​5 rappeurs suisses à suivre absolument

Preuve que le hip-hop ne peut plus être résumé à deux ou trois villes écrasantes, le rap suisse se veut incroyablement fertile depuis quelques temps. i-D vous en donne la preuve par cinq.

par Maxime Delcourt
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23 Février 2017, 12:25pm

La profusion de nouvelles sorties, chaque semaine plus déroutantes, possède un vrai avantage. Elle incite à aller jeter une oreille en dehors des chemins balisés par les labels déjà bien établis. En ce moment, bonne nouvelle pour les amateurs de hip-hop, de nouveaux sons émergent sans cesse, de Paris à Atlanta, en passant par Bruxelles. Mais c'est désormais en Suisse que se révèlent les MC's les plus fous et les plus inventifs de leur génération. Leur talent est encore brut, le cap du premier album rarement passé, mais on est prêt à parier que les cinq rappeurs ci-dessous traverseront les Alpes d'ici peu, si ce n'est pas déjà fait.

Di-Meh
Di-Meh, bientôt 22 ans d'existence, incarne d'ores et déjà l'avenir du rap suisse avec un hip-hop éclectique, une sorte de patchwork de cultures entremêlées entre elles. Tantôt trap, tantôt boom-bap, le jeune MC, biberonné à la culture skate, ose aussi parfois les inclinaisons ragga, mais ce sont bien ses influences new-yorkaises qui semblent ressortir le plus. Le Wu-Tang Clan pour lui ? Des références totalement assumées, digérées et reformulées selon sa propre grammaire au sein d'EP's (quatre à l'heure actuelle, dont un, Shine, sorti le 10 mai 2016, ça ne s'invente pas) qui lui ont déjà permis de traverser les frontières et d'aller frotter ses gimmicks fous au contact d'activistes parisiens. Il y a aussi l'EP Reste Calme, enregistré aux côtés de Nepal, Limsa et du collectif 75ème Session où Di-Meh, qui se définit lui-même comme un mélange entre Dany Dan et Jimi Hendrix, étale son énergie brute, son flow élastique et sa faculté à mettre sur pied des prods variées, qu'il compose lui-même. C'est peut-être pour cette raison que certains ne la remarqueront pas, mais c'est pour ça aussi que beaucoup d'autres l'écouteront en boucle toute l'année.

Makala
Makala est de ces mecs que l'on peut considérer comme de purs excentriques, de ceux qui dynamitent les formes, s'assoient sur les convenances et inventent leurs propres codes. Très proche du beatmaker Pink Flamingo, avec qui il a notamment enregistré son premier EP en 2013 (La Clef), le Genevois, malgré ce style imparable et tout un tas de titres percutants, reste notoirement inconnu en France. En Suisse, Makala a pourtant réussi le coup double de se placer au centre des médias et de devenir le dépositaire officiel d'un genre qu'il n'a pourtant pas été le seul, ces dernières années, à pousser. « Genève fais-moi confiance », raille-il d'ailleurs sur l'un de ses titres les plus populaires, et il faut bien reconnaître que la ville aurait tort de ne pas le faire quand on sait que Makala vient de signer chez BMG, qu'un album ne devrait pas tarder à débarquer et que, au détour d'un autre morceau, il balance : « Mon premier diplôme sera un disque d'or ».


Slim-K
Originaire de Genève, Slim-K (voire Slim Kunta ou Slim Kart, c'est selon) s'inscrit dans le sillon de Di-Meh et Makala. En interview, il le reconnaît d'ailleurs : c'est grâce à la créativité de ses deux compères qu'il s'est mis au rap en 2015. Tout est donc allé très vite pour celui qui a d'abord tenté une carrière dans le mannequinat, avant de se prendre en pleine gueule le rap codéiné d'Atlanta. C'est donc presque sans étonnement que l'on entend des réminiscences de Future ou de Young Thug dans son flow comme dans son interprétation (tantôt en français, tantôt en anglais), mais aussi dans ses prods, majoritairement concoctées par le décidément indispensable Pink Flamingo. Il faut dire que, à l'instar de Makala et Di-Meh, Slim-K est lui aussi rattaché au collectif SuperWakClique qui est bien parti pour marquer son époque. Comme L'Entourage ou L'Animalerie en leurs temps, pas si lointain.


BraccoBrax
En pleine préparation de son premier album, BraccoBrax avoue « avoir imagé ma haine comme Kassovitz », être « tombé dans une marmite de BPM » et ne plus avoir « l'âge d'être un petit con impulsif », sur l'un de ses derniers singles, « Bitch & OG's ». Le style est puissant, le phrasé est brut et les mots réfléchis. Si bien que le Suisse est signé depuis quatre ans sur Colors Records, l'un des labels indépendants les plus exigeants de Suisse, pour lequel il avait notamment enregistré Barbershop en 2013. On attend bien évidemment la suite, mais ça fait toujours plaisir d'entendre des rappeurs qui n'ont pas acheté leur street-crédibilité sur GTA.

KT Gorique
Côté féminin, la Suisse avait déjà offert La Gale, dans un style proche de celui de La Rumeur. En 2018, les Helvètes seraient bien avisés de consacrer pour de bon le rap de KT Gorique qui, à l'instar de son aînée dans le film De l'encre (réalisé par La Rumeur, justement), tient le premier rôle dans Brooklyn, du réalisateur Pascal Tessaud. Ça, c'était en 2015, trois ans après que KT Gorique ait été consacrée « Première femme championne du monde de freestyle ». Depuis, la rappeuse a fait ses armes en Suisse, a côtoyé de près certains des MC's les plus undergrounds de la scène française (Hugo TSR, notamment) et, du haut de ses 27 ans, a fini par imposer un style. Ce style tient à de rimes sans concessions et de textes trempés dans le goudron. À l'image de « Vision Nocturne », troisième extrait de sa récente mixtape Ora.

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Texte : Maxime Delcourt

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