The VICEChannels

      musique Matthew Whitehouse 22 février 2016

      il faut (absolument) qu'on vous parle de cabbage

      Ils sont cinq, ils sont beaux, ils sont fous. Rencontre avec le groupe le plus punk de Manchester.

      il faut (absolument) qu'on vous parle de cabbage il faut (absolument) qu'on vous parle de cabbage il faut (absolument) qu'on vous parle de cabbage

      Le quintet Cabbage est reconnaissable entre mille. Accoudés à la table haute d'un pub de l'Est londonien, entourés de cols blancs en pause déjeuner, les membres du groupe dénotent - enfin les trois d'entre eux qui n'ont pas loupé le bus ce matin à Manchester.

      Une clope coincée entre les lèvres, le chanteur Lee Broadbent joue à l'inspecteur Colombo : « Je peux voir vos papiers ? » nous demande-t-il, nonchalant. Le guitariste Eoghan Clifford, lui, est mollement assis tandis que Joe Martin, le second chanteur du groupe, gribouille en silence sur son carnet fait maison.

      Une ambiance plutôt étrange, donc. En fait, l'interview se déroulera comme leur concert : un tas d'idées en vrac sorties dans une frénésie de trois minutes au plus - à chaque chanson, à chaque réponse. 

      En guise d'introduction, nous nous sommes attardés quelques instants sur leur premier single Kevin, un morceau qui, à la première écoute, sonne comme une énième chanson indie contant la vie d'un mec « qui se la pète ». Mais au fur et à mesure de la chanson, le groupe lève le voile : il s'agit en fait d'une ode au premier homme arrivé sur terre et à sa prise de conscience existentielle. « J'ai lu un truc sur la projection de l'homme et de sa conscience » nous lance Lee avant de marquer une longue pause, comme un philosophe. « Il en existe deux types. La reproduction et l'immortalité. On veut tous la même chose, soit transmettre notre savoir grâce à la reproduction ou bien le garder pour nous et pour toujours dans un désir d'immortalité. C'est ce que pensent les psychologues. »

      « Mais bien évidemment, notre conscience nous permet de dépasser ces désirs primaires. C'est ce que j'ai voulu montrer avec Kevin. Il ne s'agit plus de reproduction ou d'immortalité mais d'une prise de conscience de son individualité au sein d'un groupe, d'une humanité. Donc voilà, Kevin est la personnification de cette conscience, » explique Lee avec fierté.

      Des paroles qui changent des groupes indie habituels, parce que Cabbage est un groupe à part. Formé à Mossley, une ville du nord de l'Angleterre, le quintet a des choses à dire, allant de ses textes politiques contre l'austérité prônée par le gouvernement dans Austerity Languish à ses paroles trempées et acides dans Dinnerlady qui contient l'aigreur d'une cantinière d'école privée.

      « Certains groupes ne profitent pas de leur statut pour faire passer des messages, c'est hyper triste, » nous lance Joe, celui qui se cache derrière les paroles de Dinnerlady. « Je ne sais pas si c'est parce qu'ils s'en foutent ou parce qu'ils ne veulent pas rebuter une partie de leur public mais je ne comprends vraiment pas pourquoi ils ne saisissent pas l'opportunité d'être sur scène pour exprimer leur opinion. »

      Une ferveur et une transparence d'opinion qui leur auront parfois valu quelques problèmes : « Je me suis fait virer de chez moi après avoir insulté mon père de ducon fasciste » nous confie Lee, pas peu fier. « Il se fout de ma gueule à chaque fois que je défends les idées de Jeremy Corbyn, donc un soir, j'ai explosé et lui ai balancé son fascisme à la tronche avant qu'il me montre la porte. »

      Un peu plus tard, Lee finit par nous avouer qu'il est « rentré depuis », (avant qu'Eoghan précise avec malice « Ouais, enfin, après avoir vécu quelques jours dans la niche du chien »). Voilà, Cabbage est un groupe assez sanguin. Ce qui les met en colère c'est de voir des pubs faire faillite, les communautés se déchirer sous la pression politique, les coupes budgétaires initiées par le gouvernement emporter dans leur disparition des associations comme celle pour laquelle Lee faisait du volontariat, consacrée aux accros et aux récidivistes. Mais toute cette colère, le groupe l'embrasse et la scande avec humour. Ils s'appellent Cabbage ne l'oublions pas.

      « Eoghan et moi, nous étions gardiens de but, explique Lee. Puis nous sommes tous les deux devenus batteurs dans des groupes différents. Un jour on s'est dit 'merde, il faut qu'on fasse un truc ensemble'. Mais on ne pouvait pas être gardiens et batteurs dans un même groupe. Du coup on a re-réparti les rôles. Un jour on a dit 'voilà je chante, Eoghan fait de la guitare et on s'appelle les Gabbage'. Tout le monde n'a pas adoré ce nom. »

      Cabbage se pose dans le sillon tracé par les groupes rock historiques de Manchester : ils ont la gouaille des Buzzcocks, le surréalisme des Happy Mondays et le style capillaire des Stone Roses. Mais même si leur musique emprunte à ce répertoire, leur son n'est pas le même. Parce qu'il est unique, vraiment.

      Les Cabbage embrassent un genre plus large et indéfinissable, celui d'une pop qui s'étend des rythmes seventies à ceux des années 1990 et couvre plus de deux générations de groupes rock et légendaires. Leur mission est grande : les Cabbage vont la réécrire, cette pop.

      « On ne veut pas se satisfaire de concerts médiocres du genre 'voilà, on est Cabbage, voici nos chansons, venez nous écouter puis aller vous coucher tranquillement, explique Eoghan. On veut que les gens viennent voir nos concerts et sentent notre énergie, qu'ils y prennent part. » Bienvenue dans l'univers mystique des Cabbage. Amen. 

      Crédits

      Photographie : Debbie Ellis

      Rejoignez i-D ! Suivez-nous sur Facebook, sur Twitter et sur Instagram.

      Tags:musique, interviews musique, cabbage, le chou, manchester, rock

      comments powered by Disqus

      Aujourd'hui sur i-D

      Plus d'i-D

      featured on i-D

      encore