Photography Jessica Madavo

jessica madavo prône le beauté naturelle du cheveu afro dans une série de portraits

"Afro Project" est une réponse pleine d'espoir face à la discrimination que subissent les étudiantes d'Afrique du Sud.

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nov. 28 2017, 10:21am

Photography Jessica Madavo

L'année dernière, une série de puissants clichés immortalisait la manifestation des écolières de Pretoria High School for Girls en Afrique du Sud devenait virale. Ces photos représentaient des écolières d'à peine 13 ans, l'air défiant, le point levé, manifestant pacifiquement pour le simple droit d'arborer leurs cheveux naturels. Bien que le règlement scolaire ne fît état d'aucune mention sur la discipline des cheveux afro, des filles furent renvoyées chez elles simplement pour avoir porté une afro ou des nattes collées. L'une d'entre-elles s'est entre autres vue exclue au motif que ses cheveux naturels étaient « incontrôlables ». En réaction à ces décisions arbitraires, une pétition intitulée « Stop Racism at Pretoria Girls High » a récolté plus de 30 000 signatures.

Pour Jessica Madavo, photographe de 17 ans, la nouvelle de ces mesures discriminatoires en milieu scolaire est tout sauf une surprise. Avant d'emménager en Angleterre, elle résidait en Afrique du Sud. Raison pour laquelle elle connaît bien la surveillance incessante dont les femmes noires font l'objet dans ce pays. Malgré l'apparence d'une nation réconciliée grâce à la fin de l'apartheid en 1994, les inégalités criantes subsistent. Jessica s'est rendue sur sa terre natale pour prendre des portraits intimes d'adolescentes noires, capturer ainsi la versatilité de leurs cheveux : des boucles teintes en blond cendré au magnifique halo crépu qui rappelle les coiffures des militantes du Black Panther Party. « Il est important que mon travail porte un message et soit synonyme de changement. » i-D a rencontré la jeune photographe pour parler de l'omniprésence des canons de beauté européens et de l'importance de son rapport avec ses cheveux.


Quelle a été ta réaction face à la discrimination ordinaire que subissent les collégiennes et les lycéennes d'Afrique du Sud ?
Honnêtement je n'étais pas surprise, plutôt attristée. Dire à quelqu'un que ses cheveux naturels sont intolérables c'est une aberration, en particulier dans un environnement où ces personnes sont censées se sentir chez elles. Je pense que ça révèle bien à quel point les gens sont encore arriérés. C'est bon de voir comment les filles défendent ce qu'elles savent être justes.

Et toi, dans quelle mesure as-tu subi ce genre de discrimination à l'école en Afrique du Sud ?
Je n'ai jamais subi la discrimination directe dans ce cadre précis, mais j'ai remarqué que le règlement de l'école - particulièrement concernant les cheveux - était très restrictif. Dans les écoles principalement blanches, les règles sont créées par des personnes qui n'ont aucune compréhension du cheveu noir et qui ne prennent pas non plus l'initiative de se renseigner. Résultat, on se retrouve avec des mesures qui prennent uniquement en compte des canons de beauté euro-centrées. Il n'y a pas de place pour les filles africaines avec des cheveux naturels. Par ailleurs, tout ça a un impact sur l'estime de soi et permet aux gens de porter des jugements du type « Tu es plus jolie avec des extensions plutôt qu'avec tes cheveux naturels. »

Est-ce que les choses sont si différentes en Angleterre ?
En général, oui. L'Angleterre étant cosmopolite, les gens sont habitués à la diversité. Ici les jeunes n'hésitent pas à expérimenter des choses avec leurs cheveux donc une fille qui porte l'afro ne se démarque pas autant.

Tu prends beaucoup tes amis proches en photo. Que peux-tu dire de ta première expérience avec des modèles extérieurs à ton cercle d'amis ?
Les filles que j'ai choisi de prendre en photo semblent avoir une certaine confiance en elles, et je pense que ça se ressent dans les portraits. Certes j'ai choisi qui j'allais photographier mais je n'avais pas d'idée précise sur la façon dont j'allais montrer la relation qu'elles entretiennent avec leurs cheveux.

Ce projet a-t-il changé la façon dont tu vois tes cheveux ?
Je me suis toujours sentie à l'aise avec mes cheveux naturels, mais me retrouver entourée d'autres filles aussi fières que moi, si ce n'est plus, m'a permis d'apprécier encore plus mes cheveux. J'essaye de maintenir un équilibre entre mes expérimentations avec les extensions et mes cheveux naturels.

Comment les filles autour de toi, en particulier, les filles de couleur ont reçu ce projet ?
Au départ, le projet était destiné uniquement aux personnes photographiées et à mon cercle d'amis. Après avoir pris le temps d'apprécier le résultat final, je l'ai finalement partagé avec plus de monde et j'ai été très touchée par la réception positive dont ces portraits ont fait l'objet. Pour les femmes de couleur, je pense qu'il s'agissait d'une célébration du cheveu afro, qui est aussi beau que les autres types de cheveux. Pour d'autres personnes, ce projet questionne la perception du cheveu afro.