Les Reines de la Nuit, Christiane Spièro

7 trésors à découvrir au festival de films lgbt chéries-chéris

Pour sa 25ème édition, Chéries-Chéris propose à nouveau une sélection de films, documentaires et courts-métrages du meilleur de la production LGBT mondiale. En voici - parmi plus d’une centaine de propositions - nos coups de coeur.

par Patrick Thévenin
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15 Novembre 2019, 10:35am

Les Reines de la Nuit, Christiane Spièro

Indianara, Aude Chevalier-Beaumel & Marcelo Barbosa

D’origine brésilienne, travesti (elle se définit ainsi) depuis toute jeune, rejetée et chassée de chez ses parents à 12 ans, Indianara est une icône comme on n’en fait plus qui, après avoir traversé petits boulots, prostitutions et épidémie de Sida, va s’engager férocement en politique. Et faire de la résistance, de l’affirmation et de sa lutte sans merci pour les droits des gays, lesbiennes, trans, travailleur.se.s du sexe et travestis, le combat d’une vie. Suppléante à la Mairie de Sao Paulo aux côtés de Marielle Franco, Indianara a créé la Casa Nem, squat où elle offre un toit et à manger à des personnes LGBT à la rue, tout en tenant le rôle de mère suprême, à la fois autoritaire et bienveillante. Le documentaire d’une dureté sans nom (179 trans ont été assassiné.es en 2017) et parsemé de moments de bonheur salvateurs, dresse en parallèle de celui d’Indianara, le portrait d’un pays, le Brésil, qui s’enfonce dans la droite nationaliste la plus vile. À voir absolument.

Mercredi 20 novembre à 19H45 au MK2 Beaubourg.

Yours in Sisterhood, Irene Lusztig

Ms Magazine, dans les années 1970, fut un des premiers magazines américain et féminin grand public à véhiculer (tant bien que mal) une conscience et un engagement féministe. Un magazine qui chaque mois recevait des centaines de lettres de lectrices parlant de leur condition de femme, combattant la misogynie, la discrimination, le patriarcat et la masculinité toxique. Plus de 50 ans après, Irene Lusztig (à la réalisation, à l’image et au montage) a récupéré une bonne partie de ces lettres avant de s'engager dans une course folle à travers les États-Unis pour les faire lire par des femmes toujours dans le même cadre, brut et face caméra. Certaines lettres sont même lues par celles qui, à l’époque, les avaient envoyées. Le résultat, en forme de hastag/twitter de récits vécus, prouve malheureusement que les choses n’ont pas beaucoup évolué en 40 années. Mais, sororité oblige, que quelque chose se met en branle et que nous nous devons de l’écouter.

Mercredi 20 novembre à 17h35 au MK2 Beaubourg.

El Principe, Sebastian

Chili, années 1970, Jaime, jeune garçon la vingtaine beau comme un héros Viscontien, cheveux bouclés et corps fin dessiné, est incarcéré pour le meurtre, par jalousie extrême, de son amant. Le film du réalisateur Sebastian Muńoz, adapté du roman du même nom, suit l’arrivée et l’adaptation de Jaime à la prison. Un univers trouble dans lequel le jeune garçon va finalement trouver ses repères et ses marques. En forme quasiment de huis clos, dans une cellule partagée entre plusieurs détenus et gouvernée par El Potro, un cinquantenaire cinglant qui va tout de suite faire de Jaime son préféré, son protégé et son amant, « El Principe », tout en confinement, homo-sensualité et violence sourde, montre la drôle de relation amoureuse et sexuelle qui va se nouer entre le vieux dur à cuire et le jeune voyou sensible. Certainement un des plus beaux films de ce festival.

Samedi 23 novembre à 22h05 au MK2 Quai de Seine et mardi 26 novembre au MK2 Beaubourg.

Darkrooms (Drop of Death), Rosa von Praunheim

Signé Rosa von Praunheim (cinéaste culte du nouveau cinéma allemand dans les années 1970), Darkrooms (Drops of Death) est peut-être le film le plus angoissant de la sélection 2019 du festival Chéries-Chéris. À l’origine du scénario, un fait divers qui a déchainé les passions en 2005 en Allemagne. Lorsqu’on a découvert que Lars, jeune gay qui venait de s’installer à Berlin avec son fiancé Roland, entretenait une double vie sous son apparence calme d’infirmier et s’évadait le soir pour draguer et empoisonner des garçons au GHB, dont trois décéderont. Entre docu et fiction, Darkrooms retrace le parcours du meurtrier, sa vie en couple, sa dualité, le procès et les audiences des témoins. Mais surtout dresse le portrait d’un homme qui n’a jamais exprimé ni regrets, ni remords, ni donné la moindre explication éventuelle à ses actes. Complètement glaçant !

Jeudi 21 novembre à 19h55 au MK2 Quai de Seine et mardi 26 novembre à 16h30 MK2 Beaubourg.

Les Reines de la Nuit, Christiane Spièro

En se plongeant côté coulisses dans le monde à la fois feutré et extravagant des transformistes, Christiane Spièro donne à voir une galerie de personnages, tous plus touchants les uns que les autres, pour qui le transformisme a été la révélation pour laquelle ils ont tout abandonnée. Passant de Chez Michou à l’Artishow, institutions légendaires, la caméra de la réalisatrice s’attarde plus sur les parcours cabossés de ces garçons, des jeunes aux moins jeunes, leur rapport trouble avec leurs personnages, leur vie amoureuse compliquée, leur rapport à double tranchant avec leur public. Loin des plumes et des paillettes et des roulements de trompette, « Les reines de la nuit » fait descendre ces stars d’une vie de leur piédestal, le temps de fouiller ce qui peut bien se cacher ou se tramer derrière le maquillage, les perruques et les faux seins.

Samedi 23 novembre à 19h55 au MK2 Beaubourg.

Jonathan Agassi Saved My Life, Tomer Heymann

Yonatan Langer - plus connu sous le pseudo Jonathan Agassi - a été découvert par le réalisateur de porno gay Michael Lucas et révélé par le film culte Men Of Israel en 2009. S’en sont suivies une dizaine d’années, où Jonathan a été propulsé comme une des plus grandes stars du porno, avec ses muscles saillants, ses tatouages de partout, sa barbe de trois jours, son cul et sa bite parfaits. Fasciné par le personnage, le réalisateur Tomer Heyman a suivi Jonathan Agassi près de huit ans entre Tel Aviv et Berlin, tout en ne dissimulant rien. Ni la trivialité des tournages qui s’enchaînent, ni la déshumanisation du sexe, ni les fans transis autour du monde, ni les shows non simulés en boite de nuit, mais aussi les drogues et la prostitution. Descente aux enfers sans merci, Jonathan Agassi Saved My Life est surtout, au-delà du sulfureux, l’histoire d’un jeune mec peu sûr de lui, que la pornographie va rendre plus fort mais aussi plus vulnérable. Mais surtout un témoignage fantastique sur les rapports entre une mère et son fils homo, qu’elle a toujours senti plus fragile que ses autres enfants, et qui a décidé d’être toujours là quand il aura besoin d’elle. Poignant.

Mercredi 20 novembre à 22h10 au MK2 Quai de Seine et samedi 23 novembre à 22h05 au MK2 Beaubourg.

Lagerfeld Confidential, Rudolphe Marconi

En 2008, le réalisateur Rudolphe Marconi (Le dernier jour, Ceci est mon corps) décide de suivre pendant deux ans Karl Largerfeld au plus près instaurant au fil des mois une relation de plus en plus proche et intime. Le couturier/styliste/homme d’affaires (et capable de tout faire) est alors au maximum de sa gloire et pas encore la marionnette fashion qu’il deviendra plus tard. Ici pas de grandes théories sur le vêtement, pas de descentes dans le rush des défilés, pas de show-off permanent, pas de mannequins au bord de l’évanouissement… Même si la vie de Lagerfeld, en course permanente, n’a rien de banal, la caméra se penche plutôt sur Karl et ses divagations, Karl et sa maman, Karl et la solitude, Karl et le sexe, transformant le docu en une sorte de conversation fascinante qui fait de Lagerfeld Confidential une des plus beaux films qui lui ait été consacré.

Samedi 23 novembre à 15h30 au MK2 Beaubourg.

Chéries-Chéris (Festival du film LGBTQI & +++ de Paris) MK2 Bibliothèque, Quai de Seine et Beaubourg.

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