ce jeune créateur de mode a monté sa marque dans sa chambre d'ado

Un DM Instagram peut parfois faire des miracles.

par Ryan White
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28 Août 2019, 10:08am

« On doit utiliser nos plateformes et notre influence pour faire évoluer l’industrie. C’est ça l’idée d’un design circulaire, nous expliquait Samuel Ross – directeur créatif de A-COLD-WALL – en juin, après avoir présenté sa collection printemps/été 2020. C’est un peu audacieux, mais j’ai envie que cette façon de penser prenne racine. » Cette saison, Samuel a donné sa bourse NEWGEN à Eastwood Danso, un jeune créateur très inspiré de son travail, et qui a lancé sa marque éponyme il y a deux ans. Cet argent a permis à Eastwood de présenter sa première collection, printemps/été 2020, durant la fashion week londonienne. Une reconnaissance encore quasiment inconcevable pour un créateur sans aide financière ou sans le soutien d’une figure importante du milieu.

« Je me suis peut-être un peu précipité, raconte le jeune homme de 20 ans, qui a lancé sa marque alors qu’il préparait encore son A-Level, l’équivalent anglais du bac. Mais honnêtement, j’en avais juste marre de traîner toutes ces idées et de ne pas les partager. Je voulais montrer de quoi j’étais capable. » Eastwood a grandi en Allemagne, avant de déménager en Angleterre au début de l’adolescence. Son incursion dans l’industrie de la mode s’est faite à coups de DM Instagram et sur une opportunité de mannequinat. « Mon plan c’était de devenir mannequin pour côtoyer des créateurs, se souvient-il. Du coup je me suis retrouvé à envoyer plusieurs messages à Sam et Ace [directeurs de ACW] sur Instagram. Sam ne m’a pas répondu, mais Ace oui… Il m’a filé une adresse email où envoyer mes photos. Pendant longtemps, à peu près trois mois, j’ai été sans nouvelles. Et puis un jour, après mes examens, j’ai reçu un mail de Sam, qui disait vouloir me shooter pour son nouvel arrivage en ligne. »

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Rapidement, Samuel prend Eastwood sous son aile, et lui offre une chance d’observer, d’apprendre de sa marque et de son ascension fulgurante. « À la seconde où je l’ai rencontré, je lui ai fait part de mon envie d’apprendre, et il m’a très gentiment pris sous son aile. C’est quelqu’un de très intelligent, je suis éternellement reconnaissant qu’il ait accepté de partager le savoir qu’il a rassemblé en bossant avec Virgil [Abloh] et Donda. Encore aujourd’hui, il me donne des clés et des pistes pour que je continue à progresser. »

Aujourd’hui, Eastwood suit ses études à la Central Saint Martins. Il n’a jamais formellement étudié la mode, mais tente d’appliquer ce qu’il a appris jusque-là, ainsi que les enseignements de Samuel, généralement moins conventionnels, et souvent plus ésotériques. « Avec mes designs, j’essaye de créer un lien entre des concepts architecturaux et fictionnels, explique-t-il. J’essaye d’intégrer des formes, des textures, des imprimés inhabituels sur mes vêtements, de telle sorte qu’ils puissent s’adapter aux idées des consommateurs, et au rapport qu’ils entretiennent avec leur corps. » Inspiré de « la vie, la mort, le quotidien, la famille et les amis, » son compte Instagram mêle des images de sa collection et des photos d’archives de sa famille ghanéenne.

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Ses premiers pas à la fashion week de Londres l’ont lancé sur un chemin à la fois « épuisant et incroyablement gratifiant, » même s’il considère que certains aspects de son défilé laissaient à désirer. « La présentation n’était ni fantastique ni mauvaise, ce qui finalement n’est pas si mal pour une première fois, entouré de toutes ces grandes marques, relativise-t-il. L’esthétique est encore en développement, mais je sais qu’on va dans la bonne direction. » Avec une nouvelle collection pour la prochaine saison masculine, une récente collaboration avec Converse et une co-signature chez Nike, on ne se fait pas de souci sur la direction que prend Eastwood. Et on reconnait le pouvoir insoupçonné d’un DM Instagram. « Je suis le mentor d’un jeune homme qui s’appelle Eastwood, racontait récemment Samuel à GQ. Il a fait son premier showroom à Paris, il vient de lancer sa première Converse et il étudie à Central Saint Martins. Il y a une décennie, il n’aurait jamais pu faire tout ça à son âge. C’est important de transmettre. Chaque personne doit au moins former une autre personne, c’est primordial. L’idée ce n’est pas de préserver son petit lopin, c’est de grandir et de partager. »

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Credits


Photographie Manu Pillai
Producteur créatif Sharkkana
Coiffure Afi Attipoe / Selasie Ametewee
Maquillage Grace Macartney
Mannequin Ronald Dadey / Sharkkana

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