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11 films français à voir absolument cette rentrée

Bonne nouvelle : le cinéma français est en pleine forme, porté par une nouvelle génération d'acteurs et de réalisateurs pleine de fougue, d'ambition, d'intelligence et de talent. Joyeuse rentrée à tous.

i-D France

Les vacances, c'est fini. Pour pallier à l'ennui mortel de la rentrée des classes, le cinéma français nous attend, plus ambitieux et révolté que jamais. Et son retour en salles nous prouve que rêver, en 2016, est encore l'affaire de toutes et tous. Leitmotiv de cette rentrée filmique, le rêve hante la nouvelle garde de réalisateurs et leurs personnages assoiffés de beau et d'idéal. 

Cette quête revêt la forme du voyage homérique chez Rodrigues, le réalisateur portugais qui s'est tourné vers le jeune Paul Hamy pour incarner son Ornithologue barré dans la nature, et celle, plus amère, d'une expédition apocalyptique vers la fin du monde, lorsque Xavier Dolan s'en empare. Le rêve transcende le corps et libère l'âme des danseuses de Rebecca Zlotowski pour l'ambitieux et féminin Planétarium ; se teinte d'idéal et de spiritualité chez les kids désaxés d'Uda Benyamina. C'est une poursuite du bonheur chez Justine Triet et celle d'une jeunesse survoltée, incarnée par Finnegan Oldfield et Vincent Rottiers qui veut tout envoyer en l'air chez Bonello. 2016 oblige, le rêve, c'est aussi la lutte - qu'elle soit quotidienne pour les gamins d'Aulnay-sous-Bois qu'Olivier Babinet documente dans son nouveau film hybride et réjouissant, ou ponctuelle - pour les soldates du duo féminin Delphine et Muriel Coulin. Et celle, enfin, cynique d'un Alain Guiraudie qui signe son grand retour avec le prophétique Rester Vertical. Bref, le cinéma français n'a pas fini de nous enchanter — c'est une très bonne nouvelle. 

Victoria, Justine Triet (14 septembre)
Il y a eu La Bataille de Solférino. Un bijou de fougue et de justesse, il y a trois ans. Sans s'en rendre compte, la réalisatrice Justine Triet amorçait l'air de rien un sauvetage en bonne et due forme de la comédie française. Elle confirme l'essai et signe cette année le fantastique Victoria où l'on découvre une Virginie Efira (définitivement l'actrice la plus cool de France - en même temps, c'est normal, elle est belge) en avocate à la trentaine qui traine, en descente douce : "J'ai constaté que dans le fond du fond, ben y'a pas de fond." L'intelligence règne, la folie douce s'impose et la beauté triomphe : la comédie pique autant qu'elle panse nos plaies. On en aura tous besoin pour achever 2016.

Divines, Uda Benyamina (31 août)
Il n'en fallait pas plus pour exciter tout le monde à Cannes : Uda Benyamina, 33 ans, inconnue et fraichement débarquée sur la Croisette, brandit sa caméra d'or face public et lance sa réplique tirée de son film Divines, désormais culte : "t'as du clito !" Forcément, personne ne comprend où la réalisatrice veut en venir, mais tout le monde trouve ça cool. C'est vrai que parler clitoris, en 2016, c'est comme prononcer le mot "banlieue", ça excite toujours. Pour autant, réduire Divines à un énième "film de banlieue" (une tradition française qui voudrait qu'Eric Rohmer, Kassovitz et Sciamma réalisent un plan à trois, sans doute) ou à un film "féministe" ne rend pas hommage à l'universalité du propos. Parce que Divines, c'est moins un film de banlieue qu'un film sur ceux qui y vivent, s'y aiment et s'y débattent. C'est aussi un pied-de-nez sublime aux frileux qui n'osent pas mélanger les genres ni renverser les codes. Et c'est autour de Dounia, jeune apprentie dealeuse subtilement interprétée par Oulaya Amamra, que la réalisatrice autodidacte dresse le portrait d'une jeunesse schizophrène, tiraillée entre sa soif d'or et sa quête de spiritualité - à ceux qui en douteraient encore, les misfits ont toute leur tête pour rêver : Divines en est l'ultime et la plus belle preuve.

Nocturama, Bertrand Bonello (31 août)
Le dernier film de Bertrand Bonello, sur lequel il travaille depuis six ans maintenant, n'a pas été montré à Cannes. Personne ne sait vraiment pourquoi. Si ce n'est peut-être le sujet du film. On dira "délicat". Un groupe de jeunes (issus de milieux différents, c'est important) se rassemble un soir et fait exploser des lieux symboliques dans Paris. Pourquoi ? Ce n'est pas la question. Mais comment ? Comment fait-on pour tout foutre en l'air ? Parmi eux, quelques chouchous d'i-D, dont Finnegan Oldfield et Vincent Rottiers. "Je voulais rassembler un groupe socialement hétérogène qui ne soit pas représentatif d'un milieu ou d'une catégorie : la périphérie, l'Islam, la gauche révolutionnaire, la bourgeoisie illuminée… Je voulais m'attacher à un groupe dont la seule unité résidait dans la rage" a expliqué récemment le réalisateur au journal italien Il Manifesto. Forcément, ça nous parle. Cannes ou pas Cannes. 

L'ornithologue, Joao Pedro Rodrigues (30 novembre)
Joao Pedro Rodrigues signait son grand retour à Locarno cet été avec un film au titre enchanteur d'anachronie, L'Ornithologue. Habitué des eaux troubles, le réalisateur portugais disséquait déjà, en fin psychologue, les turbulences d'un triangle amoureux délectable, morbide et pernicieux pour Odete, sorti en 2006. Toujours profane et dans le sillon bataillien (la dialectique amour/mort lui sied décidément bien) c'est à travers le jeune et prometteur acteur Paul Hamy (sublime en ornithologue à la dérive parti étudier les oiseaux noirs d'une rivière tumultueuse) ; que Rodrigues nous convie au périple d'un Crusoé pommé dans la jungle portugaise moderne. Un conte mystique qui ne manquera pas d'enchanter le Paris du mois novembre - Paul Hamy inconscient, nu et ligoté dans une nature foisonnante, rebaptisé Fernando pour l'occasion, ne manquera pas de vous le rappeler. À bon entendeur.

Juste la fin du monde, de Xavier Dolan (21 septembre)
Bonjour, j'ai 27 ans, un Prix du Jury et un Grand Prix à Cannes. Mon prochain film réunit Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard et Léa Seydoux ; bonjour. Un tel casting ne s'assemble que derrière une valeur sûre, aussi jeune soit-elle. Incontestablement, Xavier Dolan est l'un des talents les plus éclatants du cinéma actuel, de celui du futur et de celui du passé proche - J'ai tué ma mère (2009), Laurence Anyways (2012) ou Mommy (2014) sont plus d'éclairs de génie qu'on en trouve parfois dans des filmographies deux fois plus longues. Pour Juste la fin du monde, le réalisateur québécois s'est lancé dans l'adaptation de la pièce de théâtre du même nom écrite en 1990 par un Jean-Luc Lagarce atteint du Sida. Elle raconte le périple d'un écrivain de retour dans son village natal après douze ans d'absence pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Si l'on en croit le dernier jury cannois : un grand film, encore un. Roulez jeunesse.

Voir du pays, Delphine Coulin et Muriel Coulin (7 septembre)
Voir la guerre et suivre l'armée, au cinéma français c'est plutôt inhabituel. On pense avec un sourire à La grande vadrouille, et avec moult douleurs aux Chevaliers du ciel. Mais au-delà de ça, autant dire que le sujet est assez évasivement évité. Alors quand les sœurs Coulin (déjà réalisatrices de 17 filles) s'en chargent et décident en plus d'articuler leur récit autour de personnages féminins, ça nous intéresse. Avec Voir du Pays, Delphine et Muriel ne racontent pas vraiment la guerre, mais son après. On suit donc deux jeunes filles (Soko et Ariane Labed) et leur section pendant la période du retour à la maison, ici ponctuée d'une escale à Chypre. Ce que l'armée appelle le "sas de décompression", là où il faut laisser la guerre, l'oublier, pour revenir la tête sur les épaules et le cerveau bien rangé. Si possible.

Planétarium, Rebecca Zlotowski (16 novembre)
On ne juge pas un livre à sa couverture, comme disent les anglais. Mais il faut avouer que le programme est réjouissant. Rebecca Zlotowski, jeune cinéaste française surdouée (Belle Épine, Grand Central) convoque dans le Paris des années 1930 Natalie Portman, Lily-Rose Depp et Louis Garrel. Elles y incarnent Kate et Laura Barlow, deux soeurs américaines mediums, happées par un producteur de cinéma, André Korben, qui les entraine dans la création d'un film follement ambitieux. On n'en attendait pas moins. 

Swagger, Olivier Babinet (16 novembre)
Peut-être le film le plus intriguant de cette rentrée, parce qu'il est aussi assez cryptique (comme le terme swagger peut apparaître cryptique à votre grand-oncle Georges). Décrit comme un "teen-movie documentaire" le film d'Olivier Babinet (déjà remarqué pour Robert Mitchum est mort, road trip halluciné réalisé avec Fred Kihn) s'attèle à retranscrire les aspirations et réflexions d'élèves d'un collège d'Aulnay-sous-Bois. Quel futur on imagine quand on évolue au cœur d'une des cités les plus pauvres de France ? Comment voit-on le monde qui nous entoure ? Si le film emprunte les codes classiques du documentaire, il ne se gêne pas pour flirter avec ceux de la comédie musicale ou de la science-fiction comme des instruments d'espoirs… Pour citer le synopsis du film présenté sur le site officiel : "[…] malgré les difficultés de leurs vies, les enfants d'Aulnay et de Sevran ont des rêves et des ambitions. Et ça, personne ne leur enlèvera." Si le résultat est aussi tendre et drôle que sa bande annonce et aussi esthétiquement prometteur que son titre, on tient le bijou de ce fin d'année. 

Rester Vertical, Alain Guiraudie (24 août)
Le cinéma attendait Guiraudie au tournant pour la sortie de son cinquième long-métrage, Rester Vertical. Un titre obscur évoquant la posture de son personnage principal, Léo (brillamment incarné par Damien Bonnard) qui parvient, tant bien que mal, à rester droit face au précipice. Scénariste en panne d'inspiration, Léo part à la recherche d'un loup sur un grand causse de Lozère. Il y rencontre Marie, une bergère armée d'un fusil. De cette rencontre nait un enfant mais Marie s'en va vite. La situation matérielle de Léo se dégrade tandis qu'il explore la misère sexuelle des environs, abordée avec plein de finesse et d'honnêteté par le réalisateur. Encore une fois Guiraudie déroule une tension sensuelle mi-inquiétante, mi-fascinante et érotise les corps (même les plus ingrats) tout au long du film, jusqu'à l'apothéose, lorsque la petite et la grande morts fusionnent dans une étreinte fatale. Sous une couche d'onirisme se cache toute la vérité, Guiraudie nous la montre, et nous fait lire entre les lignes, en marge de la norme, là où l'amour est une chimère à géométrie variable.

La Fille Inconnue, Luc et Jean-Pierre Dardenne (12 octobre)
Le cinéma contestataire et humaniste des frères Dardenne n'a pas fini de nous tenir en apnée. Après avoir signé le chef d'œuvre Deux jours, une nuit, le duo revient avec un nouveau polar sur fond de misère sociale, La Fille Inconnue. La caméra, toujours aussi fidèle au réel et précautionneuse, suit une jeune médecin interprétée par Adèle Haenel - d'un franc rare - qui se retrouve embarquée dans une histoire de meurtre. Juste avant sa mort, la victime avait sonné à la porte du médecin qui, elle, avait décidé de ne pas répondre - l'heure de fermeture été passée après tout… Une décision qu'elle ne supportera pas.

La Danseuse, Stéphanie Di Giusto (28 septembre)
New-York, 1892, la danse moderne naissait sous les voiles infinis de la sublime Loïs Fuller. Son œuvre, la Danse Serpentine apparaît dans l'histoire de la danse comme un point de non-retour, un affranchissement aussi créateur que salvateur. Le corps de la femme sur scène se trouvait enfin délivré du corset classique et de la discipline de forçat de l'époque. Loïs Fuller fascinait autant qu'elle innovait et comptait parmi ses fervents admirateurs des grands noms tels que Lautrec, Rodin ou Mallarmé. Ce dernier écrivait d'ailleurs que les immenses mouvements de l'artiste représentaient "une ivresse d'art, et simultané, un accomplissement industriel." L'histoire d'une montagne donc, que Stéphanie de Guisto a su mettre en scène avec beaucoup de justesse. Incarnée par la troublante Soko, Loïe Fuller quitte peu à peu la lumière, éclipsée par la grâce de la danseuse Isadora Duncan (jouée par Lily-Rose Depp, sublime) qui envoûte à chaque mouvement. La danse a enfin son cinéma.