le glam rock a libéré le style de toute une génération

Sur Arte, le documentaire « Glam rock - Splendeur et décadence » retrace l'histoire d'un genre émancipateur victime de son propre succès.

par Patrick Thévenin
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27 Septembre 2019, 11:26am

C’est l’histoire du glam-rock, un mouvement musical né en Angleterre, qui étendra rapidement sa domination auprès de la jeunesse mondiale. Un nouveau style de rock, plus pop, qui va changer la face de la musique en à peine cinq ans (de 1971 à 1975), provoquer son lot d’indignations, inventer ses propres codes mode, mettre l’androgynie et la bisexualité dans la lumière et propulser ses propres idoles (Marc Bolan, Slade, Roxy Music, Lou Reed, Iggy Pop, Garry Glitter, Alice Cooper, Suzy Quatro, les New York Dolls, et bien sûr Freddy Mercury, Elton John et David Bowie) au rang de stars planétaires à grands coups de paillettes et de looks extravagants au possible. Au début des années 70, une bande de jeunes musiciens prêts à tout estiment que le rock officiel qui cartonne avec des groupes comme Yes, Genesis ou King Crimson, a perdu de sa spontanéité, de son insolence et de sa fougue pour s’engager vers le jazz ou la virtuosité technique. Bref le rock se fait vieux et ces débutants vont lui donner une nouvelle jeunesse.

Combinant le glamour et le rock and roll, le glam-rock est d'abord incarné par Marc Bolan, et son groupe T-Rex. Avec des tubes comme« Hot Love », « Get It On » ou l’album chef d’œuvre « Electric Warrior, Bolan pose les fondations du glam-rock. Mais surtout, il soigne son look comme personne, entre théâtre et burlesque, macabre et dandysme, largement inspiré par les leçons d’élégance de Beau Brummel, le dandy britannique par excellence du XIXème siècle et les univers psychédéliques de Lewis Carol. Mélange de dandysme et de do it yourself, le mouvement glam rock puise à fond dans le théâtre, la pantomime et le cabaret. Les cheveux sont longs et ébouriffés, les pantalons patte d’eph et serrés à la taille, les garçons sont maquillés, portent du rouge à lèvres, des chaussures plateforme, les combinaisons sont près du corps, les manières efféminées sont encouragées au même titre que l'androgynie et la bisexualité se fait tendance.

Dans toute cette agitation, le musicien David Bowie - qui posait déjà en robe de bourgeoise hollywoodienne sur la pochette de son fantastique album « The Man Who Sold The World » - est celui qui va le mieux saisir l’essence du mouvement, le faire sien et en utiliser la charge provocante à une époque plus puritaine qu’on ne le pense. Il exige des émissions comme Top of The Pops (qui font la pluie et le beau temps sur les ventes d’un artiste) le droit de porter les cheveux longs, il s’invente des doubles réguliers (Ziggy Stardust, Alladin Sane), entre la créature, l’extra-terrestre et le travesti. À une époque où il s'agit d'un scandale absolu (et d'une possible fin d’une carrière), il affirme sa bisexualité, comme pour mieux se remettre en question et se réinventer en permanence.

Le documentaire le démontre bien : les maisons de disques attirées par ces nouvelles stars capables de remplacer les Rolling Stones ou les Beatles dans le cœur des midinettes, poussent le glam-rock dans ses retranchements quitte à le dénaturer et - malheureusement - le caricaturer à vitesse grand V. Dans la foulée, de nombreux groupes et artistes surfent sur la vague populaire : les Bay City Rollers, les Dazzler, les Catapult, habillés et promus comme les premiers boys band de l’histoire. Mais la palme revient à Gary Glitter qui mise bien plus sur son look que sur ses talents de composition - vestes à paillettes argentées, chaussures à talons compensés et cheveux hirsutes pour se garantir d'en faire des tonnes.

Aux Etats-Unis, Suzy Quatro, son blouson en cuir noir, ses cheveux courts et son côté butch affole les lesbiennes, Alice Cooper met le feu à ses guitares électriques (préfigurant le grand cirque du futur hard-rock) en mélangeant cabaret, cirque et show d’épouvante. Un grand mix qui va influencer le film culte du glam-rock : « The Rocky Horror Picture Show ». Pendant ce temps là les New-yorkais New York Dolls, managés par le rusé Malcom Mc Laren, posent les bases futures du glam-rock : le punk. Et Jobriath, jeune pédé façonné de toutes pièces comme le pendant gay et américain de Bowie se vautre face à l’homophobie ambiante, avant de finir pianiste de bar et de mourir du sida, en 1983.

Comme tout mouvement musical haut en couleur, le glam a perdu de sa superbe, jusqu'à se voir récupéré. Par le hard-rock et des groupes comme Kiss ou Mötley Crue qui font du glam un carnaval de maquillages et d'effets spéciaux, mais surtout par le punk naissant, plus rude, qui hait la sophistication musicale de ces petits bourgeois à paillettes. Le punk débarque, enterrant le glam rock dans lequel il a allègrement puisé et le Daily Mirror, tabloïd star de l’époque, titre à propos de l’avènement du punk : « l’heure est à la répugnance et sa fureur ». Le glam-rock, résumé à ses plus grossiers clichés, s’efface donc face au mouvement punk, plus radical, violent et minimal, dont les épingles à nourrice et les doigts d’honneur remplacent les paillettes.

Pourtant, aussi éphémère soit-il, le glam aura imposé, dans l'Angleterre conservatrice des années 70, un vent de liberté et d’androgynie, une redéfinition de la masculinité. Puisant dans le camp, le glam aura posé les prémisses du queer et inventé le spectacle total, son et images, plébiscité par MTV. Récupéré par le punk à la fin des années 1970, puis par les nouveaux romantiques au milieu des années 1980, le glam n’aura cessé de disséminer son influence dans les recoins de la pop culture, influencer le cinéma avec le fantastique « Velvet Goldmine » de Todd Haynes, les biopics actuels « Bohemian Rapsody » ou celui sur Elton John. Sans compter sur les artistes actuels qui se servent allègrement dans le genre, avec plus ou moins de grâce. Que ce soit Placebo, Goldfrapp, Lady Gaga, Scissors Sisters, Marylin Manson ou Suede, le glam est toujours là, quelque part dans un coin de notre esprit - rêveur devant ce blouson à paillettes.

« Glam Rock », un documentaire de Christophe Conte, le 22 septembre à 22h30 sur Arte et en replay

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