bandes à part : wanda nylon

Toutes les semaines, i-D vous présentera un jeune créateur entouré de sa « bande ». Y/Project, Courrèges, Paco Rabanne, Léa Peckre, Etudes Studio, Koché et Wanda Nylon : tous ont joué le jeu et sont venus accompagnés de leur bande de cœur – parfois...

par Micha Barban Dangerfield
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20 Janvier 2017, 10:45am

La femme Wanda Nylon ne prend pas le taxi. On la retrouve plutôt sur un Ciao qui fume, apprêtée, ses ongles faits (toujours) enroulés autour de l'accélérateur. Lorsqu'elle arrive à destination, ses talons se mettent à claquer sur le bitume et son trench en plexi-vinyle émet de petits bruissements rythmés. Elle parle fort tout en disant des mots doux, sent le parfum et la nicotine. On l'imagine alors conquérante, un brun fétichiste et surtout hyper indépendante dans ses tenues monochromes, lamées, transparentes ou fuchsia. Wanda Nylon est une célébration de ce que la féminité a de plus fort, d'autonome et de facétieux. 

« Quand je porte des vêtements Wanda Nylon, je me sens à la fois sexy et sûre de moi, je me sens à l'aise dans ses combinaisons, car elles mettent en valeur la personnalité, avec des lignes pures, sans prendre le dessus.» Natacha

Cette femme, c'est la créatrice Johanna Senyk qui l'a pensée. On ne pouvait décemment pas parler de bandes sans elle, sans toutes les femmes souveraines qu'elle réunit autour d'elle et ses amis hommes aussi, qui n'exigent rien de leur féminité. Le jour du shooting Johanna a déboulé le ventre rond, accompagnée d'une troupe de gouailleurs surexcités. « Je ne peux pas créer sans eux. Seule, je ne pourrais pas faire ce que je fais. Créativement et physiquement » explique-t-elle, reconnaissante et fière. Ils avaient répondu présents. Une bonne quinzaine. Il y avait du champagne (beaucoup), des valises (grosses comme des roulottes) pleines de fringues et des éclats de rire (surtout). Un déluge. Leur indiscipline donnait envie de traîner et de rigoler à pleins poumons, le coude posé sur l'épaule du voisin. Ils étaient si nombreux que même serrés les uns contre les autres, la bande sortait du cadre.Littéralement. C'est finalement les filles qui s'y sont collées, pendant que les mecs alanguis sur des canapés les regardaient  faire. 

« Je suis plutôt tomboy donc je pense lui inspirer un univers plus masculin. J'essaye de l'apaiser et de la rassurer si elle a un moment de doute.» Véronique

Là, les choses se sont calmées et il s'est passé un truc de femmes : une harmonie sereine, presque grave. Johanna chérit la liberté de celles qu'elle habille. Elle la protège même et ne tente jamais de la surdéfinir ou de la calfeutrer. La dignité avec laquelle elle pose des mots sur ses amitiés en est le gage. « J'aime les filles qui n'ont pas besoin de moi, explique-t-elle avant d'ajouter, on se rencontre et deux minutes plus tard on fume des clopes dans le jardin. Les femmes que j'habille sont aux antipodes de la cagole de nuit et de la bourgeoise qui roule en mini pensant être rock.» Mutines, fortes, espiègles, « elles se passent de vêtements, ces filles. C'est leurs personnalités qui font toute leur beauté. Elles ont besoin de rien, surtout pas d'être incarnées.» Les vêtements de Johanna ne sont pas faits pour rendre les femmes belles mais pour les réaliser. « Véro tu ne peux pas lui mettre une petite robe à volants. Elle porte le smoking comme personne. Quand elle en fait des caisses, ça ne lui va pas, on dirait sa mère. » Johanna n'a pas de filtre, pas besoin. Sa vérité surgit entre les tempêtes, comme ça, l'air de rien: « Tu vois, Guillaume, le mec que t'as jarté de la photo, j'aurais rien pu faire sans lui. » Johanna est une tornade, mais au plus profond de son oeil, la bienveillance règne : « Je les aime, je ne pourrais pas vivre sans eux, ils m'apportent des respirations. » Et ça, forcément, ça se passe en dehors du cadre.

« Johanna est quelqu'un d'entier, de généreux , d'humble et fidèle.» Harmony

Credits


Photographie : Phil Engelhardt assisté de Gwénaëlle Trannoy
Réalisation : Xenia May Settel
Texte : Micha Barban-Dangerfield
Make-up : Aya Fujita assistée de Son Semi
Hair : Sumiyo Kyoshima assistée de Hiro Niino