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      musique Micha Barban-Dangerfield 13 décembre 2016

      hits 2000 : la mixtape de tgaf pour i-D

      Les quatre membres de TGAF incarnent comme personne la génération MTV et tout ce qu'elle comprend de séries B, de clips r'n'b et de références clubbing. Oklou, Dj Ouai, Miley Serious et Carin Kelly forment ensemble le groupe de Djs français le plus excitant de ces dernières années. Pleines d'honnêteté et de légèreté, elles sacrent les totems qui ont fait leur génération sans faire de distinction entre les genres. Nous les avons rencontrées, un aprem tout gris, pour parler de leur émission de radio sur Piiaf, de Sous le Soleil et de la fête à Paris.

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      Comment s'est formé votre crew ?
      Oklou : C'est une espèce de quiproquo. Je devais avoir une interview sur Radio Piiaf et j'avais pas compris que je devais mixer pendant deux heures et inviter des gens avec moi, pour m'écouter, discuter, boire des bières. Je pensais devoir inviter des gens avec moi pour qu'on anime l'émission. Du coup c'est ce que j'ai fait. J'ai ramené des amis et j'ai expliqué aux gens de Piiaf les sujets qu'on allait aborder et ils m'ont dit "Ah bon ?? Ok..." On a fait une émission à l'arrache, en one shot. Les gens de Piiaf ont aimé et m'ont proposé un créneau mensuel.

      Vous aviez parlé de quoi ?
      Carin Kelly : On avait ramené plein de morceaux qu'on voulait passer. Je sais pas s'il y avait un thème...

      Miley Serious : On faisait des questionnaires un peu Skyblog. Genre "quelle est ta couleur préférée ?"

      Oklou : Et vu que c'était censé être la seule émission on ne s'était pas trop pris la tête. Puis on n'est pas chroniqueuses du tout !!

      Carin Kelly : On bégayait... On ne savait pas si on pouvait dire des gros mots...

      Vous mixiez toutes à la base ?
      Oklou : Non, on a vraiment un background assez différent... Moi je suis musicienne à la base, faire la DJ je le fais en amatrice. Après ça me plaît beaucoup, je kiffe les clubs et le dancefloor, mais j'ai pas beaucoup d'expérience.

      Miley Serious : Moi je mixe depuis longtemps.

      Carin Kelly : Et moi j'avais zéro expérience avant qu'on fasse la première soirée où on a toute mixé. Je fais des photos et des vidéos, mais je kiffe le son depuis toujours.

      Carin Kelly : "On ne s'interdit rien. C'est pas parce qu'on aime et connaît la musique qu'on ne peut pas aimer un son hyper mainstream. Quand ça marche et que c'est hyper efficace, faut juste l'accepter."

      C'est quoi le schéma de votre émission sur Piiaf ?
      DJ Ouai : Depuis septembre, l'émission est hebdomadaire (tous les dimanches) donc on a plusieurs formats maintenant, on a le gros talkshow, les playlists et une autre émission qu'on a appelée « la free » parce qu'on s'est dit que ça pouvait être ce qu'on voulait : une émission animée seulement par l'une d'entre nous, ou bien avoir une thématique bien spécialisée comme l'émission Justin Bieber qu'on avait fait avec Miley par exemple... Pour ce qui est du talkshow, en gros l'une d'entre nous annonce un thème plusieurs jours avant l'émission et on ramène toutes des morceaux que nous inspire ce thème. On essaie d'inviter des artistes extérieurs pour enrichir l'émission et présenter aux auditeurs des personnes qu'on kiffe. On fait des tours de table et voilà c'est cool c'est spontané.

      Oklou : Et puis on n'avait pas l'ambition de faire une émission musicale... On a remarqué que les gens kiffaient le fait qu'on rigole, qu'on se fasse des blagues. Et puis on ne peut pas s'inventer chroniqueuses.

      Vous savez aussi aborder la pop et y avez consacré des émissions comme celle sur Justin Bieber. Est-ce que le mot Pop est un gros mot pour vous ou il faut savoir se décomplexer par rapport à ça ?
      Miley Serious : On est une génération qui a été bercée par la radio et la télé. MTV c'est ma première source musicale. Sans ça j'aurais jamais continué à fouiller et aller plus loin. On adore la pop, c'est notre source.

      Carin Kelly : On ne s'interdit rien. C'est pas parce qu'on aime et connaît la musique qu'on ne peut pas aimer un son hyper mainstream. Quand ça marche et que c'est hyper efficace, faut juste l'accepter.

      DJ Ouai : Notre passion pour la musique est sans cloisonnement. Si j'écoute ce que j'écoute aujourd'hui c'est en partie grâce aux tubes que j'écoutais quand j'avais dix ans, et que j'écoute toujours d'ailleurs. C'est ce qui a formé mon oreille. Il n'y a aucun complexe à avoir avec ce que tu kiffes écouter. S'il y a bien un truc avec lequel il faut être free c'est bien ça. Le refus de certaines choses juste à cause de l'étiquette qu'elles portent pour moi c'est la cause de la fermeture d'esprit de certaines personnes.

      Vous aviez aussi une émission, Guilty Pleasure, j'imagine que c'était dans le même esprit ?
      Oklou : Celle sur Justin Bieber fait partie des formats plus court, sur une heure, où y a en général deux d'entre nous qui viennent parler d'un thème un peu plus précis. Et du coup Guilty Pleasure faisait partie des gros thèmes, de l'émission du mois, où on est 6 autour de la table. C'était une super émission.

      DJ Ouai : Ouais c'était un peu dans la même vibe même si celle sur Justin était un peu moins guilty dans le sens où on essayait aussi de présenter comment ses morceaux avaient pu inspirer des artistes plus underground pour faire des edits ou des remix... La guilty pleasure pour moi c'était un niveau plus poussé encore. Pour tout vous dire ; j'ai entendu Larsen de Zazie dans le Uber et la vérité... j'ai trop kiffé.

      Miley Serious : Je pense qu'on s'est enfin libérées sur cette émission, après s'être imposé beaucoup de règles, on avait envie de faire une émission pour se délester du poids de nos guilty pleasures. L'idée c'était de dire, c'est tellement bien, arrêtons de nous voiler la face ! On avait invité notre ami Krampf qui est hyper bon là-dessus, et on a beaucoup rigolé sur ce thème-là.

      Carin Kelly : Et puis c'est marrant parce que tu découvres aussi des trucs sur les gens. Quand tu te rends compte de ce que la personne écoute en cachette, c'est super drôle. Ça relève presque de l'intime...

      Dj Ouai : "Notre passion pour la musique est sans cloisonnement."

      Vous réinvestissez un média qu'on a cru désuet pendant un moment, avec le web, etc. Ça représente quoi pour vous de réinvestir la radio ?
      Carin Kelly : Moi ça me rappelle quand j'étais jeune et que j'écoutais Skyrock en cachette. On a ce souvenir de la radio libre, de Difool. Du coup c'est peut-être pas pour rien qu'on est allées vers le questionnaire Skyblog. Mais c'est cool si nous et d'autres pouvons perpétuer la tradition de la radio.

      DJ Ouai : Oui moi aussi ça me rappelle le skyrock d'il y a 10 ans, Difool, le hit US et la voyance par Claude Deplace...

      Miley Serious : Il y a quelque chose d'intime là aussi. Nous, on est planquées derrière nos micros du coup on se sent libres de dire plein de choses. En fin de compte on s'est rendu compte que les gens nous suivaient. Maintenant on a une hotline et là on a le côté encore plus radio, on nous appelle.

      Oklou : C'est une émission très accessible. On essaye de relâcher les gens sur l'exigence pointue habituelle, au niveau musical. Je suis contente qu'il y ait ce côté relax. On n'est pas là pour être les meilleures. Il n'y a pas de trucs de valeur. Et j'espère que les gens le ressentent aussi.

      DJ Ouai : D'ailleurs je trouve ça dommage que cette génération de radios internet n'essaie pas de valoriser les talkshow. Je pense surtout à des radios que je kiffe comme Rinse, Radar, NTS, ou Hotel Radio. Ça discute pas trop. Ok c'est cool il y a des artistes que tu kiffes qui mixent pendant une heure, mais des supports pour faire ça y'en a déjà pleins. Parfois t'as juste trop envie d'apprendre à connaître les artistes, les entendre papoter de façon naturelle pendant une heure pour capter un peu leur personnalité, la façon dont ils raisonnent...

      Vos références sont très 90's / 2000's...
      Carin Kelly : J'y réfléchis souvent. Moi tous les profs, tous les adultes que j'ai croisé dans ma vie m'ont dit "vous, votre génération vous avez un problème avec les années 1990". Musicalement, il y a plein de tubes qui passaient quand j'étais plus jeune et je me dis "j'espère que ça passera quand j'irais en boîte !" Parce que c'est trop bien. Après je me demande pourquoi nous ? Je me demande si nos parents avaient la nostalgie des Beatles... Mais y a un truc frappant chez nous. Peut-être que c'est dû à la situation économique et sociale, est-ce qu'on n'est pas des jeunes hyper stressés, donc on se ramène à une époque qui nous semble plus cool, où les gens faisaient la fête à fond.

      Miley Serious : Pour moi ça ne relève pas de la nostalgie parce qu'au final c'est pas vraiment vécu. Tout ce que j'ai pu voir et faire par mes grands frères, mes sources premières en musique et autre, quand je les voyais faire du skate, puiser dans la culture new-yorkaise ou rave londonienne, je trouvais ça cool, ça m'inspirait trop et c'est resté. J'ai grandi en m'imprégnant de ça, en regardant ça. Moi, Hartley Coeur à Vif, Sous le Soleil, Melrose Place c'était tout pour moi. Notre période était inscrite là-dedans, du coup c'est ce qui te construit, ça reste.

      DJ Ouai : Y'a 8 ans c'était la mode des 80s... Mais je pense que pour les 90s il y a quelque chose en plus. Les 90s je pense que c'est une époque charnière qui incarne l'arrivée d'internet et donc de la consommation rapide, extrême. Les choses n'ont plus le temps de durer maintenant et les 90s c'est un peu le dernier truc fort qu'on ait connu avant ce changement radical. Enfin ça, c'est ma théorie, si ça se trouve on vit quelque chose de fort en ce moment aussi et dans 20 ans on dira "ouais gros revival 2016, iPad et hoverboard."

      Carin Kelly : On est aussi des meufs de province. On a eu une esthétique et une façon de grandir de province, avec les moyens qu'on avait. Dans mes images, mes vidéos, j'aime trop revenir à la source de la ville d'où je viens. On a grandi avec cette vision-là. Quand t'es en province la mode arrive après, limite avec 5 ans d'écart. C'est un truc décalé. Quand t'es jeune tu te dis que c'est de la merde mais maintenant on trouve ça trop bien.

      Vous pensez qu'on peut mettre une étiquette sur cette génération ? La génération MTV ?
      Carin Kelly : Génération télé, déjà, parce que je ne sais pas si tout le monde a eu la chance d'avoir le câble. J'étais fille unique, j'ai maté la télé toute ma vie.

      Miley Serious : Grave, puis on est une génération qui a connu l'arrivée des téléréalités. C'est ce qui flinguait ma scolarité, mes devoirs ! Quand je rentrais de l'école, le premier truc c'était Loft Story, Star Academy et les Robin des Bois qui ont fait mon humour.

      DJ Ouai : Pour moi ça serait plutôt "born in the 90s" et ça englobe tout ce qui va avec : Skyrock, MTV, Internet, les téléphones portables, la téléréalité.

      Miley Serious : "MTV c'est ma première source musicale. Sans ça j'aurais jamais continué à fouiller et aller plus loin. On adore la pop, c'est notre source."

      Respectivement, est-ce qu'il y a une chanson qui a changé votre façon de voir les choses ?
      Oklou : Ouais. Quand j'étais en 5ème ou 4ème, j'ai remis la main sur Daddy DJ. J'avais pas conscience de tout ce dont on vient de parler, cet héritage années 1990. On était en 2005-2006. Ça m'a fait une sensation très bizarre, que je n'oublierais jamais. Et plus tard j'ai rencontré des gens avec qui j'ai pu partager ce truc-là. J'avais pas compris qu'il y avait plein d'autres sons qui pouvaient générer ça. C'est comme ça qu'a commencé mon revival perso. Les trésors d'avant qu'il ne faut jamais oublier.

      Miley Serious : Moi c'est le morceau de Robin S Show me Love. Il détermine tout ce que j'aime au niveau du son. Ce clavier a tout changé. La pire daube avec ce clavier, j'aimerais quand même.

      Carin Kelly : Moi je sais pas trop. J'ai l'impression d'être assez naïve par rapport à ce que j'écoute. Je me souviens quand je suis retombée sur Insomnia. C'est la première fois où des synthés de la sorte m'ont fait effet. C'est à partir de ce moment-là que je me suis ouverte à autre chose musicalement.

      DJ Ouai : J'avais eu un gros crush sur Vengaboys - Boom, Boom, Boom en primaire et plus tard sur Cassie - Me&U.. Je me faisais méga charier par mes amis au lycée parce que je kiffais trop le r'n'b et que c'était un truc de pouffe... Mais j'ai tenu bon et j'ai assumé.

      J'ai l'impression qu'à Paris la musique est beaucoup moins clivée et clivante qu'avant, qu'on se mélange, musicalement. Vous le ressentez ?
      Carin Kelly : Je pense que c'est en train de se passer. Mais je pense que ça s'est passé ailleurs et qu'en France on est un peu en retard. En France on aime bien se revendiquer de son style de musique, quand même. Nous, entre nous, il n'y a pas de problèmes avec ça. C'est en train d'évoluer doucement. Mais 80% sont encore bloqués dans la fierté d'écouter tel style de musique. Comme si ça nous définissait, d'aller à tel club, d'écouter tel son, de faire tel truc.

      Miley Serious : Moi j'ai commencé à mixer dans la période fluo kids. La scène française a bougé depuis ce moment-là, je trouve les esprits beaucoup plus ouverts, la scène est bien plus chouette. On est en train de se rapprocher plutôt que de se séparer. On est moins fixés sur quelques têtes. En dix ans à faire ça, je trouve que le mood a vraiment changé. Je trouve ça plus agréable et plus amical. Plus consolidé. Je trouve qu'il y a une unité, une solidarité entre différents groupes.

      DJ Ouai : Ça fait 10 ans que je vis à Paris et je suis un peu mitigée. D'un côté j'ai l'impression qu'on a moins de complexes à mélanger les styles et les genres musicaux dans une même soirée ou dans un set ce qui favorise évidemment le mélange entre humains. Et d'un autre côté je pense que les clivages existent toujours malgré tout. Après je ne sais pas parce que j'ai toujours été entourée de gens assez ouverts et même encore aujourd'hui dans notre entourage. Mais ça m'arrive encore assez souvent de croiser des gens « pro-techno » faussement pointus qui t'expliquent que tout le reste c'est de la merde. 

      Oklou : "Quand j'étais en 5ème ou 4ème, j'ai remis la main sur Daddy DJ. Ça m'a fait une sensation bizarre que je n'oublierai jamais." 

      Crédits

      Texte : Micha Barban-Dangerfield

      Photographie : Roddy Bow 

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      Tags:musique, dj, tgaf, oklou, dj ouai, miley serious, carin kelly, piiaf, radio, électro, 90s, mixtape, 2000s

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