qu'est-ce que le brexit implique pour la génération Z ?

Le référendum approche à grand pas et la jeunesse britannique risque de payer plus fort qu'elle ne le pense la sortie de l'Angleterre de l'Union Européenne.

par Nathalie Olah
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09 Mai 2016, 10:45am

Il est difficile de déchiffrer le jargon qui accompagne le référendum sur le Brexit qui sera soumis aux britanniques en juin prochain. La faute aux travers bureaucratiques propres aux structures de l'Union Européenne. Voilà un des points majeurs sur lesquels nos voisins vont être amenés à voter. Et c'est aussi pour cette raison précise que l'ancien ministre grec Yanis Varoufakis et la parlementaire du Green Party Caroline Lucas ont récemment lancé DiEM25 ; un mouvement politique militant pour une transparence décuplée.

S'ils ont tous les deux des objections très fermes vis-à-vis de certains aspect de l'UE - des objections au nom desquelles Varoufakis a perdu son boulot, d'ailleurs - ils sont d'accord sur le fait qu'une UE efficace et pertinente ne se fera pas sans la Grande-Bretagne. Leurs opposants, à l'inverse, estiment que le changement ne se fera pas sans la sortie du pays de l'Union. Et si beaucoup des partisans du retrait arguent qu'ils maintiendront les échanges préexistants au Brexit avec l'Europe, l'issue n'est pas claire, et l'influence politique du pays au sein du bloc ne servira peut-être pas leurs intérêts.

Des deux côtés du débat, on trouve un mélange de voix de gauche et de voix de droite, révélant des contradictions étranges et jusque là latentes dans la classe politique britannique. L'une des plus frappantes : la dualité qui s'exprime chez les conservateurs où le patriotisme côtoie une loyauté sans faille à l'économie de libre échange.

Ce que tout cela signifie pour nous est moins clair. On a essayé de démêler de tout ça et d'examiner comment le Brexit pourrait affecter la vie des jeunes britanniques. Quelques points qu'il ne faudra pas oublier dans l'isoloir et que vous pourrez ressortir pour impressionner vos potes. 

Éducation
Il y a un problème de diversité au sein des universités britanniques. Plus vieilles et riches elles sont, plus le problème est apparent. La première fois que je suis allée à l'université, je suis principalement tombée sur des hommes blancs, avec leurs noms brodés par maman à l'intérieur de la mallette. Cinq ans plus tard j'optais pour une université différente. J'y rencontrais une ballerine géorgienne, un gardien de la paix bosniaque, un photographe espagnol, un sénégalais communiste avec 3 ans passés en Pologne au compteur, un journaliste iranien vivant en France, un potier serbe, un humanitaire espagnol qui couchait avec la meilleure amie de sa femme, un mormon et un ancien membre des services secrets irlandais. S'il y a une période de ma vie sur laquelle je me retourne avec nostalgie, c'est bien celle-ci. Période d'autant plus enrichissante puisque j'ai pu étudier en Europe pour une courte période. Selon moi, tout ça sera mis en péril si nous quittons l'UE. Faire partie de l'Union Européenne offre aux universités la possibilité d'employer des experts de partout, sur un choix de sujets très large. Il ne faut pas sous-estimer cette chance.

"Actuellement, 15% des équipes académiques des universités britanniques viennent d'autres pays de l'UE," indique Megan Dunn, présidente du NUS (National Union of Students). Et aujourd'hui, dans un contexte mondial de globalisation, avoir leur éclairage est un réel privilège.

Rien qu'en 2013/2014, 15 000 étudiants britanniques ont passé un semestre à l'étranger grâce au programme Erasmus. "Si la Grande-Bretagne venait à quitter l'UE, les étudiants du pays perdraient immédiatement leur droit de participer à Erasmus," poursuit Megan. "L'accès au programme dépendra alors des relations négociées entre la Grande-Bretagne et l'UE après le Brexit. Dans le cas de la Suisse, il y a un accord bilatéral qui garanti aux Suisses l'accès à Erasmus contre une participation au budget européen et l'acceptation de la liberté de se déplacer des gens. En 2016, la Suisse a dû verser 18 millions d'euros dans le budget européen pour avoir ce droit."

Travail
Alors que tout cet argent est utilisé en soutien d'un secteur de l'éducation qui ne trouvera certainement grâce qu'aux yeux des fans d'Enoch Powell, trop peu de fonds et de ressources sont consacrés aux générations de diplômés à la recherche d'un emploi. La liberté de circuler en Europe permet aujourd'hui à des milliers de jeunes - coincés par un marché du travail centré sur Londres et les hauts loyers qui vont avec - d'aller travailler à Copenhague, Amsterdam, Berlin, Leipzig, Budapest ou ailleurs ; des villes abordables offrant davantage d'opportunités. Et puis, cela leur donne l'occasion d'apprendre une nouvelle langue. Ce qui est franchement un apprentissage primordial pour nous tous.

Si nous quittons l'UE, trouver un emploi à l'étranger sera bien plus difficile. Les paramètres seront réduits au marché de l'emploi britannique, exclusivement basé sur les services. Et il y a de plus en plus de gens qui montent leur propre entreprise. Les pratiques actuelles et les régulations au sein de l'UE rendent plus faciles le travail avec des clients européens. Cela devrait changer si le Royaume-Uni dit oui au Brexit.

Voyage
C'est fou ce qu'un vol Easyjet à 50 euros, un bikini et une paire de chaussures de randonnée peuvent accomplir pour un esprit curieux. Selon les rapports, 76% des vacances prises par les britanniques ont pour destination l'Europe, dont 68% au sein même de l'UE. On ne peut pas tous se payer des voyages plus loin que ça. Si l'Angleterre se retire de l'Union Européenne, bien assez vite les Anglais ne pourront peut-être plus se payer des voyages en Europe, vu l'augmentation des tarifs aériens que cela impliquerait. Les voyageurs doivent également s'attendre à une augmentation du prix de l'assurance voyage (fini la couverture gratos avec la carte européenne d'assurance maladie) et des charges de téléphone portable.

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Texte Nathalie Olah
Photographie Descrier

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