5 questions à léa peckre

La créatrice, tout juste primée de l'ANDAM, a présenté sa collection lors du premier jour de la fashion week parisienne.

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sept. 30 2015, 6:30pm

Ton défilé a eu lieu hier, comment tu te sens aujourd'hui ?

Heureuse. Le moral après-défilé est toujours un peu flou et confus. On a énormément donné pour ce défilé et l'après-coup est toujours un peu dur : on accumule la fatigue! Mais je suis super contente et très fière de mon équipe et de notre casting.

Tu as déjà remporté plusieurs prix (première collection de l'ANDAM, Hyères). Est-ce qu'ils ont influencé ta manière de travailler, de créer ?

La mode, c'est une expérience de chaque saison. Et j'espère en sortir grandie à chaque fois! L'ANDAM ou Hyères sont des prix qui redonnent confiance aux jeunes créateurs, c'est très formateur. Ça remotive. Cette année j'ai l'impression d'avoir beaucoup évolué, avec ma dernière collection. Il était plus pro, mieux organisé. Plus adulte en un sens.

Qu'est-ce que tu penses de la jeune création française ? La France donne-t-elle à la jeunesse toutes les possibilités de créer ?

Je suis très fière de faire partie de cette génération de créateurs. Paris est le coeur des grandes maisons et l'ultime capitale de la mode. C'est un énorme challenge d'y être accepté et honoré. Mais du même coup, les jeunes créateurs émergents sont rares (par rapport à Londres, par exemple où le paysage de la mode est saturé de nouveaux stylistes) donc on est d'autant plus fiers d'en faire partie. Paris offre vraiment une belle énergie à la jeunesse. Il faut se battre pour être reconnu et travailler dur, et je n'ai rien contre. C'est vrai qu'il y a un fossé immense entre la France et ses pays frontaliers. Les autres soutiennent beaucoup plus ardemment la jeune création. Mais Paris démultiplie, par ricochet, le sens de la débrouille. On doit toujours trouver des solutions alternatives, créatives, se démarquer des autres. C'est comme ça qu'on se forge son identité en tant que créateur. Et on en sort blindé, quoi qu'il arrive.

Tu es une des rares femmes dans le paysage de la mode française, c'est quelque chose qui te motive ou qui te freine ?

De manière générale, ma pensée est très positive. Je ne veux pas m'enfermer dans ma condition de femme. Pour moi, tout le monde a sa place. Je ne me suis jamais dit qu'il manquait des femmes dans la mode; je suis une des rares et c'est cool. Ça me motive!

Tes silhouettes sont élégantes et très austères, c'est un choix délibéré ? Politique ? Comment est-ce que tu envisages la féminité ?

Dans toute oeuvre et toute création, il y a spontanéité. Il y a aussi l'attente et le regard du public. Bien sûr, des mots reviennent souvent. Je pense que ces adjectifs collent bien à ma conception de la femme; l'idée que je me fais de la femme moderne. Elle est un mélange fantasmé, rêvé de ma condition de femme actuelle. Mais je dirais qu'avant d'être austère, la femme Léa Peckre est sophistiquée. Je pense que l'élégance, dans la vie de tous les jours, se perd. Moi je continue d'y croire. Encore aujourd'hui. 

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg
Photographie : Tom de Peyret