Image extraite du film Plein Sud de Sébastien Lifshtz. 

10 expos à ne pas manquer cette rentrée

Au programme : camp, yoga et karaoké japonais.

par Rémi Guezodje
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11 Septembre 2019, 12:11pm

Image extraite du film Plein Sud de Sébastien Lifshtz. 

Sébastien Lifshitz, rétrospective et exposition (en présence du cinéaste) au Centre Pompidou, Paris

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Sébastien Lifshitz, L'Inventaire Infini

Pour ceux qui ne connaitraient pas le travail de Sébastien Lifshitz entre photographie, cinéma et commissariat d’exposition, le Centre Pompidou offre la possibilité de découvrir son œuvre fascinante dans le cadre du Festival d’Automne. À travers 14 films (dont Les adolescentes, son dernier long-métrage encore inédit en salle), le cinéma du Musée national d’art moderne projettera la délicatesse et la force politique des images composées par Sébatien Lifshitz, dont le bouleversant documentaire Les Invisibles, récit de la mémoire homosexuelle avant 68 ou encore La Traversée, sur la quête du père absent et fantasmé. Du 4 octobre au 11 novembre.

Les infamies photographiques de Sigmar Polke au Bal, Paris

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Jusqu’à ce que le Bal vienne les réveiller dans une exposition monographique, une centaine de tirages sans titre ni date dormaient paisiblement dans le sous-sol du fils du peintre et photographe Sigmar Polke. Des photographies exhumées de ses tirages expérimentaux modifiés dans l’obscurité d’une chambre noire. À travers l’abondance et la diversité de ses techniques, ses références pop et alternatives, Sigmar Polke fait du tâtonnement son propre objet d’étude. Contaminées, diluées, oxydées, tachées, ses images témoignent d’une contre-culture aujourd’hui disparue. Du 13 septembre au 22 décembre

Quatre Coeurs, Cecilia Granara chez Exo Exo, Paris

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Cecilia Granara, jeune artiste italienne de 28 ans, exposait déjà à Paris au printemps dernier à la Galerie Jousse Entreprise mais cet automne, la peintre pose ses toiles colorées chez Exo exo - fameux artist run space de Belleville, pour un solo show aussi guilleret que truculent. Elle peint et met en scène notre quête plus ou moins spirituelle de bien-être et de plénitude. Ses couleurs soutenues et la liberté de son trait font fléchir les corps : les femmes peintes par l’artiste ne sont plus des effigies coincées dans des poses lascives et inconfortables, les corps osent s’affranchir des canons de la peinture ancienne et de l’impératif de séduction. Avec un humour grinçant, le corpus zen de Cecilia Granara interroge directement le phénomène du self-care. Plus efficace que le yoga ? Un expo à découvrir du 14 au 28 septembre.

Fucking Perfect Body Double 36, Brice Dellsperger à la Villa Arson à Nice

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Petite séance de rattrapage pour ceux et celles qui seraient passées à côté. À la Villa Arson, depuis cet été, trônent quelques écrans télévisés sur lesquels le performeur habitué du cabaret Manko, Jean Bich, déroule une danse ultra-camp en justaucorps et talons pointus. Une vidéo qui s’inscrit dans une série au long court, « Body Double », directement inspirée du film éponyme de Brian de Palma. À la façon d’une doublure de cinéma, Fucking Perfect Body Double 36, apparaît comme le rejeton arty d’un autre classique (oublié) des années 1980, Perfect, dans lequel Jamie-Lee Curtis campe le rôle d’une prof d’aérobic et Travolta, celui de son élève. En saisissant toute la puissance queer de l’aérobic et des années 1980, l'artiste Brice Dellsperger nous offre une autre perception des corps : ambiguë et libre. Courrez-y, vous avez jusqu'au 13 octobre.

For Those who think Young, Olivier Millagou, La Tour-Panorama, Marseille

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« For those who Think Young », c'est le slogan qu'a choisi Pepsi en 1961 avant qu'il ne devienne, trois ans plus tard, le titre d'un surf movie fascinant. For those who Think Young c'est aussi une exposition qui campera bientôt à la Friche la Belle de Mai. Dans un espace immersif conçu pour l'occasion, Olivier Millagou revisite la trame narrative du film et en montre l'envers : si la version de 1964 tend à montrer une société américaine blanche et consumériste, heureuse et soumise, l'artiste s'engage à révéler la part d'ombre de cet American Dream, comme les mouvements des droits civiques afro-américains et la guerre du Vietnam principalement. En levant le voile sur l'autre penchant de l'Histoire – celle que le récit collectif préfère souvent occulter – Olivier Millagou dénonce l'avilissement des cultures lointaines et l'illusion dans laquelle nage (depuis toujours) la société américaine.

Trans/humance, monographie au MAC VAL, Vitry sur Seine

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« Trans/humance » est la première monographie d’envergure consacrée à l’oeuvre de Nil Yalter, artiste féministe franco-turque qui ne s'interdit aucun support – peinture, dessin, vidéo, photographie, collage, performance, installation. L’expo montre aussi bien ses tableaux constructivistes des années 1960 que ses réflexions sur les questions d'immigration, de genre et de classe dans une perspective double et constante : celles du marxisme et du féminisme. Si les pièces de Nil Yalter sont emblématiques des luttes et des désirs du siècle dernier, les dessins, photos argentiques et Polaroid font écho à notre époque. « Trans/humance » n’est pas qu’un large panorama des 1960 années de création de Nil Yalter, elle permet aussi de mettre en perspective les tiraillements de notre société toute entière. Du 5 octobre au 9 février.

Back Side / Dos, Musée Bourdelle, Paris

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Surface réduite à un angle mort, le dos se regarde rarement et assez mal, détrôné par notre obsession pour le visage et l’impératif de considérer le monde « de face ». C’est à cette perspective de l’envers que s’attaque le musée Bourdelle avec l’exposition Back Side/Dos à la mode – une exploration du dos à travers la mode et la sculpture, deux champs dans lesquels s’exprime une pensée de cette partie du corps souvent oubliée. Des épaules en mouvement sculptées par Antoine Bourdelle aux dos corsetés, en passant par l’invention du dos nus et les combinaisons lacées de Jean Paul Gaultier, l’exposition propose un parcours autour de cette zone prise entre érotisme et contention, de l’élégance des traînes médiévales jusqu’à la provocation du string ficelle. Jusqu'au 17 novembre 2019.

Les rencontres Photographiques du 10e, 8e édition, Paris

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Gabriel Gauffre, Brulures.

Les rencontres photographiques du 10e allie artistes émergents et balades photographiques dans les rues et divers lieux du 10e arrondissement de Paris. Plus d’une cinquantaine de photographes sont à découvrir, dont Gabriel Gauffre, qui expose sont projet « Brulures » - des photographies d’archives altérées et déformées par la chaleur. Ces images exhibent clairement leurs défauts et rappellent avec légèreté que la représentation n’est pas qu’une affaire de perfection, et que nous avons tous nos petits défauts. Dans un tout autre registre, les collages numériques de Salomé d’Ornano reprennent le format des miniatures persanes tout en superposant la peinture impressionniste de Manet aux estampes érotiques ou florales de Jakuchū. Les deux artistes n’ont rien à voir l’un avec l’autre mais dialoguent à la mairie du 10e. Du 14 octobre au 16 novembre

L’oeil et la nuit à l’institut des Cultures d’Islam, Paris

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Mémoire dans l'oubli, Halida Bouchriet, 2011.

Curatée par Géraldine Bloch (elle a organisé la première biennale des photographes du monde arabe en 2015), l’exposition présente les oeuvres de 18 artistes originaires d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe. Le terrain commun à leurs créations ? Le thème du monde de la nuit. L’exposition se construit autour de trois axes : L’islam et la nuit, la déambulation poétique et les rendez-vous à la nuit tombée. De la nuit noire aux nuits artificielles, l’exposition prend des airs de parcours initiatique destinés aux promeneurs nocturnes et solitaires. Aux détours des photographies et des installations, dans une nuit rêvée par les artistes, des liens se dessinent entre le profane et le sacré. Seront aussi organisés des concerts électro de banga et transe tunisienne, des conférences sur l’astronomie arabe, sur la place de la magie et du rêve dans Islam, entre autres. Plongez dans le noir. Du 19 septembre au 09 février.

Youth Enhancement System, Laura Gozlan , à la galerie Valeria Cetraro, Paris

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Youth Enhancement System, Laura Gozlan.

Laura Gozlan est une femme mystérieuse. Elle sait manier le jargon « pharmaco-cosmétique » de l’industrie de la jeunesse éternelle aussi bien que les mythes du romantisme noir. En fait, c’est une sorcière du XXIe siècle. Elle s’est nourrie d’images documentaires de rites et de « Zombies drugs » – des drogues aussi connues sous les noms de Krokodil (désomorphine ) et Flakka (alpha-PVP) – pour créer une installation vidéo immersive mettant en scène son alter-ego. Elle y propose une nouvelle version (monstrueuse et cool) de l’archétype de la femme au foyer des années 1960 qui tente désespérément de rester jeune. Entièrement voilée de jaune et éclairée par les écrans qui diffusent en boucle le rituel de la cure anti-vieillissement, la pièce s’apparente à un labyrinthe. À mesure que le visiteur s’enfonce dans les profondeurs du lieux, il croise des sculptures ressemblant à des restes humains. Mais ne vous y trompez pas, Laura Gozlan maîtrise aussi bien l’ironie que le morbide chic. Elle a parfaitement su créer une atmosphère loufoque flirtant dangereusement avec le comique dans une grotte nichée derrière la mairie du 3e. Du 3 septembre au 12 octobre.

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