amanda lear, borghesia, hi-nrg : le dancefloor gay de a à z

À l'occasion du festival Loud & Proud, qui se tiendra à la gaïté lyrique du 6 au 9 juillet, i-D a dressé sa petite sélection très subjective, non exhaustive et haute en couleurs de tous les chanteur/ses et groupes qui ont libéré la société de ses...

par Patrick Thévenin
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05 Juillet 2017, 8:00am

A comme Amanda Lear

Chanteuse, mannequin, actrice, muse, présentatrice TV, comédienne, égérie disco, affabulatrice sur son âge, mystère génétique, reine du kitch, déesse du camp, grosse tête, on ne sait pas bien ce que serait le monde sans Amanda Lear mais une chose est sûre, il serait bien triste ! Pour vous en convaincre, écoutez en boucle son titre « Alphabet » et on en reparle.

B comme Borghesia

Dans les 80, quand l'electronic body music (une version hardcore et physique de la new-wave) secouait les ados coiffés de coupes bizarres, les slovéniens Borghesia flirtaient avec les codes gays - cuirs, moustaches et grosse cylindrée - de l'époque. « Naked, Uniform, Dead » et ses poppers hurlés à la face du monde devrait être la bande son de toute backroom qui se respecte.

C comme Cazwell

Au début des 2000, alors qu'on pensait le rap et le hip-hop définitivement insolubles dans la culture LGBT, un jeune b-boy londonien posait ses couilles dans le game en s'amusant à détourner les codes thug à coups de fessiers masculins sculptés à la gym, de casquettes vissées à l'envers, de chaines en or lourdes comme des cockrings et de bad boys plus sexy tu meurs. 20 ans plus tard, l'histoire lui a donné raison.

D comme Divine

Travesti sublime haut en rondeurs, égérie des films de John Waters qui réussira même à lui faire manger une crotte de chien, Divine va dans les années 80 épouser une carrière de chanteuse drivée par le producteur de Hi-NRG Bobby Orlando. Qui va lui concocter des hymnes gay qui sentent le poppers éventé et se moquent de l'obsession des homos de l'époque à vouloir ressembler à des machos, comme avec son tube absolu « You Think You're A Man (but you're always a boy) »

E comme Erasure

Erasure est sans aucun doute ce que les gays pouvaient apporter de plus gay à la musique gay. On se comprend ? Formé autour de l'hétéro Vince Clark et du pas du tout hétéro Andy Bell, le duo concentre tout l'esprit de l'électro-pop revisité sous l'angle du kitch le plus kitch, quitte à faire souffrir les pires outrages à Abba.

F comme Frankie Goes To Hollywood

Difficile aujourd'hui d'expliquer le scandale provoqué par la clip de Relax en 1983, premier gros tube pour ce quatuor si over-gay qui faisait passer les Village People pour des clones de Dorothée. Une descente dans les méandres d'une darkroom ponctuée de halètements rythmiques, de casquettes en cuir, de moustaches et de bouffées de nitrite d'amyl, le tout joyeusement emballé dans une ode à la sodomie sans pareille.

G comme Gossip

Du rock qui se mélange à la disco, une lesbienne fière de ses rondeurs en égérie, des hymnes qui enjoignent à se lever pour réclamer des droits, les Gossip ne sont plus, Beth Ditto s'est un peu perdu dans les chiffons fashion, mais The Gossip a été au début des années 2000 le groupe qui nous a redonné confiance en un monde meilleur perpétuant tout l'esprit militant, hédoniste et arc en ciel du disco.

H comme Hi-NRG

Au début des années 80, alors que la disco, la bande son de la libération sexuelle se meurt car trop mainstream, les gays se la réapproprient et la transforment en Hi-NRG, une musique 100% électronique conçue pour accompagner la danse, la drogue et le cul et dont des hymnes comme Hi-NRG de Evely Thomas, Male Stripper de Man To Man, Hit'N'Run Lover de Carol Jiani, So Many Men So Little Time de Miquel Brown sont toujours des classiques de tout club LGBT qui se respecte.

I comme Indra

Et toutes ces chanteuses ringardes, trop maquillées auto-tunées, qui dansent mal, s'habillent n'importe comment et que seuls les gays sont capables d'aimer. La preuve, elles ne cessent de répéter à quel point leur public gay est génial et les a toujours soutenu dans l'adversité.

J comme JD Samson

Fortement inspirée des Bikini Kills, groupe phare de la mouvance Riot Grrrl, JD Samson n'a pas seulement imposé la fine moustache comme le summum de la féminité conquérante, elle a aussi jeté avec son groupe Le Tigre un gros pavé queer dans le post-rock des hipsters hétéros de Brooklyn au début des 90. Histoire de leur rappeler, tendrement mais fermement, à qui ils avaient piqué leur look de barbus bien peignés.

K comme Klaus Nomi

On pensait la rencontre entre l'opéra et l'électronique impossible et puis Klaus Nomi l'a synthétisé quitte à se déguiser en cracker Belin peint en noir et blanc pour se faire remarquer. Dommage que son univers disco-macabre, et son fabuleux Cold Song, dont on sent l'influence chez de jeunes artistes queer comme M Lamar, reste pour toujours lié à l'épidémie de sida qui l'a emporté pour toujours en 1983.

L comme K.D Lang

En 1992, le coming-out de K.D Lang en couverture de The Advocate (magazine leader de la presse LGBT américaine) fit l'effet d'une détonation mondiale et couler beaucoup d'encre. On le comprend, jamais encore une chanteuse aussi renommée n'avait osé s'affirmer comme lesbienne aux yeux du grand public. On ne dira donc jamais assez merci à K.D d'avoir ouvert une porte dans laquelle beaucoup se sont engouffrés par la suite.

M comme Mykki Bianco

En une poignée d'années, Mykki Bianco en génial provocateur, s'est imposé comme une figure incontournable de la nouvelle scène hip-hop américaine mais surtout, en cultivant son gender trouble, annonçant sa séropositivité et dénonçant le racisme et le conformisme des LGBT comme le poil à gratter d'une communauté pas aussi rose qu'elle n'en a l'air.

O comme Ocean Frank

On était déjà à genoux devant le post-r'n'b sophistiqué de cet échappé du collectif hip-hop déjanté Odd Future et son coming-out en avril 2012 a achevé de nous convaincre que Frank a été envoyé sur terre pour retourner complètement le genre du hip-hop ricain mais surtout encourager toute une jeune génération de LGBT à s'affirmer sans crainte et la tête haute.

P comme Pansy Division

Que celui qui a dit un jour que le rock n'était pas une musique de "tapettes" s'en morde les doigts jusqu'au sang. La preuve avec Pansy Division, groupe originaire de San Francisco qui a fait du punk et des guitares maltraitées son mot d'ordre, sans oublier de hurler des paroles délicieusement fleur bleue comme celles de leur tube Dick Of Death : « I'd never seen one / Quite this big before / When he's soft he's nearly / Hung down to the floor / I don't know if I love him / But I love is dick of death.»

R comme RuPaul

Formée à l'école des club kids avant de devenir la drag-queen la plus célèbre de l'univers avec son émission Drag Race, RuPaul est devenue célèbre en plongeant ses doigts manucurés dans la hard-house la plus putassière et avec un You Better Work qui moquait la suprématie sur les catwalk des "Big Six", ces models superstars des 90's qui - horreur - ne savaient même pas défiler !

S comme Somerville Jimmy

En 1984, alors que la new-wave, Visage et Culture Club en tête, planquaient leur sexualité derrière des plâtrées de maquillage, Somerville et son groupe Bronski Beat nous offraient avec « Smalltown Boy » un des hymnes les plus puissants (et mélancolique) à l'affirmation de son homosexualité. Entendre de nouveau ce classique absolu dans la B.O du fantastique 120 Battements par minute - film sur la turbulente association Act Up qui avait déclaré la guerre au sida aux débuts des 90 - c'est la garanti de frissons assurés.

T comme Tom Robinson

En 1979, alors que l'homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale et que les LGBT se cachaient derrière le paravent de l'hétérosexualité pour avoir la paix, le chanteur folk Tom Robinson brandissait sa guitare sèche et entamait sur scène son « (Sing If You're) Glad To Be Gay » comme un magnifique pied de nez souriant au nez et à la barbe des haineux de tous styles.

U comme U2

Non on déconne !

V comme Junior Vasquez

Dj phare de la scène new yorkaise à son peaktime avec sa résidence au Sound Factory, cathédrale dancefloor dédiée à tous les excès, Junior Vasquez est le seul DJ à avoir osé se moquer de Madonna avec son If Madonna Calls et ses paroles qui disent en substance « Si Madonna appelle, dites-lui que je ne suis pas là. » Une pichenette que la reine des homos ne lui pardonnera jamais.

W comme Wendy Carlos

Sans Wendy Carlos, née Walter en 1939, les Daft Punk n'existeraient pas, les B.O d'Orange Mécanique, de Tron ou de Shining non plus et peut-être aussi toute la musique électronique, tant cette pionnière des synthés a œuvré pour leur popularisation notamment à travers ses reprises de Bach à la sauce Moog comme une première manière de dégenrer et déranger la musique dite classique.

X comme The XX

Trio constitué d'un gay, d'une lesbienne et d'un hétéro, The XX, et leur new-wave revisitée au prisme de la house music, sont une merveilleuse incarnation de la pop des années 2000, ouverte d'esprit, engagée pour les droits des minorités, mixte sexuellement et surtout fière et sans reproche.

Y comme YMCA

Soit le plus gros tube des Village People (groupe gay un chouia caricatural monté de toutes pièces par deux français redoutables, Jacques Morali et Henri Belolo) et qui à la fin des 70 avec leur look en référence aux clones gay et leurs tubes disco à la gloire de la promiscuité sexuelle a énormément aidé à la visibilité pour le grand public quitte à être devenu aujourd'hui un référent de tout karaoké qui se respecte ou, mieux, de mariage raté.

Z comme Liza with a Z

Bon ok, Liza Minelli n'est pas homo, mais c'est un peu comme si un gay coincé à l'intérieur de son corps tambourinait et dansait en même temps. Bref, vous l'aurez compris : cette femme est bien la fille de Judy Garland, interprète du fabuleux « Somewhere Over The Rainbow » hymne on ne peut plus LGBT.

Credits


Texte : Patrick Thévénin
Photo : Amanda Lear, Alphabet, 1977

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