mariah carey restera la reine incontestée du r'n'b

À l'occasion du 15ème anniversaire de la sortie de Glitter, le biopic controversé et raté de Mariah Carey, i-D rend ses lettres de noblesse à celle qui a changé la face du r'n'b et restera à jamais dans nos coeurs.

par Philippa Snow
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03 Octobre 2016, 10:14am

Il y a quinze ans sortait un biopic sur et avec Mariah Carey, Glitter. Un flop historique. Toute Mariah qu'elle était (et qu'elle est toujours), la chanteuse s'empressa de foutre l'échec du film sur le compte du 11 septembre. Un mois plus tôt, elle débarquait sur le plateau d'une émission de MTV, distribuant des glaces à l'eau au public, s'adonnant à un raisonnable strip-tease en lâchant des phrases du type : « J'ai besoin de temps pour moi, pour aller nager, manger des glaces et contempler les arcs-en-ciel. » C'était devenu clair : la dépression l'avait eue. Mais toute Mariah qu'elle était, la chanteuse s'empressa de foutre cet épisode gênant sur le compte d'une grosse fatigue. Mariah estimait que « l'affaire » était gonflée par les médias - et qui ne dirait pas le contraire dans la même situation, vu la honte qui entoure la folie et l'échec féminin. En gros, pour une femme célèbre, mieux vaut tuer quelqu'un, bourrée au volant de sa voiture, que faillir et péter un plomb en direct à la télé. Moins bien lotie folle qu'elle ne le serait morte. Peu importe l'intensité de notre soutien à Britney, c'est encore une photo d'elle chauve et énervée qui sert de mème à tous. 

En regardant l'extrait de cette fameuse émission aujourd'hui, difficile de ne pas faire la comparaison avec un autre génie égocentrique de la musique qui flirte doucereusement avec la folie. Je parle - ça me semblait clair - de Kanye West, dont les débordements publics sont sujets à moult analyses psychologiques de comptoir, et dont l'amour de lui-même est aussi drôle qu'il peut être ridicule. Couper la parole à Taylor Swift n'est pas moins perché que de vouloir du temps pour soi pour se bouffer des glaces. Si Mariah n'avait pendant un temps plus du tout les pieds sur terre, il me semble bon de garder à l'esprit qu'elle est aussi quelqu'un de volontairement excentrique. Il y a du Kanye West dans le fait d'appeler son 14ème album studio Me. I Am Mariah…The Elusive Chanteuse en référence à un « autoportrait » réalisé quand elle n'était qu'en maternelle. Son nombrilisme est si prononcé qu'il en devient délicieux. Son intensité en est presque masculine, même si le goût de Mariah tape dans l'ultra-féminin. Un peu comme une Lindsay Lohan, Mariah Carey est une self-made girl de Long Island, amoureuse de Marilyn, dont elle a acheté le piano aux enchères en 1999, et dont elle a lu la biographie à 10 ans. 

Il y a quinze and, sortait un biopic sur et avec Mariah Carey, Glitter. Un flop historique. Toute Mariah qu'elle était (et qu'elle est toujours), la chanteuse s'empressa de mettre l'échec du film sur le compte du 11 septembre. Un mois plus tôt, elle débarquait sur le plateau d'une émission de MTV, distribuant des glaces à l'eau au public, s'adonnant à un raisonnable strip-tease en lâchant des phrases du type : « J'ai besoin de temps pour moi, pour aller nager, manger des glaces et contempler les arcs-en-ciel. » C'était devenu clair : la dépression l'avait eue. Mais toute Mariah qu'elle était, la chanteuse s'empressa de mettre cet épisode gênant sur le compte d'une grosse fatigue. Mariah estimait que « l'affaire » était gonflée par les médias - et qui ne dirait pas le contraire dans la même situation, vu la honte qui entoure la folie et l'échec féminin. En gros, pour une femme célèbre, mieux vaut tuer quelqu'un, bourrée au volant de sa voiture, que faillir et péter un plomb en direct à la télé. Moins bien lotie folle qu'elle ne le serait morte. Peu importe l'intensité de notre soutien à Britney, c'est encore une photo d'elle chauve et énervée qui sert de mème à tous.

En regardant l'extrait de cette fameuse émission aujourd'hui, difficile de ne pas faire la comparaison avec un autre génie egocentrique de la musique qui flirte doucereusement avec la folie. Je parle - ça me semblait clair - de Kanye West, dont les débordements publics sont sujets à moult analyses psychologiques de comptoir, et dont l'amour de lui-même est aussi drôle qu'il peut être ridicule. Couper la parole à Taylor Swift n'est pas moins perché que de vouloir du temps pour soi pour s'enfiler des glaces. Si Mariah n'avait pendant un temps plus du tout les pieds sur terre, il me semble bon de garder à l'esprit qu'elle est aussi quelqu'un de volontairement excentrique. Il y a du Kanye West dans le fait d'appeler son 14ème album studio Me. I Am Mariah…The Elusive Chanteuse en référence à un « autoportrait » réalisé quand elle n'était qu'en maternelle. Son nombrilisme est si prononcé qu'il en devient délicieux. Son intensité en est presque masculine, même si le goût de Mariah tape dans l'ultra-féminin. Un peu comme une Lindsay Lohan, Mariah Carey est une self-made girl de Long Island, amoureuse de Marilyn, dont elle a acheté le piano aux enchères en 1999, et dont elle a lu la biographie à 10 ans.

Alors oui, Glitter est un mauvais film - d'une mièvrerie sans nom et horriblement joué. Un égo tartiné sur trop de minutes. Mais si son visionnage est dispensable, il ne faut pas pour autant l'écarter trop rapidement. Il y a quelque chose de tellement osé, de tellement dingue et de tellement drôle dans le fait de voir une pop star réécrire sa propre vie pour y ajouter du pathos. Et si j'avais grandi en famille d'accueil ? Et si mon copain avait été tué par un gangster, et que je n'avais pu que chanter après l'avoir appris ? Cette démarche est irrésistible. Et si le film en lui-même ne l'est pas, tant pis.

Lifetime peut bien être en train de peaufiner son scénario pour un biopic de Britney Spears Mariah, avec Glitter, a déjà fait le sien. En allant chercher très loin dans l'analyse psychologique, on pourrait se dire que Mariah s'est posé cette question, avant de se lancer dans son autobiographie-ficitonnelle : « Et si je faisais un film sur ma vie qui toucherait vraiment les gens ? » Alors évidemment, oui, c'est assez pathétique vu comme ça - ou drôle, c'est selon. Il existe dans ce mauvais film, une scène où son personnage, Billie, goute à un escargot pour la première fois et s'empresse de demander, avec toute la candeur que son rôle impose : « Les gens font vraiment tout le trajet jusqu'en France pour ça ?! »

On pourrait presque croire que Mariah l'a surjoué, exprès. Prenant pour toile de fond la décennie 80', les costumes du film sont admirables de mauvais goût, à la limite du portable, tandis que les références trop nombreuses à l'incontournable et maintes fois imité Une Star est née (A Star is Born), ont conduit le magazine Variety à titrer sa critique du film de Mariah, « A Star is Boring ». La suele bonne critique qui ait été faite à cette occasion était écrite par le Los Angeles Times. Peut-être et uniquement parce que Los Angeles comprend mieux que personne (dans son univers fermé et parallèle au monde réel) le kitsch et l'arrogance intrinsèques aux divas que la cité des Anges a fait naître. Billie Frank, la Mariah qui n'est pas Mariah, est une pré-adolescente au début du film. Elle danse sur scène accompagnée de sa mère qui lui délivre son premier compliment en rappelant au public qui se tient devant elle et sa fille prodige « je vous avais dit qu'elle savait chanter. » Ça fait trois minutes que le film a commencé et à partir de ce moment, tout s'enchaîne à une vitesse faramineuse : Mariah Advance demande à son papa, un raté de première, de lui donner de l'argent pour s'acheter un piano, sa mère met accidentellement le feu à leur maison familiale et la jeune prodige se retrouve seule, en orphelinat. Un chaton dans les bras, pour ajouter au tableau encore un peu plus de pathos.

À l'époque, Mariah Carey avouait "être vulnérable." Nous, on s'est sentis un peu mal à l'aise, évidemment. Vu que la vraie Mariah n'a jamais rien vécu de la sorte - mis à part le divorce de ses parents. Mais voilà, une diva comme elle, semblait-elle suggérer alors, méritait une vie plus palpitante que celle qu'elle avait réellement vécue. Il lui fallait un montage digne des pires téléfilms de série B. Et des refrains tout aussi épiques : « Dear God, entonnait-elle face caméra, it's al so tragic. » Ça l'est, pour sûr ! Quand une féministe comme moi se penche sur le monument Glitter, elle ne peut qu'approuver l'homme qui, derrière l'industrie cinématographique, a autorisé cette femme à se mettre en scène de la sorte pour s'auto-proclamer à l'écran. Au détour d'une scène, le réalisateur d'un clip offre sa vision du premier single de Billie en ces quelques mots : « Ok. Est-elle blanche ? Est-elle noire ? On ne sait pas. Elle est exotique. Je veux qu'on voie ses seins à l'écran. » On se croirait, à s'y méprendre, dans le script de Paul Verhoven pour Showgirls. Du grand n'importe quoi, un ramassis de clichés orchestré par une femme, plus soumise que jamais.

"Son corps tout en formes, renversant, est engoncé, moulé dans ses vêtements, elle s'habille avec l'innocence d'une lolita," écrivait un jour Pauline Kael à propos de Marilyn Monroe à l'occasion d'une critique de l'ouvrage de Mailer aux éditions Taschen, que Mariah Carey avait lu adolescente. « Elle plaisait même aux homosexuels. » Mailer disait de Marilyn qu'elle était « notre sorcière d'argent à tous » - à l'inverse, Mariah est une princesse taillée en or massif et ce, bien qu'elle s'auto-proclame « lolita » lorsqu'elle déclare être « une éternelle adolescente ». Et c'est vrai, son corps n'a pas pris une ride. Elle accepte et honore l'adulation que lui porte son public sans se soucier de ce qu'on pensera d'elle. Je doute sincèrement que Mariah ait un jour fait marche arrière de peur d'être jugée par la foule. Tandis que Nicka Minaj s'offusque d'être considérée comme soumise au regard des hommes, Mariah assume clairement son ambivalence - soumise et maitresse. Actrice et réalisatrice, comme en témoigne son dernier téléfilm de Noël, All I want for Christmas is you.

Dans un article centré sur sa dépression nerveuse, le journaliste Nathan Rabin comparait l'apparition scénique de Mariah sur TRL à la scène de Nashville où la chanteuse country, Sueleen, se déshabille face au public pour plaire à l'audience, exclusivement masculine. "En artiste un peu ratée," écrit-il, "[Sueleen] enlève ses vêtements un à un pour regagner/perdre son public en lui offrant ce qu'elle estime être ce que ce public attend. » Je rejette la comparaison : Mariah Carey, dans son étrangeté sublime, n'a jamais eu besoin d'appât pour faire entendre sa musique. 5 fois gagnante des Grammy Awards, détentrice de plus de hits que n'importe quel artiste solo de la décennie, Mariah Carey n'a plus rien à prouver à personne. Si elle est bien narcissique et complètement obsédée par sa petite personne, grand bien lui en fasse après tout. Nous aussi, nous sommes obsédés. Et l'amour de soi mène toujours un peu à la folie, comme chacun le sait 'coucou Kanye West).

J'avais peut-être tort à propos de Glitter : il existe une scène où un producteur de films demande à Billie : « Tu as déjà pensé à devenir actrice ? » Mariah, aussi douce et lisse qu'une petite poupée de porcelaine, répond placidement : « Non. » Je ne peux pas m'empêcher de croire que la vraie Mariah pouffe intérieurement lorsqu'elle prononce ce mot. Et puis il y a cette tirade, particulièrement éloquente, qu'on entend un peu plus loin dans le film « Les paillettes ne doivent pas prendre le dessus sur l'artiste. » Il est clair que les paillettes ont failli avoir raison de Mariah, fut un temps. Mais son égocentrisme, lui, n'a pas bougé d'un iota. Plutôt que de se donner corps et âme aux hommes qui détiennent trop souvent les ficelles de la plupart des industries, les femmes devraient se jeter dans le nombrilisme d'une Mariah Carey. Une femme métissée, délurée, géniale qui sait qu'elle est géniale et se comporte, avec les hommes et les femmes, comme une dictatrice. Une femme qui n'a peur de rien et surtout pas de ce que pensent les autres. 

Credits


Texte Philippa Snow
Photographie Vincent Peters
[The Hot Beach Issue, i-D No. 288, June 2008]

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