour leur dérober leur maigres économies, organisé des trafics de fausses pierres précieuses, joué les fiers à bras tout en entretenant une petite cour pétrie d’admiration pour ce manipulateur de haut vol. Un personnage fascinant malgré sa noirceur incarnée et, c’est un des atouts majeurs de la série, joué par un Tahar Rahim qui se surpasse et méconnaissable : peau du visage soigneusement rasée, cheveux longs et plaqués, costume pastel Saint Laurent vintage, peau hâlée et lunettes de soleil plus stylées tu meurs. 

Réalisée et écrite par les anglais Richard Warlow et Toby Finlay, produite conjointement par la BBC et Netflix, le premier épisode de la série est le piège auquel il ne faut pas céder, l’appât qui vous entrainera jusqu’au bout de la nuit en binge watching effréné alors que toute personne normalement constituée sait comment toute cette sale affaire va se terminer : mal !

Amusant de constater à quel point la série génère de l’idolâtrie alors que beaucoup de détails sont carrément agaçants. A commencer par le système des flash-back incessants, qui rythment inévitablement le récit, mais compliquent la narration, par le nombre d’épisodes aussi, qui souvent tournent légèrement en rond, alors que réduire de moitié aurait suffi à composer un récit court et percutant, par les clichés dépassés sur les backpackers, ces hippies qui dans les années 70’s, décidaient de faire le tour du monde en quête de liberté, juste accompagnés d’un sac à dos de fortune, par l’atmosphère carte postale d’époque et postcoloniale de Bangkok, ses embouteillages effrayants, ses tricycles et son mélange de locaux, de touristes et d’expatriés. Mais surtout par les accents des différents protagonistes - et leurs intonations anglaises, françaises ou québécoises à couper au couteau - qui frôlent souvent la crise de rire !

En fait, à force d’y réfléchir tout en restant scotché devant chaque épisode attendant le suivant comme un boulimique sa prochaine ration de glucose, il devenait évident que la série était aussi addictive pas parce qu’elle jouait sur la fascination trouble que je ressentais pour le personnage maléfique du meurtrier (même je n’oublierais pas d’en parler à mon psy). Ni parce qu’elle se souciait comme de l’an quarante de toutes les préoccupations sociales ou politiques actuelles, non plus parce qu’elle évitait de nous refaire le coup d’un monde dystopique à venir, comme de nous promettre des énièmes saisons à venir (ouf !), mais surtout parce qu’elle sentait le lifestyle à plein nez, comme si on avait ouvert un vieux numéro de Vogue des années 70’s et allumé un cône d’encens. « Le Serpent », et c’est sa réussite première (en plus d’un casting époustouflant), se regarde comme on feuilletterait un magazine lifestyle surranné et chaque plan est un ravissement pour les yeux. Un kaléidoscope de costumes 70’s trop stylés, de lunettes de soleil vintage en écailles, de chaussures à talons compensés, de chemisettes cintrées comme plus personne n’ose en porter, de couleurs pastel à se damner, de porte-cigarettes en nacre du plus bel effet, de canapés vintage comme on n’en fait plus, d’objets déco qu’on a envie de subtiliser vite fait, de fauteuils en osier à nous réconcilier avec cette matière d’un autre siècle, de joints trop chargés et de piscines bleu azur accompagnées de leurs inévitables soirées dansantes où on se trémoussait plus qu’on dansait sur du rock psychédélique. Véritable voyage dans le temps, «Le Serpent » nous rappelait qu’il avait existé une époque où les téléphones portables n’existaient pas, où les gens ne faisaient pas de selfies pour tromper l’ennui, où les lettres se recevaient à la poste restante, où les chèques voyage existaient encore, où « Fumer tue » n’ornait pas les paquets de cigarettes, ou les voitures avaient l’air de sortir d’une usine de l’Allemagne de l’Est. En fait, « The Serpent » a le charme d’une capsule Gucci mise en scène par Wes Anderson et parsemée de détails kitch à la Martin Parr. C’est quasiment une série Instagram ! Et ce n’est qu’après mettre plongé dans le livre tibétains de la vie et des morts, la bible des hippies de l’époque, que je me suis dit que « Le Serpent » avait fait plus de dommages psychologiques sur ma santé mentale qu’un an de confinement et qu’il était temps de tourner le bouton de la télévision. Me jurant qu’on ne m’y reprendrait plus, tout en commençant le premier épisode d’ « En Thérapie » afin que, allongé les pieds posés sur le canapé, je déballe tout ça à Carole Bouquet !

« Le Serpent » série en 8 épisodes sur Netflix.

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