Photographie Dexter Navy

en exclusivité sur i-D : les images de la nouvelle campagne maison michel, signée dexter navy

Avec sa directrice artistique Priscilla Royer, on a discuté du futur de Maison Michel et de la dernière campagne de la marque : une virée jeune et libre dans les rues du 10ème arrondissement de Paris.

par i-D Staff
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07 Novembre 2017, 10:11am

Photographie Dexter Navy

Le CV de Priscilla Royer peut faire pâlir. Des études à la Saint Martin's School de Londres, un passage dans le studio de Westwood pour la conception de la ligne Red, une visite du studio Berçot, et la fondation d'un label en famille, Pièces d'Anarchive, qui lui vaudra à elle et ses collaboratrices un Prix des Premières Collections de l'Andam en 2012. Passée de la mode à l'accessoire, c'est aujourd'hui dans le chapeau que Priscilla s'épanouit, en tant que Directrice Artistique de Maison Michel. Le chapeau, c'est un pas que très peu risquent, une sorte d'auréole sacralisée qui peut vite confiner au ridicule, ou vite devenir la lubie : un bonnet porté en plein mois d'août, le style avant la fonction.

Le chapeau, c'est aussi une forme de prestige, de fantaisie. Des symboles assis dans l'imaginaire collectif de la mode grâce à Maison Michel, entre autres, qui coiffe les têtes des studios de création depuis 1936. Une maison parisienne qui a séduit Chanel, Givenchy, Nina Ricci, Guy Laroche, Lanvin, Christian Lacroix... C'est au milieu de tant d'histoire que Priscilla Royer a choisi son nouveau challenge : désacraliser le chapeau, rendre l'accessoire accessible, justement. Redistribuer les cartes utilitaires et stylistiques de la pièce et lui donner un nouveau souffle, une nouvelle image, plus jeune et plus libre. Une mission entamée en 2015 qui s'affirme encore un peu plus avec la nouvelle campagne de Maison Michel signée Dexter Navy, The Mad Hatted. Une errance parisienne, loin des clichés, où l'on suit une bande dans son sillon d'excentricité, entre le studio Berçot et les rues du 10ème arrondissement, et où les chapeaux, du bob XXL au béret minimaliste, sont signes d'appartenance. C'est la première fois que Maison Michel ancre à ce point son image dans la jeunesse, dans l'avenir et ouvre les portes de son imaginaire à un artiste de la trempe de Dexter Navy. On a posé quelques questions à Priscilla Royer pour comprendre la démarche.

C'est ta première collaboration avec le photographe Dexter Navy, qu'est ce qu'il représente pour toi ?
Pour moi il représente vraiment l'air du temps. Il est dans toute cette mouvance qu'on voit apparaître un peu. Il est un peu le leader dans ce qu'il fait. Il a le côté collage avec une touche de spontanéité qui va bien à Maison Michel.

Est-ce que tu peux me raconter la campagne ?
L'histoire de la campagne c'est The Mad Hatted. Une virée d'une journée avec un groupe de jeunes, en 2017 à Paris. Rien n'est surprenant, mais c'est leur attitude et le chapeau qui créent l'excentricité. C'est tout un tas de petites scènes, à l'intérieur, à l'extérieur, dans le 10ème arrondissement de Paris. Pour le casting, on a fait un mélange de mannequins et de street casting. On a trois filles qui sont des mannequins, et quatre mecs avec des looks réels, très naturels : un mix de leurs propres vêtements et de ma garde-robe. Ça reste très libre. Dexter a une liberté aussi, ça a été un dialogue. On s'est rencontrés, je lui ai dit où je voulais shooter, derrière l'église Saint Vincent, rue de Belzunce, lui voulait aussi shooter en studio, donc je lui ai proposé le studio Berçot. On a improvisé une chambre, comme un squat d'artiste, c'était très sympa.

Tu penses que le public de Maison Michel peut s'attacher à cette image, un peu street ?
Oui, je crois que c'est important de savoir surfer sur les deux, ça et l'aspect très luxe. Les jeunes, ça ne les dérange pas de payer une paire de baskets street très cher. Alors pourquoi pas le chapeau ? Quand j'avais une vingtaine d'années, que j'étais étudiante, ce n'était pas un problème de me saigner pour aller acheter la pièce, parce que j'étais férue de mode et que ça m'intéressait. Derrière je bouffais des pâtes pendant un mois. Quand tu es passionné(e) tu y vas, et l'accessoire permet ça aussi. C'est le produit d'accès. Et le chapeau est quand même moins cher qu'un sac, qu'une paire de chaussures. C'est comme la bijouterie fantaisie. C'est le chapeau qui revient au niveau d'accessoire, et pas d'accessoire de l'accessoire. Il faut qu'il monte d'un cran. Tu mets un chapeau comme tu mets une paire de chaussure, et pourtant tu n'as pas besoin du chapeau comme de la paire de chaussures.

Comment résumerais-tu cet esprit que tu souhaites insuffler à Maison Michel ?
Un esprit plus jeune, plus libre. Il y a une sorte de désacralisation du chapeau. Ce côté spontané et réel qui fait que le chapeau n'est plus porté sur un piédestal mais s'insère dans la vie de tous les jours. Le chapeau descend au même titre qu'une casquette ou un bob : on peut s'en servir, le maltraiter, le mettre dans son sac. C'est tout ce qu'on a essayé de raconter à travers cette collaboration.

Le chapeau faisait partie du quotidien à un moment, pour repasser ensuite à une forme d'apparat. On en est où aujourd'hui ?
Historiquement, ce sont les hommes et les femmes d'une certaine classe sociale qui portaient des chapeaux. La disparition progressive des chapeaux a pu être expliquée par l'importance grandissante des coiffeurs. Désacraliser le chapeau permet de décomplexer ; c'est l'accessoire qui se met au même niveau qu'une chaussure ou un sac. Il y a une logique utilitaire mais aussi stylistique.

Comment définirais-tu le message de Maison Michel ?
Ce serait le chapeau en toutes circonstances, tout est possible, comme une référence en termes de stylisme et de mode. C'est quelque chose que je pense avoir apporté chez Maison Michel. En tout cas, la diversité et la variété de produits qui fait que nous avons aujourd'hui une offre qui peut convenir à plusieurs personnes, plusieurs personnalités, différents groupes, différents âges et différentes ambiances. Il y a vraiment une approche sociologique derrière.

Comment es-tu passée de la mode à l'accessoire ?
En fait c'est à peu près pareil. À partir du moment où on a une idée, on peut la transposer sur le chapeau comme sur le vêtement, sur l'accessoire. Tout est possible. Il faut juste s'adapter à la contrainte qui est celle du patronage ou de la morphologie. Pour le chapeau, c'est tout un travail de matières qui pourrait se retranscrire en vêtements. Le concept, c'est qu'il s'agit d'un objet en soi. Mais il y a toujours une histoire à raconter. Que le point A soit le début de l'histoire, et qu'elle se décline sur un chapeau ou sur un vêtement, l'important est de garder le fil.

Tu te souviens des premières pièces que tu as créées ?
Je découpais mes vieilles chaussettes en prenant le talon pour en faire un petit chapeau dont je coiffais ma Barbie. Avec le tissu qu'il restait, je lui créais une robe tube ! C'était miniature et ça fonctionnait très bien. J'ai quatre soeurs donc ça faisait beaucoup de filles et avec mes cousines, on organisait des petits défilés et je me chargeais des costumes, des vêtements, de l'ambiance... J'avais des cobayes !

Quel est ton parcours ?
J'ai fait du graphisme, de l'architecture d'intérieur et puis j'ai fait Berçot avant de partir à Londres. Là-bas, j'ai pris des cours du soir à la St. Martins. Mais je suis arrivée chez Westwood dès mon premier jour à Londres !

Comment décrirais-tu cette expérience chez Westwood ?
C'était génial ! C'était une explosion de plein de choses, une claque dans la figure. Tu passes de Paris à Londres et il y a toute cette émulation que rien ne choque. Tu peux pousser le curseur vraiment loin et ce sera vu, compris. Le dialogue créatif était sans fin chez Westwood. Elle crée de zéro tandis que lui ajoute, rajoute... Leur adage est génial ! Ça a évolué depuis mais ils sont vraiment sans limite. On est sortis de défilés où elle disait, « prends mon trousseau de clés, ce sera bien », « non, en fait va me chercher un sac plastique, ce sera top ».

Il y a chez Westwood un rapport très performatif au vêtement, dans la mesure où il t'aide à être quelqu'un. C'est quelque chose qui correspond à ton approche du chapeau aujourd'hui ? Oui, il s'agit d'accompagner pour mieux exister.

Le chapeau, c'est vraiment le point sur le i !
Oui, ça termine une allure mais ça peut aussi la faire shifter ! Si tu mets une casquette, un tailleur n'a plus du tout l'air d'un tailleur. Si tu mets un chapeau, le jogging devient différent aussi. Tout est rapport d'équilibre, c'est pour ça qu'une grande partie de mon travail est liée au visage. Parce qu'un visage change en fonction de ce qui l'encadre.

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