5 (géniales) revues d'art à découvrir

La revue d'art, plus mutante et multiple que jamais, ne cesse de se réinventer. Pour le meilleur.

par Ingrid Luquet-Gad
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10 Juin 2016, 10:25am

Elle est gratuite et volage. Ou bien lorgne vers l'objet 3D. Elle a des tendances monomaniaques, obsédée par un(e) seul(e). Ou picore à tous les râteliers. Elle a des antécédents rebelles de fanzine. Ou de légères tendances au voyeurisme mais qui s'assument. La revue d'art d'aujourd'hui est multiple, mobile, modulaire, qu'elle fasse porter l'accent sur l'image, le texte, le support comme prétexte à l'agrégation d'une scène et au nouages de collaborations, éphémères ou non. Nos coups de cœur.

CODE South Way

En acceptant de dévier des sentiers battus, ceux que d'autres ont pré-tracés pour nous, ceux que l'on se délimite à soi-même, on tombe parfois nez à nez avec de vraies pépites. Par exemple, en butant dans une galerie sur ce petit format compact posé au sol, en le ramassant, on se retrouvera avec l'exemplaire du rafraîchissant CODE South Way. À savoir un magazine d'art gratuit, distribué en galeries et centres d'art, qui fait le tour de la jeune création hexagonale. Et lorsqu'on dit « hexagonale », ce n'est pas pour éviter tant bien que mal d'écrire le mot « parisienne ». Car CODE South Way, justement, vient d'être repris par les curatrices et critiques Charlotte Cosson et Emmanuelle Luciani, toutes deux basées à Marseille. Leur ambition ? Sortir de l'épicentre parisien qu'on connaît par cœur pour s'en aller regarder du côté de la périphérie. Ou comme elles l'affirment elles-mêmes : « Non seulement un cheminement vers le Sud, mais aussi une sortie des mégalopoles. C'est le projet de CODE South Way : exposer ces pratiques qui sortent des logiques des capitales ». Chaque numéro comprend aussi bien des textes critiques que des visites d'ateliers d'artistes et des planches de visuels.

codesouthway.tumblr.com

SansSouci

Aux antipodes de CODE et de sa logique frondeuse de pénétration à grande échelle, SansSouci se drape dans l'exclusivité. Annuelle, tirée à un nombre d'exemplaire limités, chaque numéro donne des envies possessives de mettre sous clef l'objet du désir et le garder pour soi, et soi seul. Après un premier numéro consacré au bestiaire dans l'œuvre d'artistes contemporains comme Philippe Parreno, Peter Buggenhout, Martin Parr ou encore Rainer Ganahl, le second est le fruit d'une collaboration avec Andrea Branzi, le fondateur d'Archizoom, le mythique studio italien d'architecture radicale fondé à Florence en 1966. De cette collaboration est né plus qu'une déambulation à travers les archives, puisqu'elle a débouché sur la création d'un véritable objet : le magazine devient « SansSouci Archibox », un stéréoscope imprimée en 3D, par lequel on regarde pour accéder à vision rétrofuturiste, visionnaire et ironique, de la ville moderne selon Archizoom. Le papier ? So last season.

www.sanssoucimagazine.com

Manuel

Fondé par trois diplômés d'école d'art en 2011, Manuel est à l'origine un fanzine. « Manuel est un adjectif, un nom commun et propre. Manuel est un objet papier. Il n'est ni un ouvrage d'instituteur, ni un fascicule de plomberie ». Voilà bien l'esprit facétieux de la publication, adepte des smileys et du design graphique type flyer rave, mais aussi une plate-forme de création ambitieuse. Ainsi, chaque numéro est l'occasion d'inviter une personne à se greffer au noyau et d'engager un partenariat entre une ville française et une ville européennes, en collaborant avec des collectifs, structures et galeries sur place. Pour son dernier numéro (avant que le collectif ne se consacre définitivement au commissariat d'exposition), Manuel délaisse le format fanzine et voit les choses en grand : un numéro broché sur le thème de la parade, qui continue l'esprit d'ouverture en associant en binômes plasticiens, designers de bijoux et gens de plume. Lancement prévu à la fin de l'été à Paris et à Marseille.

www.manuelpublication.com

Initiales

Intiales. Initiales quoi ? brûle-t-on de demander. Justement, Initiales tout court : la revue éditée deux fois par ans par les Beaux-Arts de Lyon, sous la houlette de Claire Moulène, rédactrice en chef, esquisse « des portraits en creux ». Chaque numéro est construit autour d'un artiste, philosophe, écrivain, architecte ou cinéaste qui ont en commun d'avoir fait école. Vous l'aurez compris, chaCette figure totémique sert alors de point d'agencement aux contributions, qui viennent en mettre en lumière certains aspects, tout en confiant certains aspects du processus de création, dont le graphisme, aux étudiants de l'école. Après Pasolini cet hiver (initiales PPP, pour Pier Paolo Pasolini), le prochain numéro qui paraîtra à la rentrée se penchera pour sa part sur le cas Nathalie du Pasquier (NDP, donc). Si l'on reconnaît le nom en raison de sa récente collab avec American Apparel, Initiales NDP permettra de se familiariser avec l'étendue du spectre de cette membre fondatrice de l'iconique groupe de design Memphis, qui mena également de front une carrière solo d'artiste peintre et sculpteur, et bénéficiera d'une rétrospective à la Kunsthalle de Vienne en Autriche dès Juillet.

www.revueinitiales.com

Peeping Tom

De son nom complet Peeping Tom Digest, cette publication un brin voyeuriste vous propose de regarder par le trou de la serrure, afin de découvrir l'intimité qui pulse et qui créée de diverses villes. Pour le numéro 4, paru en juin, ça sera Paris (et un supplément spécial Limousin), qui sera l'objet de l'oeil indiscret, après Berlin, Mexico et Beirut. Avec une volonté d'hétérogénéité, Peeping Tom a choisi pour son édition parisienne de regrouper les contribution autour du thème des groupes de travail. Parmi le crew rassemblé pour l'occasion, l'artiste Arnaud Labelle-Rojoux, le producteur de films Charles de Meaux, le collectif curatorial Exo Exo, l'écrivain Olivier Cadiot, la directrice des Laboratoires d'Aubervilliers Mathilde Villeneuve, la chorégraphe Gisèle Vienne ou encore l'artist-run space Shanaynay. À vos trous de serrure !

www.peepingtomproject.com

Credits


Texte : Ingrid Luquet-Gad

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