on fait tous partie de la planète gypsy sport (même les parisiens)

La marque new-yorkaise tout juste primée par le CFDA était de passage Paris. Rencontres.

par Tess Lochanski
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05 Juillet 2016, 11:05am

C'est en collant une visière des Yankees à un Kufi pour une soirée déguisée que Rio Uribe a donné naissance à Gypsy Sport : deux casquettes de baseballs en révolution, comme Saturne. Un acheteur d'Opening Ceremony l'a voulue, tout de suite, pour sa chaîne. C'était il y a 4 ans. En février dernier, Anna Wintour a elle aussi craqué et Gyspsy Sport a remporté le CFDA/Vogue Fashion Fund. Il était à Paris pour présenter son travail. Pour la première fois le créateur, qui a longtemps travaillé pour Balenciaga à New-York, s'est senti "invité" par la ville lumière. Enfin, la ville semble prête. Prête à comprendre que c'est en célébrant nos différences qu'on vivra mieux ensemble. Une idée chère à Gyspsy Sport, et à i-D. Avec lui, nous avons cherché les plus beaux visages du Paris de demain. Du monde de demain. Uni et métissé. RDV sur Saturne.

Tu es à Paris depuis quelques jours, qu'est-ce que tu penses de la ville ?
J'aime beaucoup. Je suis venu ici plusieurs fois, à chaque fois pour des raisons différentes. Mais c'est la première fois que j'apprécie vraiment Paris. Habituellement, c'est qu'une sorte de vision fantasmée où je ne vois que les immeubles magnifiques et des gens un peu snobs. Mais cette fois, j'ai l'impression qu'on m'a donné la permission d'aller voir au-delà de ça. Je me sens invité, c'est super.

Aujourd'hui, on a photographié tous ces jeunes, on a essayé d'imaginer ton crew parisien… Comment tu décrirais ton crew ?
C'est assez dur de ramener ça à un crew, parce que n'importe quel cool kid peut être Gypsy Sport… Le casting était fou. Je pense que cette jeunesse parisienne a faim de ce genre de choses, de projets. Les gens veulent être créatifs, veulent être vus, et je suis ravi qu'on ait pu faire ça avec Gypsy Sport, parce que ça colle tout à fait à l'esprit de la marque. Ils étaient incroyablement cool, ces jeunes ! La France a cette réputation, on la dit remplie de snobs et de gens fermés. Et il y en avait des gens comme ça quand on a shooté dans le métro. Mais ces gosses, c'était l'exact opposé. On s'est amusés ! Les gens dans le métro avaient l'air de nous regarder en se disant : "C'est pas une boîte de nuit !"

Pourquoi tu as lancé Gypsy Sport ?
Je pense que j'ai toujours voulu être designer, mais je ne suis jamais allé à l'école pour ça, je ne suis passé par aucune formation. Mon passage chez Balenciaga m'a vraiment fait aimer la mode. Je regardais ça comme de l'art. Et c'est pour ça que je venais souvent à Paris - chaque saison, j'assistais aux défilés, j'apprenais à vendre les collections. J'adorais. Les gens faisaient de l'art, et d'autres gens voulaient porter ces œuvres d'art, les acheter. 1000 euros pour une chemise, ça n'avait aucun sens ! J'ai compris que je pouvais gagner ma vie en faisant des choses beaucoup mieux. Enfin… au moins des choses plus accessibles. Quand j'ai décidé d'avoir ma propre marque, je me suis dit qu'il me fallait un message, je me suis demandé ce que je voulais dire. Et ce que je veux dire, c'est que les gens sont importants, les gens sont beaux dans toute leur diversité. Les gens seront toujours différents, ils agiront toujours différemment, s'habilleront différemment. Voilà pourquoi j'ai créé cette marque. Pour donner une voix à cette diversité.

Ce concept et ce sens de la diversité que tu as sont assez nouveaux.
Eh bien, j'aimais beaucoup United Colors of Benetton. Comme la marque présentait un large panel de couleurs de peau. Donc je pense que la diversité est un concept présent depuis longtemps. Ce qui est cool en ce moment, à Paris, c'est cette soif de culture. La meilleure musique vient de Paris. Je ne pense pas amener la diversité à Paris, elle a toujours été là. Mais il faut la montrer.

D'où tu viens ?
Je suis né à Los Angeles. Adolescent, j'ai vécu au Mexique pendant quelques années avant de revenir en Californie. Je vis à New York.

Ça ressemble à quoi New York aujourd'hui ?
Il y a une scène dans Star Wars, où les héros vont dans un bar où tous les types d'aliens de la galaxie boivent un verre… C'est ça New York.

Tu as toujours eu cette approche politique de la mode ?
Quand je travaillais à Balenciaga, tout ce que je voulais, c'était tout quitter, devenir artiste. En rentrant chez moi après le boulot, je faisais des t-shirts, des chapeaux, de la peinture. Mes amis me disaient montrer mes pièces. Je ne voulais pas que les gens voient ça. Puis un jour, un ami a montré un de mes chapeaux à un acheteur, qui a voulu en commander. C'était la première fois que je me rendais compte que je pouvais gagner ma vie en vendant mon art. Je voyais ça comme de l'art, pas de la mode. Et j'avais cette idée en tête. Je voulais travailler avec des photographes pour partager une vision de l'humanité. Quand j'ai monté Gypsy, je me suis dit que ce serait bien de voyager et de faire une collection par pays traversés. Mais je n'avais pas les moyens, donc à la place j'ai fait des recherches approfondies sur les styles de différents pays. Pas les styles de rue mais plus les tenues ancestrales, traditionnelles. Ces références devenaient des peintures, ces peintures devenaient des vêtements. Et puis j'ai gagné une compétition VFiles Made Fashion, un événement encore très underground à l'époque. Je n'avais encore pas fait de collection ! Je me suis donc dit qu'il était temps de m'y mettre. Et je pense que ce mélange de cultures de partout dans le monde a posé les bases de mon message sur la diversité.

Pourquoi ton logo ressemble à Saturne ?
On m'a demandé de faire un logo. J'en avais besoin, pour les défilés. Je me suis mis à dessiner plein de trucs. J'ai encore mes cahiers de brouillon. Pendant longtemps je voulais un cercle, simplement. J'essayais de dessiner les lettres G et S en forme de cercle. Ça ne marchait pas. Un jour j'étais tellement lassé que j'ai tout barré, et ça rendait un truc cool, ces lignes et ces cercles. Puis c'est devenu Saturne. Et puis je voulais que ce soit un chapeau. Alors j'en ai pris un, et j'ai mis l'autre à l'envers… facile !

Et le nom de la marque, il vient d'où ?
J'ai toujours voulu qu'on lise "Sport". Quand je vais faire mon shopping à Harlem, les magasins qui vendent des fringues pas chères, des chaussures faites en Chine, s'appellent toujours "quelque chose - Sport". Donc j'avais besoin de "Sport", ça ramenait la marque à quelque chose d'accessible. Et "Gypsy", c'est venu parce que j'avais à l'esprit une population dont la culture est faite de plein d'autres cultures - ils voyagent, leur style vient d'Inde, d'Asie du Sud, etc. Je voulais que ma marque vienne aussi de plein d'endroits. Je suis tombé sur le mot "gitan", mais Gitan Sport, c'était déjà pris. Gitano Sport aussi. Donc j'ai opté pour Gypsy. Ça fait cinq lettres, comme Sport. C'est équilibré.

Tu as l'air de tout entreprendre de manière instinctive. Comment tu réagis au respect que te montre le monde de la mode ?
Je suis super honoré que des gens soient intéressés par ce que je fais. Honnêtement, j'ai l'impression que c'est ce que je dois faire, c'est ce qui doit arriver. C'est bizarre et compliqué à expliquer. Je détestais ma vie avant… Je passais mon temps à bosser. Maintenant, j'aime ce que je fais, et les gens semblent aussi aimer ce que je fais. Du coup j'ai le sentiment d'être sur la bonne voie. C'est très agréable.

Tu as pensé quoi de la sortie de l'Europe du Royaume-Uni ?
C'est troublant. Je pense que tout le monde est encore bouleversé, un peu blessé. Mais je pense qu'il y a des enjeux politiciens derrière tout ça. Même si cela crée de la division, la vérité c'est que la jeunesse va tout changer. Les vieilles personnes qui prennent toutes les décisions ne sont intéressées que par l'argent, et je pense que le monde va réaliser que les connexions authentiques et l'amour, honnête, sont bien plus importants. Donc on s'en fout. D'accord ça va faire mal à l'économie, mais une fois la dépression passée, on sera plus forts, plus heureux. C'est chiant pour l'instant, mais ça ira mieux.

Tu penses que la jeunesse peut changer le monde ?
Bien sûr. Les deux premières lettres de Gypsy Sport, c'est pour "Global Youth" ! Si on partage ce message, les gens s'y reconnaîtront. Je pense que c'est pour ça que les gens aiment Gypsy, parce qu'on croit en cela, parce qu'on montre qu'on fait tous partie d'une seule et même chose. On est ensemble. 

Credits


Texte : Tess Lochanski
Photographie : Axel Morin
Styliste : Benjamin Brouillet
Production : Iman Delimi
Toutes les pièces sont signées Gypsy Sport.