ces photos vont vous rappeler pourquoi vous ne savez pas dire non aux afters

Regroupant des images de 32 photographes du monde entier, le livre « Mydriasis » s’attache à retranscrire toutes les émotions vécues au cours d’une fête. Vous en ressortirez les pupilles dilatées.

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janv. 30 2018, 12:01pm

On vous dit « Mydriase », vous pensez à quoi ? Encore un terme technique confus, obscur, ou le sujet principal d'un cours de SVT de 4ème que vous n'écoutiez déjà que d'une oreille ? La Mydriase est la « dilatation de la pupille causée par la contraction du muscle dilatateur de l'iris, qui irradie tels les rayons d'une roue. Peut-être causée par une baisse de la luminosité ou l'action pharmacologique de certaines drogues. » C'est donc cet œil, fardé comme il faut, ouvert à l'excès, que vous croisez sur la piste de danse ou dans le miroir des toilettes d'une fête qui bat son plein.

La Mydriase, dans son itération anglaise, « Mydriasis », c'est le nom d'un nouveau livre de photo retraçant un récit émotionnel de fête à travers le regard de 32 photographes. Des photographes qui savent de quoi ils parlent, eux-mêmes issus ou acteurs des scènes underground de leurs différents pays, et chapeautés par Irwin Barbé, photographe très familier de la scène électro française, lui-même épaulé par deux graphistes de Service Local pour la confection du livre. Au gré des clichés, on aperçoit d’ailleurs certains des instigateurs de cette scène locale – Judaah, du label BFDM ou Sacha Mambo de Macadam Mambo.

Un peu plus qu'un simple exercice nostalgique sur les années rave et les oiseaux de nuit, Mydriasis est un regard collectif. Avec l'aide de cette trentaine de photographes, Irwin et Simon ont eu envie de rendre hommage à la fête, à la nuit, au mystère qui l'entoure et aux énergies qu'ils provoquent. En retranscrire l'émotion pour que les habitués touchent du doigt leur propre expérience et que les autres en saisissent un peu plus la profondeur parfois niée ou oubliée. Pris en Amérique, en Europe ou en Asie ces cinq-six dernières années, les photos du livre racontent la fête, les raves et les afters prolongés, précisément choisis parce qu'ils évoquent des sensations sans frontière. L'euphorie qui nous prend au creux de la nuit ou le doute qui pointe au début du jour. La liberté d'une heure et le vide de la suivante. La joie d'une danse et le chaos d'une fin de soirée. On a rencontré Irwin Barbé pour en savoir un peu plus.

Salut Irwin, tu peux me raconter la genèse de ce projet ?
L'idée est venue assez naturellement : on était avec des potes, on se montrait des photos pendant une fête et on s’est rendu compte qu’elles avaient toutes quelque chose de similaire. C’étaient des images plutôt fun, de prime abord, mais qui révélaient parfois des choses très fortes. Et elles n'avaient nulle part où exister, à part sur un album photo Facebook. On s'est dit qu'il fallait qu'on fasse quelque chose pour regrouper ça. Ces photos traduisent des moments importants pour nous, il fallait leur donner un moyen d'exister au-delà du simple aspect festif. On a pensé à nos autres amis, dans d'autres pays, qui font à peu près la même chose que nous, et on a étendu le projet jusqu’à avoir une sorte de… « house nation » (rires)!

Qui sont ces potes, à l’origine du projet ?
Au tout début je sais qu'il y avait mon ami Simon, du label CLFT, et d'autres potes, je ne me souviens plus exactement. C'est Simon qui m'a dirigé vers les deux graphistes avec qui on a fait le bouquin, issus de Service Local, à Lyon. La conception du bouquin a mis presque deux ans : on a passé du temps à chercher toutes les images, à contacter du monde et à trier toutes les photos qu’on a reçues. On ne savait pas si on classait les photos par zones géographiques, par photographe ou autre. Finalement, on s'est dit que l'important était d'avoir le résultat le plus sensoriel et le plus immersif possible. Il y a une progression émotionnelle dans le bouquin. On a voulu retranscrire tout ce qu’on peut ressentir dans une fête : le sentiment de mystère, quand tu arrives dans un endroit avant que la sauce prenne, petit à petit, puis le sentiment de communion, mais aussi les moments les plus sombres, quand tu croises des gens et que tu sens que quelque chose ne va pas, que ça va trop loin. On a voulu proposer un voyage émotionnel, et aller jusqu’à l’ambivalence de l’after, qui peut être le moment le plus beau mais aussi le plus glauque, le plus violent.

Est ce que ça dessine les contours d'une génération, ou au moins d'une scène ?
Oui, plus ou moins, dans la mesure où toutes les photos ont été prises ces cinq, six dernières années. Même si on y voit des scènes qui sont parfois éloignées les unes des autres, elles peuvent toutes être regroupées dans cette « deuxième vague de la techno/house ». Ce n'est pas sociologiquement ultra-précis, mais il y a quand même un lien entre toutes ces scènes, ces endroits, ces gens.

Les photographes du livre sont tous connectés à la musique ?
Oui, c'était quelque chose de très important pour nous. On voulait des photographes qui fassent partie intégrante des scènes qu’ils capturent, qui ne soient pas des journalistes venus faire un reportage, un coup d’une fois. Ils sont tous acteurs de ce qu'il se passe, ils ne font pas que regarder. Du coup, je trouve que le livre évite le côté voyeuriste que l’on peut retrouver quand des gens extérieurs photographient un milieu qu'ils connaissent mal. Après, peut-être qu'en tombant sur le livre, les personnes qui n'ont rien à voir avec ce milieu seront choquées et se demanderont ce que foutent les gens sur les photos. Mais je pense qu'il y a une certaine tendresse dans les images qu'on a sélectionnées, qui prévient ce genre de réaction.

C'est très connecté à une scène et une époque en particulier, et pourtant beaucoup de choses font très vintage, datées.
C'est vrai que c'est assez dingue, beaucoup m'ont fait la remarque et pensaient que c'était une anthologie de la fête des années 1990 à aujourd'hui ! C'est lié à plein de choses. Par exemple, ça ne relève pas d'un choix esthétique mais il s'avère que tous les gens qui ont collaboré shootent à l'argentique. Ça amène une texture à l'image, plus dure à contextualiser. Puis il y a l’aspect vestimentaire qui brouille les pistes. Il y a plein de spots, notamment en Ukraine, où les gens ont des styles dingues, impossibles à dater.

En voyant ça, on se rend vite compte qu'au-delà du côté excessif de la chose, la fête est vraiment créatrice de quelque chose.
C'est vrai. Quand je regarde mon entourage, les gens avec qui je travaille, mes proches, je réalise que je les ai rencontré pour la plupart pendant des fêtes. On ne pense souvent qu'aux côtés négatifs, aux gens qu’on ne voit qu’en teuf, aux rencontres éphémères. Mais il y a des choses qui se créent pendant ces moments-là, c'est certain. C'est aussi ce qu'on a essayé de faire avec le livre : transcender cette image d'une activité futile ou vaine, dans laquelle les gens ne se plongent que pour s’évader. La fête pour moi, c'est vraiment quelque chose d'humain. Ça a toujours existé. Peut-être même qu'on vit à la pire époque en termes de catharsis.

Est-ce que le but du projet était aussi de montrer un monde un peu secret à des gens qui n'en font pas partie ?
Il y a un peu de ça, oui ! On voulait un objet très personnel, une synthèse de moments qu'on a vécu auxquels, je pense, peuvent s'identifier pas mal de gens. Et en même temps, on voulait aussi un livre assez complet, vecteur d'émotions, pour que les gens qui ne connaissent pas du tout ce milieu puissent se dire : « Ok, ça ressemble à ça. » Et puis, on avait aussi envie de répondre à ce moment, pendant une fête, où tu te demandes à quoi ça rime, pourquoi tu fais ça. Ce bouquin, ça pourrait être une façon un peu positive de se déculpabiliser !

Mydriasis, avec la participation de : Agne Petraityte, Basile Peyrade, Basile Pierre, Camille Garenton, Céline Mosz, Diane Barbe, Ella Hermл, Etienne Vergier, Florent Hadjinazarian, Francis Dufeu, George Nebieridze, Hugo Ramos, Kais Dhifi, Katerina Andonov, Kristina Podobed, Léa Signe, Lena Petit, Lesha Berezovskyi, Louise Ernandez, Lucia Martinez, Luis Nieto,Malou Raulin, Margaux Patris,Netti Hurley, Nicolas Bourthoumieux, Pauline Quartco, Pedro Henrique, Polyka Srey, Sasha Vernaeve, Sйan Schermerhorn, Sebastien Robert, Selma Rossard, Simon Chambon-Andreani, Szymon Malecki, Ted Shin, Cecilia Corsano-Leopizzi, Teres Bartunkova, Tom Murchie, Yu Lin Humm, & Zoл Guthrie.