Photographie Lloyd Ziff

l'histoire (secrète) du premier shooting photo de robert mapplethorpe et patti smith

Les photos inédites de Lloyd Ziff posent un regard intime sur la relation mythique entre Robert Mapplethorpe et Patti Smith, avant qu'ils ne deviennent les icônes que l'on connaît.

par Ryan White
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16 Octobre 2019, 9:14am

Photographie Lloyd Ziff

1964 : le photographe Lloyd Ziff et Robert Mapplethorpe se rencontrent pour la première fois. Ils viennent alors de rejoindre les rangs du Pratt Institute de Brooklyn, où ils sont engagés en section « Communication Arts ». Et s’ils ne deviennent jamais très proches pendant leurs années d’études, ils restent des amis distants. Après avoir décroché son diplôme, Lloyd – qui pratique déjà la photo – cherche des visages marquants à immortaliser. « Je n’avais jamais pensé à faire de la photo avant que mon coloc de fac ne me prête son Rolleiflex et m’apprenne à développer des pellicules dans notre placard, se souvient Lloyd. Pendant mon dernier semestre à Pratt, j’ai pris un cours d’introduction à la photographie et mon professeur, Arthur Freed, m’a appris deux leçons, les plus précieuses que je connaisse. Un : l’important ce n’est pas ton équipement, c’est ton œil. Deux : c’est facile de faire une photo méchante et peu flatteuse ; c’est beaucoup plus dur d’en faire une bienveillante. »

À l’époque, Robert et Patti Smith sont en couple et, surtout, ils sont « beaux et intenses ». En d’autres termes, des « sujets photographiques parfaits » pour Lloyd. Naturellement, il leur demande la permission de les photographier dans leur appartement de Hall Street – « ils ont tout de suite accepté ». Lloyd n’utilise alors qu’une seule planche contact – il a peu d’argent, et ne peut se permettre qu’un rouleau de pellicule – mais ses images, brutes, graineuses et en noir et blanc, capturent avec style et simplicité la beauté du couple. « Tous les gens que je connaissais étaient jeunes, pauvres, souvent défoncés, raconte Lloyd à propos de cette ère new-yorkaise. En école d’art et après, nous étions tous liés par l’envie de faire de grandes choses. »

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Un an plus tard, Lloyd déménagent à Manhattan, dans un appartement en sous-sol sur Charles Street, dans le West Village. Robert et Patti vivent quant à eux au Chelsea Hotel. Robert demande à Lloyd s’il peut prendre des nus de lui et Patti, encore – apparemment – en couple. Les images sont prises peu de temps avant que Robert ne devienne incontournable des bars gays underground et des spots cruising de la ville. Ce n’est qu’en 1972 que Robert rencontre le curateur artistique et collectionneur Sam Wagstaff, avec qui il se lie d’amour. Lloyd décrit le Robert de cette époque comme « silencieux, plutôt ironique et ambitieux ». En observant les images du photographe, il semble évident que le duo a déjà en tête le genre de travail qu’il entend créer. « J’ai supposé qu’ils étaient en couple, même si Robert et moi sentions l’un chez l’autre quelque chose que nous n’osions pas nous avouer dans les années 1960… le fait que, peut-être, nous étions tous les deux gays. Mais peut-être que je projette. Nous n’en avons jamais parlé avant le milieu des années 1970. »

Comme le raconte Patti dans ses mémoires, Just Kids, Robert se désintéresse rapidement du projet dont les nus font partie (un film animé les mettant en scène dans « un Jardin d’Éden tantrique »). « Comme l’a écrit Patti, ces portraits sont les premiers à les avoir jamais montrés en couple. Je pense qu’ils ont vraiment aimé poser, et moi, il me tenait à cœur de faire des portraits beaux et forts de ces amis qui me fascinaient. » Dans son nouveau livre, DESIRE, Lloyd réunit ces deux shoots photo, imprimés pour la première fois et agrémentés de documents propres à cette époque. DESIRE témoigne de l’expression artistique de deux personnes, juste avant qu’elles ne fassent partie des artistes les plus respectés du 20 ème siècle – chacun dans leur(s) domaine(s). « Comme mon amitié avec Robert a duré jusqu’à sa mort, j’ai inclus dans le livre une lettre qu’il m’a écrite en 1975, explique Lloyd. J’ai adoré partager son excitation quand une galerie new-yorkaise a décidé de présenter son travail. »

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Après la mort de Robert, Lloyd perd Patti de vue. « Je l’ai revue, très brièvement, lors de ses lectures ou ses performances, » assure-t-il. Mais lorsqu’elle se penche sur l’écriture de Just Kids, elle contacte Lloyd dans le but d’utiliser ses images. « Elle m’a téléphoné en 2009 pour me demander si elle pouvait publier quelques-uns des portraits de Hall Street. Bien entendu, j’étais honoré et heureux d’accepter. Quand le livre est sorti, j’étais surpris d’y voir mon nom cité ! Elle m’a rappelé en 2018 pour publier l’un des portraits nus de Robert, daté de 1969, dans la réédition ‘artistique’ du livre. Encore une fois, j’étais heureux d’accepter. »

« Je n’ai rien fait de ces photos pendant 40 ans, mais depuis que Patti a écrit à leur sujet, j’ai décidé de les partager avec le monde. La Danziger Gallery de New York City m’a offert une petite exposition en 2013. Grâce à cette présentation, Nick Groarke, l’éditeur Anglais, m’a proposé d’en faire un livre, raconte Lloyd. Je n’ai jamais considéré ces premières photographies comme de l’art. J’essayais simplement d’apprendre et de réagir à la beauté. Mais ces images documentent, malgré tout, une époque particulière. Maintenant que plus de 50 années ont passé, elles sont aussi devenues témoins d’une époque où deux des artistes américains les plus importants étaient simplement très jeunes, très beaux et très ambitieux. »

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Cet article a été initialement publié dans i-D UK.

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