ren hang s'est invité chez kitsuné !

Le photographe chinois vient de shooter la collection capsule "Reishiki", inspirée des rites traditionnels japonais – une collaboration en hommage aux origines métissées de Kitsuné. Rencontre avec ses deux créateurs, Gildas et Masaya.

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avr. 8 2016, 9:30am

Comme un bon vinyle, une belle pièce se fiche du temps qui passe. Cela fait 15 ans maintenant que Gildas et Masaya, le duo caché derrière le petit renard Kitsuné, l'ont compris. Leur curiosité insuffle au paysage musical comme à la mode française, une fraîcheur aussi moderne que raffinée. À travers ces deux univers disjoints que sont la musique et la mode, Kitsuné tire profit de son métissage et investit des territoires inconnus jusqu'alors : pour preuve, la folk new-yorkaise de Beau et la chanteuse zimbabwéenne Tkay Maidza viennent de rejoindre leur label. Pas étonnant que Gildas et Masaya soient partis à la recherche de Ren Hang, le photographe à l'esthétique plus insolente que jamais. Un choix audacieux qui intervient au moment même où la marque rappelle - avec l'ouverture d'une nouvelle maison boutique à Tokyo, pensée en hommage à l'hotel Okura - l'importance de ses racines asiatiques. La maison a laissé carte blanche à l'artiste chinois pour immortaliser sa toute nouvelle collection capsule, "Reishiki". On a discuté avec le duo Kitsuné pour en savoir plus sur cette jolie collaboration. 

Cela fait maintenant trois ans que Maison Kitsuné s'est installé au Japon et vous venez d'ouvrir votre troisième boutique à Tokyo. C'est un retour aux sources pour vous ? Vous renouez avec vos origines asiatiques ?
Notre identité franco-japonaise a toujours été une source d'inspiration. Cette année, il est vrai que beaucoup de nos projets font référence à l'Asie, au Japon : notre troisième pied-à-terre à Tokyo par exemple a été conçu à l'image d'une maison traditionnelle japonaise et s'inspire de l'iconique Hôtel Okura. Pour ce projet, nous avons également souhaité faire appel aux savoir-faire traditionnels japonais, aux artisans locaux. Plus qu'un retour aux sources, à travers nos boutiques ou nos collections, nous avons voulu rendre hommage à nos origines asiatiques.

Vos origines font partie de l'ADN de Maison Kitsuné, aujourd'hui. Avez-vous toujours pensé que le cosmopolitisme allait définir et faire grandir Maison Kitsuné ?
Masaya : Je suis né à Tokyo, j'ai grandi à Paris, je suis parti à New York lorsque j'avais 18 ans puis je suis revenu à Paris où j'ai rencontré Gildas qui m'a demandé de l'accompagner à Tokyo à l'occasion de la production d'un film de Daft Punk. Quand nous sommes revenus à Paris, nous avons décidé de créer Maison Kitsuné. Depuis, je suis retourné Tokyo et cela fait maintenant presque un an que j'y suis installé.
Gildas : Tout a commencé lors de ce voyage à Tokyo. En arpentant les rues de la ville, nous avons découvert un tout autre concept de boutiques qui nous a inspirés, donné envie de créer une structure différente et originale combinant marque de prêt-à-porter, label de musique et depuis 2013, des Café Kitsuné : Paris, New York, Tokyo et aujourd'hui Hong Kong, où nous avons inauguré notre première boutique en juin 2015 sont définitivement des villes qui nous inspirent.

Vous collaborez avec le photographe chinois Ren Hang pour votre dernière collection capsule. Comment s'est faite votre rencontre ?
Ren Hang est un jeune photographe très talentueux, un des plus prometteurs de sa génération. Nous suivions son travail depuis déjà quelques années. Suite à notre collaboration pour le shooting de la collection capsule Reishiki, nous avons fait appel à lui pour mettre en scène notre toute première collection de chaussures. On aime beaucoup ce contraste entre les lignes sobres et épurées de ces deux collections et l'univers captivant, profondément poétique de Ren Hang.

À travers ses photographies, Ren Hang bouleverse les diktats et les codes de son pays. Votre collection capsule « Reishiki », de son côté, invoque la discrétion, le respect des cérémonies et des rites japonais. Cette dualité entre passé et présent n'est-elle pas propre à Maison Kitsuné ? À son histoire ?
Dès nos débuts, nous avons voulu proposer une vision contemporaine de la mode sous influences parisienne et tokyoïte - entre tradition et modernité, confort et simplicité, chic et décontraction. Nous retrouvons toujours dans nos collections des pièces classiques inspirées des années 50, 60 ou 70, qui parfois fonctionnent comme des madeleines de Proust, amènent une certaine nostalgie.

Votre collection est presque entièrement conçue sur le principe de l'unisexe. Est-ce une démarche politique pour Maison Kitsuné ?
Nous jouons depuis longtemps les effets de miroir entre les vestiaires homme et femme. Nos collections se répondent à travers des jeux de correspondance : mêmes tissus, imprimés, palettes de couleurs, détails... Au-delà de se faire écho, les collections homme et femme partagent des basiques - cardigans, polos, sweat-shirts... - qui sont à proprement parler des pièces unisexes. Il ne s'agit donc pas d'une démarche politique pour Maison Kitsuné mais davantage d'une démarche pérenne puisque nous proposons des pièces unisexes depuis nos débuts, et cela fonctionne très bien.

Vous continuez de célébrer la jeunesse créative avec votre label. Comment fait-on pour rester jeune, dans la musique comme dans la mode, lorsqu'on a de l'expérience et un héritage derrière soi?
La clé est de rester fidèles à ce que l'on aime, être curieux, ouverts d'esprit...

Comment imaginez-vous le futur de Kitsuné, dans cinq ans ?
Nous aurons plus de boutiques dans le monde, des Café Kitsuné aussi... Côté label, nous espérons entendre plein de nos musiques à la radio. Nous avons signé de super artistes récemment comme Mothxr, Beau, Tkay Maidza, Parcels...

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg
Photographie : Ren Hang pour Kitsuné