de l'importance d'être amoureux en 2016 avec mac miller

Plus engagé et féministe que jamais, le jeune rappeur de Pittsburgh signe son grand retour avec ‘The Divine Feminine’ — l'occasion de l'entendre parler de la puissance féminine, du cosmos et de l'importance de l'amour en 2016.

par Emily Manning
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29 Août 2016, 8:35am

2012 : Mac Miller, un nom qui nous est encore peu familier, sort en grande pompe son premier album, Blue Slide Park.Tout les kids d'Outre-Atlantique se l'arrachent - si bien qu'il devient le premier album indépendant à atteindre le top 200 en 16 ans - la critique, elle, est moins fan. Ce succès commercial aurait pu lui permettre de vivre encore longtemps sans rien faire. Mais Mac Miller n'est pas du genre à se reposer sur ses petits lauriers. Mais alors pas du tout. Un an après ses débuts remarqués bien au-delà de sa Pennsylvanie natale, le jeune rappeur enchaîne avec l'album Watching Movies with the Sound Off, que Pitchfork définit comme "un bond en avant artistique " avant d'encenser le suivant, sorti en 2015 :OD AM.

Je me suis souvent demandée par quel miracle sa métamorphose s'était produite - comment les beuveries joviales aux effluves house ont fini par se transformer, chez Mac Miller, en mélodies jazzy aux références pointues ; comment son cynisme adolescent, presque suffisant, a donné naissance à ce qu'on connaît de lui aujourd'hui : des rimes qui célèbrent l'autodérision et l'épanchement lyrique. Bref, j'ai arrêté de me poser toutes ces questions quand je l'ai vu débarquer le jour de l'interview. J'ai vite compris que son amour inconditionnel de la musique l'avait porté et fait grandir. A peine arrivé, il cite les harmonies doucereuses de New Edition et réussit à caler quelques mouvements de dance qu'il tient de son groupe de R'n'B préféré. The Divine Feminine, son album dont la sortie est prévue pour le 16 septembre, est en quelques sortes, le produit de toutes ses références musicales. Il est riche, de toute évidence, à l'image de Miller, accro à l'amour, la musique, les femmes et le cosmos - ses "raison d'etre", (à prononcer avec l'accent).

"Ce que je préfère dans la musique, c'est le fait de pouvoir retranscrire l'expérience humaine sous ses angles les plus opposés. Je me suis toujours défini comme un artiste aux identités multiples, m'explique-t-il. Je suis du genre imprévisible. C'est ce que j'aime, ce que je veux retranscrire à travers ma musique." Difficile de lui donner tort. GO:OD AM épluchait les sujets qui touchent Miller, des politiques qui enserrent l'industrie musicale au racisme et l'éternelle problématique de l'addiction à la drogue. Un bijou, brut, délicat de candeur et accompli, selon lui : "quelqu'un m'a demandé ce qu'il me restait à retranscrire, maintenant. J'ai ressenti le besoin de parler d'amour, parce que j'ai jamais creusé dans cette veine, jusque là," avoue-t-il.

The Divine Feminine n'était qu'un EP au départ. Sauf que Miller ne pouvait plus s'arrêter d'écrire et prolonger son nouvel univers. L'EP est devenu un album de 10 titres, auquel le thème de l'amour, expérimental, moderne, cosmique, parfois, fait du bien. Pas de conte de fée mièvre ni de strip clubs là-dedans, Mac Miller est allé chercher un peu plus loin que dans les sempiternels leitmotivs du rap game : "J'ai puisé dans mon vécu et mon expérience pour en faire ressortir tous les travers universels — mon album ne parle d'amour, il parle de l'idée de l'amour." Rien à voir, donc.

Sa vision universelle de l'amour commence avec une définition très personnelle de la beauté. "Je considère que l'amour est le plus beau sentiment qui soit, parce que tout le monde en est submergé, plein. Plus rien n'existe autour. — c'est aveuglant, puissant, dévastateur de beauté, enchaine-t-il. Mais ce qui m'importe, ce n'est pas la petite histoire, c'est son universalité. Ce qu'il génère dans le monde. Et l'importance de l'énergie féminine sur terre." Les idées fusent, Mac Miller ne s'arrête pas : "Je suis un optimiste. Plein d'espoir. Peu importe que ça plaise ou non, que ça vende ou non. Je me battrai toujours pour ça."

Pour mener sa bataille, Miller s'est, comme à son habitude, entouré de collaborateurs - et pas des moindres. L'indétrônable et politique Kendrick Lamar, le jazzman Robert Glasper. Son feat avec Ty Dolla $ign— un écrin groovy aux élans R'n'B— ajoute une nouvelle corde à l'arc Miller. "Quand on commence à parler de sexe dans le morceau, sa voix s'élève et se distord. Je n'ai jamais entendu quelqu'un chanter comme lui," déclare-t-il. Au sujet du choix de ses multiples collaborateurs, Miller sait rester humble : "Ces gens aiment et pensent la musique comme je l'aime et la pense. Tous étaient capables de retranscrire les émotions que je voulais coller sur cet album."

Le chic, chez Mac Miller, sait qu'il étonne par le choix de ses collaborateurs - un groupe d'étudiants de Julliard, prestigieuse école de danse outre-atlantique, entonne un refrain funk sur son désormais culte "Dang!", premier single de The Divine Feminine à s'être infiltré sur la toile fin juillet. Mac Miller s'extasie, devant l'oreille absolue des kids de Julliard qu'il a croisés lors d'un spectacle de Noël, à l'école. "C'est tellement cool d'être à Julliard et de faire du violon — putain, on en a même fait des films ! Julia Stiles, man! Save the Last Violin ! La meuf se tenait devant moi, elle a fait un solo de violon de 20 minutes. Ça m'a fendu l'âme, s'emballe-t-il. "Je me lasserai jamais de regarder les musiciens jouer."

Mais la plus grande réjouissance de cet album, ce sont les retrouvailles avec Ariana Grande, la petite bombe qui signait un tube avec Miller en 2013, The Way, tube qui l'a propulsé au rang de pop-star intergalactique.

"Quand on a commencé à taffer ensemble, elle faisait pas encore de musique. On écrivait à quatre mains, chez moi, on trainait tout le temps ensemble ," rappelle-t-il. Ils se sont perdus de vue un temps. C'est lui qui est revenu vers elle, une proposition à la main. Elle a tout de suite accepté de le rejoindre. "On s'est rendu au studio pour le bosser et là, j'ai compris qu'elle avait vraiment grandi. Elle m'a chamboulé. Je lui ai juste filé un brouillon, elle en a fait de l'or. C'est ça, son vrai talent. Sa voix. Ses mélodies. Tout chez elle, me bouleverse et me transcende. Je voudrais qu'elle soit tout le temps à mes côtés."

Bien avant qu'elle ne sorte son phénoménal album, Dangerous Woman, cette année, Ariana Grande avait envie de l'ouvrir et de se faire entendre. Ce qu'elle a fait, dans un manifeste éloquent de féminisme, qui dénonce le sexisme et la misogynie ambiantes du milieu. Elle a invoqué la grande Gloria Steinem, sa tante Judy, première femme américaine à s'être imposée pour devenir présidente du Press Club de Washington. Miller, de son côté, célèbre les femmes de sa famille avec la même ferveur et la même fierté. "Ma grand-mère a connu la plus belle histoire d'amour que le monde ait porté. C'est une histoire après laquelle je ne cesse de courir et revenir. L'amour qu'elle portait à mon grand-père m'a inspiré, en tant qu'homme et en tant qu'artiste. J'ai compris comment les femmes pouvaient traiter les hommes et comment l'homme doit traiter la femme en retour," assure-t-il.

Si la romance de ses grands-parents l'inspire, c'est à sa mère que Miller doit tout, ou presque. "Parce que ma mère est wonder-woman — littéralement, elle l'est. Elle n'est pas comme toutes les mamans, elle est magique !" Il marque un temps, sourit. "Toute ma vie a été rythmée par la douceur et la beauté de mon environnement — tout le monde se sent à l'aise, à la maison chez moi."

Si l'album The Divine Feminine célèbre l'amour dans toute sa pluralité, sa diversité et son incandescence, Miller espère que son public ressentira ce qu'il a ressenti en l'écrivant. "Avant de le commercialiser, je l'ai fait écouter à un pote et sa nana. C'est en les regardant tous les deux, écouter mon album ensemble, que j'ai compris que je pouvais retranscrire quelque chose de vraiment fort à travers ma musique. Ils étaient à fond dedans, tous les deux, à l'unisson, confie-t-il.

"C'est exactement ce que je souhaite à mon public — qu'il se laisse aller, qu'il se laisse enfin guider par ses émotions. Je veux que les gens se souviennent de leur première écoute. Je veux qu'ils aiment ma musique et que ma musique les fasse aimer à leur tour. C'es tout ce qui m'importe. "

'The Divine Feminine sortira le 16 Septembre mais en attendant, vous pouvez pré-commander l'album ici

Credits


Texte : Emily Manning
Photographie : Eric Chakeen