le fils de mick jagger génial en star du rock, ça vous étonne ?

Avec James Jagger, nous avons discuté sexe, rock'n'roll et de son rôle dans Vinyl, la nouvelle série très seventies signée Scorsese.

|
mars 10 2016, 11:45am

Le visage du fils de Jerry Hall et Mick Jagger est celui d'un gars dont la beauté est aussi nonchalante que son arbre généalogique est prestigieux. Ses lèvres sont familières, comme ses pommettes taillées qui soutiennent un regard bleu habité. Un parfait look d'acteur. Ça tombe bien, parce que James joue dans la nouvelle bombe d'HBO, la série Vinyl, produite par Jagger Senior et Martin Scorsese. Aux côtés, entre autres, de Juno Temple, James Jagger incarne une rock star aux contours peut-être pas si éloignés de ceux de papa et ses copains. Rencontre. 

Sur les 10 épisodes de la série Vinyl, tu joues le rôle de chanteur prétentieux du groupe punk The Nasty Bits. En tant que fils de Mick Jagger, tu avais une certaine appréhension à jouer une rock star ?
Le plus compliqué, ça a été de se mettre dans la tête de ce mec qui luttait, dans les années 1970 et qui s'est cogné la tête contre les murs de l'industrie musicale pendant si longtemps qu'il finit blasé. Il en arrive à un tel point qu'il en devient un hater. Il n'y a pas de meilleure façon de le décrire. C'est vraiment un hater. Mais il a cette espèce de besoin indéfectible de réussir... Du coup il n'est certainement pas la personne avec qui tu as envie de traiter. C'est le genre à jeter son gosse sous un bus pour réussir.

En guise de recherche, tu t'es penché sur l'histoire des Stones à cette même période ?
Ouais, disons que j'ai fais pas mal de recherches. Il y a un musicien qui ressemblait en beaucoup de points au personnage. Jack Ruby, un mec de New York très énervé, qui faisait du proto-punk. Les gens n'entendent parler de lui que parce que sa musique est vraiment mauvaise. Il faisait un truc vraiment à l'arrache, plein de parasites. Et il est mort très jeune. Mais les pontes du punk rock ont approuvé ce qu'il faisait. C'était un truc viscéralement punk, mais c'était vraiment horrible, donc ça n'a pas percé. C'était vraiment intéressant de lire des comptes-rendus historiques ou revenir sur l'actualité de l'époque pour comprendre ce qui s'y passait. Les gens ont une vision assez déformée des années 1970. Notamment du New York de ces années-là. On s'imagine quelque chose d'utopique, de bouillonnant, on voit cette ville comme le terrain de jeu d'une créativité libre. En fait, je pense que c'était vraiment la merde. Les taux de criminalité et les problèmes de drogues battaient tous les records. Les gens n'étaient pas heureux - Nixon était président, il venait d'être condamné pour l'affaire du Watergate. Donc l'Amérique n'était pas en paix avec elle-même et son curseur moral était assez bas. C'est d'ailleurs pour ça qu'ont commencé à naître toutes ces contre-cultures. La population américaine vivait un certain désenchantement social et politique. Mon personnage est lié à la scène punk, mais il y avait aussi le disco à l'époque... C'était une période vraiment excitante musicalement parlant. En dehors de la musique, c'était une autre histoire. J'ai l'impression que tout n'était que beige et tenues ringardes. On découvrait le chevron et le polyester. Tout le monde était hyper excité à l'idée de porter des soutiens-gorge en matière synthétique immonde.

Quel est votre rapport personnel à la musique ?
J'aime jouer de la guitare, je fais du piano aussi. J'ai toujours aimé la musique. C'est quelque chose qui a toujours été présent dans ma vie. J'ai besoin d'en écouter quand je me sens mal. Je pense que la musique est quelque chose d'intrinsèquement humain - on a ce rythme qui fait partie de notre âme, de notre être. C'est une des choses les plus importantes dans la vie. Je pourrais me priver de tout sauf de ça. Je deviendrais fou sans musique.

Martin Scorsese et Mick Jagger sont des amis de longue date, qui se prêtent une forte admiration mutuelle. Il n'y avait pas meilleur duo pour créer une série sur la musique.
Ouais... C'est un projet qu'ils traînent depuis longtemps en fait. Il y a déjà dix ans, ils discutaient d'un film. Je me rappelle d'en avoir lu un script il y a environ huit ans. Je pense que c'est bien plus adapté à la télévision - tu peux montrer beaucoup plus de choses sur la longueur. Cette année, on s'est penché sur ce qu'il s'est passé dans l'industrie de la musique, mais j'imagine que sur la prochaine saison, on va s'atteler à la naissance du hip-hop et les autres marquages culturels majeurs de l'époque. La série commence en 1974 et va jusqu'au début des années 1980, c'est un petit fragment de l'histoire extrêmement riche et intéressant. Seulement 6 ans s'écoulent et pourtant, arrivé en 1980, on a l'impression d'être sur une autre planète.

D'avoir Scorsese et votre père à la tête du projet, ça t'a mis une double pression ?
Non, non, pas du tout. Martin Scorsese est quelqu'un de très sympa, il m'a mis très à l'aise avant même que l'on commence à bosser sur la série. J'étais d'abord très nerveux à l'idée de le rencontrer. Puis, au bout de quelques auditions, je me disais juste que j'allais voir Martin. Au début, on se testait : "Est-ce que t'es un connard ? J'ai pas envie de bosser avec toi si t'es un connard." Et j'étais en panique, j'étais vraiment nerveux, je suis un énorme fan. Mais il a cette manière d'être, cette aura magique qui m'a rapidement détendu. Et, heureusement, mon père n'était pas là tout le temps, il avait beaucoup de boulot ailleurs. Mais il a été d'une grande aide pour moi, c'était sympa de l'avoir dans le coin, même par procuration. À chaque nouvelle scène, s'il y avait une référence que je ne saisissais pas, je l'appelais à la rescousse.

Qu'est-ce qu'on peut apprendre sur l'industrie du disque des années 1970 avec Vinyl ?
Cette industrie a atteint des sommets inimaginables à l'époque. La scène musicale de l'époque était très "glam rock", ce qui théâtralisait les choses à outrance et réduisait presque la musique au second plan. C'est quelque chose que l'on ressent tout au long de la série. Le personnage de Bobby Cannavale a été déçu par l'industrie musique et il veut revenir à ce qui l'a excité à l'origine. C'est ce que mon personnage, Kit, essaye de montrer : que faire le coq à paillettes sur fond de feux d'artifices ne suffit pas. On est là pour faire de la musique, de la vraie, un truc viscéral qui donne envie de bouger aux gens, de se battre, de baiser ou de détester. La musique se doit de faire réagir les gens, pas de les rendre apathiques.

À quel moment, en grandissant, tu t'es rendu compte que ton père était une rock star ?
Je ne pense pas qu'il y ait eu un tournant, un déclic particulier. Je me souviens juste d'aller à l'école primaire puis d'assister à ses énormes concerts. Et, bien sûr, quand tu n'as aucune perspective, tu ne saisis pas ce qui est normal et ce qui ne l'est pas. J'étais là-dedans depuis ma naissance. C'était juste mon père, qui m'engueulait quand je faisais des conneries. On me demande souvent, "c'était comment d'être le fils de Mick Jagger ?" Bah, j'en sais foutrement rien ! Parce que c'est la seule chose que je n'ai jamais connue. C'est juste ma vie, donc je n'ai aucun recul sur les choses. Bien sûr, en tant qu'adulte, je suis incroyablement fier et compréhensif de ce qu'il a fait, de sa carrière. Mais en grandissant, j'ai finis par m'en foutre. Ce qui m'intéressait, c'était de jouer au flipper en backstage. Je ne regardais plus les concerts. 

Credits


Texte Craig McLean